IV. ttTUIlGIE fiT ASGÂTES
occupe le centre, et une représentation plus grande de la même divinité se dresse dans un des angles. Un «bouddha riant», le belliqueux déva Wei-to, et la déesse de miséricorde — c'est un des noms de Koan-in, — sont les autres idoles. Tamo est représenté sous sa forme habituelle, sévère et laide. Rien ne le dis* tingue d'une centaine d'autres idoles. L'autel porte l'inscription symétrique :if^âSf^#llC±A
Je puis témoigner de l'exactitude de cette description. Dans une des plus vastes de ces grottes, creusées jadis dans les conglomérats rocheux d'une falaise haute de 60 mètres par le Yang* tse-kiang, qui les baigne encore de ses grandes eaux, on a disposé une pagode de style banal, dont les pieds trempent dans une mare limpide formée par les suintements du roc, perforé de couloirs très pittoresques. A l'entrée on a reproduit en léger relief et en grandeur naturelle la gracieuse image à large auréole de la déesse Koan-in |^ ^, d'après le dessin du fameux Ou Tao-tse. C'est une œuvre de haut style. (1).
Fig. 146.
Fig. 147.
A quelques pas de là, dans la paroi même de la falaise, on a gravé le caractère cheou ^ haut de plus de trois mètres. Au dire des bonzes, l'empereur K^ien-long l'aurait tracé d'un seul coup de pinceau (fig. 146). En regard (fig. 147) nous lui opposons
(1) Une pagodj de la ville de Nankin appelée Ouofou-se B\ j^ ^j se vante aussi de posséder une Koan'in, œuvre originale de ce Ou Tao-tse $1 7& 4 9 célèbre
Si CROIX ET SWA8TIKA.
pas partout, comme au Tibet, dans les fanges de Tobscénité ou les turpitudes d'un naturalisme tellement abject que Ténoncé n'en est tolérable que grâce à l'impudeur du latin, il demeure désormais sans influence aucune pour le relèvement moral des populations asiatiques. (1).
Tchang Tao-ling, V^ pontife des Taoïstes. — Liou Tong-ping et son épée, — La Si-wangf-mou et la reine de Saba.
A côté de Tamo et de Jtsd, le mythe semi-historique de Tchang Tao-ling 91 jS |^ a eu également le privilège de piquer la curiosité de ceux qui se sont laissé entraîner à recueillir les restes, même défigurés, des usages et des dogmes chrétiens en Chine. Nous ne prétendons pas que chacun de ces traits, presque effacés, surchargés, faussés peut-être, de Timage primitive, ait une égale valeur pour en reconstituer les contours exacts et la vraie physionomie; mais là où le temps, aidé de la malice ou de la folie des hommes, a fait table rase, ou à peu-près, du plan original, les moindres indices ont leur prix, ne fût-ce qu'à titre hypothétique; ils servent de jalons indicateurs dans la recherche de la pensée première, de la tradition des anciens âges. Puis, il ne faut pas oublier qu'un trait, insignifiant en soi, peut acquérir une importance majeure, dès qu'il sera rapproché d'un autre trait, aussi incompréhensible que lui, tant qu'ils étaient restés isolés. Ce sont des matériaux épars, jadis mis en œuvre sur un plan rationnel bien défini, mais dispersés de nouveau; la critique essaie de les restituer dans leur ordre voulu et significatif, sans se laisser décourager ni par les lacunes, ni par les méprises, ni par les incertitudes elles-mêmes de l'interprétation. Chaque jour rérudit recompose ainsi des inscriptions jugées longtemps illisibles, des monuments disparus, des mosaïques disloquées et en miettes. C'est à ces titres aussi que nous résumerons oe que les Chinois racontent de Tchang Tacnling et de ses successeurs. On jugera^ après lecture de ces détails, s'il est improbable que le souvenir du Christianisme, et même le culte de la croix, aient laissé des vestiges en Chine
Encore actuellement, le Taoïsme, qu'on a défini le boudd/itsme habillé à la chinoise, a pour chef spirituel un des descendants de Tchang TaoAing, premier pontife souverain des taoïstes, et petit-fils h la huitième génération de Tchang Liang ^ 5, conseiller du fondateur de la dynastie des Han. Ce chef marche de
(1) Cf. Bévue de$ Beligioni, 1883 — page 206.
Iv. LITURGIE ET ASGÂTES. 83
pair à-peu-près avec le Yen-cheng-kong îfif H S*» ^^ rejeton officiel de Confucius, et les bonzes de la secte lui paient un tribut, plus ou moins consenti, en diverses Provinces.
Voici les traits les plus marquants de la vie de Tchang taoling, Nons laisserons le lecteur faire les rapprochements et nous n'indiquerons les alllisions possibles que par quelques mots entre parenthèse: (1)
A la naissance de ce futur bienfaiteur des hommes, l'an 34 de notre ère, un météore lumineux traverse le ciel obscur, comme une flèche de feu, et vient mourir à la porte de sa maison; (étoile des mages). Agé de sept ans, il lit, relit, médite et commente le TaO'te^hing ^ ^ S ^^ Lao-tse^ le Çakya-mouni du Taoïsme; (Jésus au Temple). Il aimait à gravir les montagnes, à contempler de là le spectacle de la nature et à y instruire ses disciples; (le jeûne des 40 jours au désert, le sermon sur la montagne). Ayant inventé une drogue d'immortalité, il l'avale, et passe subitement, de l'âge de soixante ans, à l'âge d'un jeune homme, fort et bien fait; (la Résurrection) Le maître voulut '^gouverner ceux qui faisaient profession de sa doctrine à Vaide de la honten. L'emploi des châtiments corporels lui répugnait; il préférait en appeler à la conscience et à l'honneur naturel de l'homme. Il fît donc un règlement spécial, ordonnant à ceux qui tombaient malades, de mettre par écrit tous les crimes, toutes les fautes dont ils s'étaient rendus coupables, depuis qu'ils étaient au monde, puis de jeter cet écrit dans l'eau «comme pour faire alliance avec les génies»; par là, les malades prenaient l'engagement de ne plus retomber dans les mêmes péchés, et consentaient à ce que la mort fût leur châtiment, s'ils violaient leur parole. «Quand ce règlement parut, tous avouèrent aussitôt leurs fautes: d'un côté, ils obtinrent la guérison de leurs souffrances ; de l'autre, ils furent maintenus désormais dans le droit chemin par la pensée et le crainte de Thumiliation. Ils n'osèrent plus commettre les mêmes fautes que par le passé et changèrent de conduite en peur du Ciel et de la Terre. Les criminels, qui jusqu'alors avaient
(1) Nons empruntons ce qui suit presque entièrement à l'ouvrage de M. C. Imbault- Huart : «La légende du premier pape des Taoïstes».— Extrait du Journal asiatique. Paris 1S85. — Nous y avons lu avec surprise (p. 5): «Le Tsi-chô-tsuan-tcheng, sur les génies et démons et Tabsurdité des fables qu'on rai)porte sur leur compte, par un Père chinois catho lique, nommé Pierre Houang Fei-tieng (1879). On y trouve presque tout les textes relatifs à toutes les divinités, mais quelquefois écourtés pour les besoins de la cause». Mieux renseigné, M' Imbault-Huart aurait hésité à maintenir sa remarque désobligeante. — Sur l'organisation du Taoïsme, cf. Mercury de Changhai, 29 Août, 1892.
(2) Ces travestissements sont encore dans la manière chinoise. Comparez ce que les pamphlets anti-européens de 1891 disent de la religion chrétienne, et voyez comment ils exposent nos croyances, d'après nos propres livres de doctrine, incompris, ou dénaturés à dessein.
violé les lois, devinrent en ce temps des hommes vertueux.» (1) (Souvenirs confus de la «loi d'amour» substituée à la «loi de crainte»; baptême; extrême-onction; repentir; sacrement de pénitence...?)
En l'an 157, le septième jour du l®*" mois de la 2® année de TEmpereur Heng des Han ]g|, à midi juste, Tchang Tâo-ling réunit sur la montagne des nuages Yun-chan, :f ^J sa femme et deux de ses disciples préférés; et de là s'élève en plein jour au ciel avec eux; (transfiguration, ascension?. Les autres disciples, qui étaient venus lui faire leurs adieux, le suivirent longtemps des yeux, mais il disparut dans les nuages, et on ne le revit jamais. (2)
Un des descendants de Tchang Tao-ling, qui, sous le nom de T'at-p'^mgf-fao «chef de la grande paix», joua un rôle prépondérant dans la Rébellion des Bonnets jaunes (172 à 178 de notre ère) «invitait les malades à se prosterner et à penser à leurs fautes; puis il leur faisait boire une eau miraculeuse. Plus tard, une fraction de ces sectaires fit bande à part; ces disciples séparés se nommaient Tsi^tsiou «offrant le vin,» et prenaient pour devise foi et sincérité; il était sévèrement défendu de mentir; les malades faisaient eux-mêmes l'aveu de leurs fautes. Cette société établit des auberges et des hôtelleries gratuites. (Confession, messe, extrême-onction; œuvres de miséricorde corporelle des monastères?)
L'an 748, un descendant des Tchang reçut de l'empereur le titre de THen-che J^ gjj «maître céleste.» Les Song les honorèrent également. En 1016, on leur bâtit un temple taoïste et ils furent exemptés des impôts. Les Mongols ou Yuen les favorisèrent. En 1276, Kouhilaï'khanj qui gardait tant de chrétiens nestoriens à sa cour et leur laissait pratiquer leur culte devant sa tente, donna à Tchang Tsong-in un sceau en argent, avec la charge de présider à la religion du Tao ^ dans le Kiang-nan. Enfin, en 1278 un édifice religieux, décoré du nom de Tchen-i-se ^ — ^ temple du vrai un, fut élevé à Pékin, pour servir de résidence à l'un des descendants du même personnage.
Sans doute, c'est une méthode défectueuse et scabreuse tout à la fois que celle de procéder uniquement par rapprochements et analogies; l'expérience prouve de reste qu'elle a souvent conduit aux plus absurdes identifications et interprétations historiques; plus d'une thèse retentissante et erronée s'est échafaudée sur
(1) Cfien-sien-tch'oan jjlf i|l| fll| biographies de 84 immortels par Ko Hong ^ ÇÇi dit PaO'p'O'tse ffi 'K "^ » philosophe taoïste du IV* Siècle. — traduction de Imbauit -*- H.
(2) La biographie insérée, avec le portrait du héros, dans le Kiai-tse'j/uen-tch'oan (méthode illustrée de peinture d'un atelier de Nan-kin)^ insisfce sur la noblesse et la majesté de sa démarche. Nous avons analysé cette méthode dans le N° de Juin 1890 des Etudes religieuses et liU&raires, par des Pères de la Compagnie de Jésus.