II. LA PIERRE DE SI-NGAN-FOU
jusque là, il avait fait imprimer, non sans une nuance de vanité : «Nous sommes heureux d*avoir été le premier Européen qui ait découvert dans les livres chinois un témoignage certain, irréfra'gable, de la réalité du monument en question». Et il cite ce témoignage tout au long. (1).
Le monument de Si-ngan-fou est authentique, et non point le résultat d'une «pieuse fraude jésuitique» comme on s'était acharné à vouloir le prouver affirmant ainsi l'importance de la découverte. Il est désormais oiseux d'établir cette authenticité, surtout après la discussion si sejrée de Pauthier lui-même, dont Henry Yule admet les conclusions, Cf. Cathay... p. XCIII.) et le travail beaucoup plus sérieux encore de A- Wylîe, avec lequel il faut désormais compter. (2).
Ainsi La Croze, Voltaire, Spizelius, d'Argens, le R^ Horne, le prof. Neumann de Munich, Schmidt de S. Pétersbourg, Ernest Renan, Stanislas Julien, le prof, américain E. E. Salisbury (1852). en sont tous pour leurs frais de contradiction, quelques uns pour la confusion de leur ignorance, plusieurs pour la honte de leur mauvaise foi prévenue. «Voltaire, écrit Abel Rémusat, voulait à toute force trouver en défaut l'Inscription de Si-ngan-fou.,, Ce n'est pas le lieu de répondre ici à ses chicanes, parce que l'on croit en avoir fait apercevoir ailleurs la futilité». (3).
Tour à tour un nombre fort respectable de critiques ont développé la thèse d'authenticité avec une très inégale, mais victorieuse compétence. Naguère encore le Professeur Legge, qui s'est élevé au rang des interprètes les plus autorisés de ce monument épigraphique, sans pourtant faire oublier l'illustre sinologue A. Wylie, a conclu hardiment par cette grave affirmation, après examen des compilations indigènes: «Autant que j'ai pu m'en rendre compte, on attend encore un lettré chinois qui porte contre ce monument une accusation de supercherie frauduleuse». (4).
Il) Chine rnoderne I^ partie p. 107.
(2) Journal of thc American Oriental Society; fifth vol., 1856. p. 277-336. — Le même volume contient sur ce sujet une lettie du R<* Mac Caitee datée de Ning-po, 1854 — Le III® volume à la page 401 avait inséré la communie ition du prof. E. E. Salisbury, combattant l'authenticité du Monument. Ce travail n'a plus qu'un intérêt documentaire.
(3) Mélanges asiatiqws. II. p. 189: «Olopen, prédicateur du Christianisme à la Chine». A. Rémusat renvoie au t/bttrna^ cfe« «avan«. Cet. 1821. — D'après Yule, Olopen, (ou Olopuân), est la prononciation chinoisée de rabba, qui veut dire moine, (ou mieux, Tfiemhre du clei*gé).
(4) Legge; Christianity in China, p. 37. — Cf. le résumé historique sur l'arrivée d'Olopen à Si-ngan-fou et l'introduction eu Chine de la Po-sze-kiao. (parsis), Ta-t^sin-kiao y^ Ik WL^ on ^ St) Kiang-kiao traduit par Dabry de Thiersaut. (op. cit. p. 22) selon la fiDescription de Tchang-ngan (Si-ngan-fou), par Min-kieou des Song, 960 à 1120 après J.-C.»
Voir aussi le récent article du P. H«ller, dans la Revue : Zeitschrift fiùr Katholische Théologie, 1885. — p, 74 — Gf, Kreitner, Imfernen Osten, Vienne 1881.
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Un autre sinologue de renom, le D' Eitel n'est pas moins catégorique : «11 est évident quMl ne reste plus désormais la moindre raison pour douter de Tauthenticité (de Tlnscription), qui, à vrai dire, n'a jamais été mise en question par un seul critique impartial et compétent, chinois ou étranger». (1).
Wylie expose (p. 289), que les Chinois, qui l'ont réimprimée, vendue, admirée comme calligraphie, et ridiculisée quant au sens doctrinal et religieux, n'en ont jamais contesté l'authenticité : «et même, dit-il, nous n'avons jamais trouvé la moindre trace de soupçon relatif à l'existence de la pierre, ou à la véracité des dates qu'elle renferme». A la fm de son travail^ (pp. 330, 335 et 336), il formule son opinion avec une insistance plus explicite encore. A son avis, aucun document chinois des anciennes dynasties ne résisterait au procédé de critique erronée que Ton applique à la Pierre de Si-ngan^fou.
Au nombre véritablement écrasant de citations, extraites des livres chinois, en faveur de l'authenticité, l'Archimandrite Palladius suggère d'ajouter un passage encore plus concluant du T'ang-hoei-yao ^ ^ 9, que le lettré Wang P'ou ^ ^ rédigea par ordre du premier empereur des Song, Dans cette compilation des actes officiels de la précédente dynastie des T'ang, on a fait entrer, (section des diverses religions), un décret figurant déjà avec quelques variantes sur la pierre de Si-ngan-fou. C'est un édit publié en 639 par l'Empereur T^ai^-isong -j^ ^, mentionnant l'arrivée d'Olopen, louant la doctrine qu'il prêche et ordonnant de construire un monastère pour ses prêtres. La pièce est sous la rubrique «Monastère de ra-fs'mg». Un décret postérieur (745), change Po^se, le nom de ce monastère, en celui de Tats'ing-se. (2).
Voilà donc cette tablette définitivement classée parmi les plus précieux documents historiques; la Chine, l'Asie, le monde entier, sont également intéressés à sa conservation. Bien que des estampages (ou rubhing) s'en soient répandus dans tout l'univers, on conçoit que le public savant se soit récemment ému de certaines rumeurs inquiétantes à son endroit.
Elisée Reclus avait imprimé ces lignes un peu aventurées : «L'inscription fut probablement brisée pendant la guerre des T'aip'ipg ^ ^, car si Williamson la vit en 1867, Richthofen ne la trouva plus lors de son dernier voyage dans le Chensi en 1872».
(1) Eitel ; China Review. 1887-88. p. 384. — Klaproth tenait aussi pour l'authenticité.
(2) Chinese Becorder, 1875. p. 147. — Le Tome III. des «Travaux des membres de la Mission ecclésiastique russe à Péking. — S. Pétersbourg, 1852-1866», contient une étude sur Le monument Nestorien du VII* Siècle, par le prêtre TtveUcoff. Mon ignorance de la langue russe m'interdit de formuler la moindre appréciation sur ce travail.