‹ Croix et swastika en ChineChapitre 55 sur 136 · I. ANCIENS VBSTIGES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

I. ANCIENS VBSTIGES HISTORIQUES

indien Sa-ftam» (1). Nous ne soutiendrions pas sans réserves cette ingénieuse théorie ; elle figure ici à titre documentaire.

Le P. Le Comte observe que «nous ne sçavons pas tout ce qui s'est passé dans ce nouveau monde depuis la mort de Jésus- Christ... On ne doute point que S. Thomas n*ait prêché la Foy dans les Indes, et il est certain qu'en ce temps-là les Indiens connoissoient parfaitement la Chine, à qui ils payoient presque tous quelque tribut». Comme civilisation, dit-il, la Chine occupait alors le rang de Rome en Occident. «Ainsi peut-estre que S. Thomas s'y sera transporté luy-mesme, ou du moins qu'il y aura envoyé quelques uns de ses disciples». (2).

Le P. du Jarric intitule un chapitre de son ouvrage : «De la Mémoire qu'il y a ez Indes de l'Apostre S. Thomas et de ses gestes : comme les Portugais ont trouvé ses reliques àMéliapor. .. etc.». (3). Les principaux témoignages qu'il énumère se résument en ceux-ci : Il existe de nombreuses églises que la tradition dit avoir été fondées par saint Thomas, lequel aurait personnellement instruit les ancêtres de ces «chrétiens de S. Thomas». Ces derniers fêtent encore le dimanche dans l'Octave de Pâques, jour où TApôtre aurait mis sa main dans les plaies de N. S. [Joann, C. XXV. 27). Beaucoup d'inscriptions sur métal mentionnent les miracles du Saint et les donations, faites par les souverains du pays, aux églises bâties par lui ou en son honneur. Des chahts indigènes confirment la tradition sur ce point. De Méliapore, il aurait été évangéliser la Chine : «D'autant que les Chinois en ce temps-là estoyent les maistres de la marine, et çivoient en main tout le trafic et commerce de l'Inde, comme l'ont maintenant les Portugais : de façon qu'ils voyageoient souvent en ceste contrée». De là, S. Thomas seroit revenu à la Côte de Coromandel, où il fut martyrisé par les Brahmes, près

(1) John Kesson, <Ae Crosa and tke Dragon. London, 1854. — p. 8. — Le P. Eircher, ou plutôt le P. Boym, dit de son côté : «Imo ipse venerabilis P. Mathœus Riocius oùm primùin in Sinas penetravit, Xé-tsa-kiao ("T -? 3X Ghe-tse-hiao, en figuration française), nomen cruois doctrinae reperit, quo nimirùm Christiani antiquitùs Orucis doctrinsB discipuli apud Sinas vocarentur». China monumentis ilhutra^, p. 9. — Dabry suggère (page 27 op. cit.) qu^on appliquait peut-être au Nestorianisme cette dénomination de Ohe-tse-kia^), «religion de la Croix», que suivaient les CJiazinzariens, Ichania en arménien veut dire croix), ou atauroldtres, (adorateurs de la croix». STAYPOS), qui étaient des nestoriens arméniens, n'adorant de toutes les images que la croix. J^ignore si chasua est un mot arménien et s'il signifie croix, mais j'estime que, sous sa forme quasi latine, il ressemble étonnamment à l'expression chinoise che-tze, «la croix», ou le caractère dix.

(2) Nouveaux Mémoires sur V état présent de la Chine, par le P. L. Le Comte, mathématicien du Roy, — 3* édition Amesterdam 1698 — p. 97. — Cf. Hirth; China and Roman (h-ient.

(3)|Pu Jarric S. J. Histoire des choses 'plus mémorahles... chap, XVII,, p. 407,

de Tancienne ville de Méliapore. (1).

Notre cadre ne comporte pas la discussion de ces divers témoignages ou traditions, qu'il nous suffît de rapporter.

Le P. Sémédo nous a laissé quelques remarques fort sensées, à propos du Monument de Si-ngan-fou; nous les introduisons ici par anticipation, et pour les vues judicieuses qu'elles renferment: «Il paraît donc évidement que la Religion chrétienne est entrée en la Chine dès Tan 631... Il ne faut pas néantmoins présumer de là qu'elle n'y ait point esté • plantée par la prédication des Apostres,... Mais plûtost qu'ayant esté une fois publiée pour tous ces pays, elle se perdit, et puis elle fut restablie par de nouveaux soins. Le mesme est arrivé aux Indes, où l'Apostre S. Thomas avoit porté le flambeau de la foy, qui, s'estant esteint, fut rallumé environ l'an 800, dans la ville de Mongodouen, ou Patana, (Patna?) par un Ohrestien Arménien nommé Thomas Chananéen, (2) lequel ayant renouvelle l'ancienne Religion répara les églises basties par le S. Apostre, et dressa des autels : ce qui a donné sujet de croire, sur la conformité des noms, que tous les bastimens, qu'on y void, sont des ouvrages du premier S. Thomas. Le mesme peut estre arrivé dans la Chine; et qu'après avoir receu la loy de, l'Evangile dès aussitôt qu'elle commença d'estre annoncée au monde, elle en perdit tout-à-fait la mémoire jusques à la seconde fois, qui est celle dont parle l'Inscription... Le temps, auquel se perdit la mémoire des prédications du#S Apostre, n'est pas beaucoup inégal et différent pour le regard des

(1) MaUapur ou Mailapowa, faubourg de Madras. — Cf. Du Jarric. Op. cit. 498. — Le Père raconte aussi qu'en 1517, "certain Arménien de nation Coje Escander," — faut-i| l'identifier avec Escandel ? — conduisit les Portugais sur les ruines de cette ancienne ville de Méliapole, rebâtie en 1501 sous le nom de 3. Thomé, où ils rencontrèrent un vieillard entretenant, à l'exemple de son père, de son grand-père et de ses aïeux, une lampe allnmée sur le tombeau du saint martyr. Ils firent un rapport au vice-roi à Groa, et don Jean III de Poitugal, averti, ordonna, en 1522, d'y faire des fouilles. Puis viennent des détails très circonstanciés sur la manière dont les ossements du saint furent trouvés et sur les garanties d'authenticité qui accompagnèrent la découverte. Le Père enfin expose au long comment on peut concilier avec toiit cela la mention du Martyrologe romain «qui met le 3 de Juillet la translation du corps de S. Thomas de la ville de Calamine en l'Inde, à celle d'Edesse en Mésopotamie, et de là en la vUle d'Orthone qui est en l'ApouUe d'Italie. « p. 507. Cf. Acta Sanctorum,

On peut lire à ce sujet, avec précaution toutefois, une longue note du Colonel Yule à la page 338 du II* volume de son Marco Polo^ 2® éditon. Il l'y insère à propos du chapitre XVIII du célèbre voyageur: "Discoursing the place where lieih the body of S. Thomas the Apostole : and the miracles there of". — Itenty p. 342. — Il est à regretter que le savant Commentateur ait cédé parfois aux préjugés rationalistes de sa critique protestante, en matière religieuse; ses conclusions en souffrent et laissent trop voir qu'il ne possédait point la vérité intégrale.

(2) Kiroher, China iUuitrata, p. 55, partage cette opinion et appelle ce nouveau Tbomai syrien : Martqme, o'est-^-dire le Seigneur Thqma^.

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