‹ Croix et swastika en ChineChapitre 64 sur 136 · II. LA PIERRE DE SI-NGAN-FOU · texte numérisé non relu

II. LA PIERRE DE SI-NGAN-FOU

Nous aurions tort de vouloir reprendre, ou même résumer, les savantes études publiées sur la mémorable inscription. Disons pourtant un mot d'un point spécial qui se rattache à notre sujet : L'usage a prévalu d'appeler cette pierre «le monument nestorien de Si-ngan-fouy>. Sans entrer dans une aride discussion de texte, je ferai observer que c'est là une expression amphibologique, préjugeant à tort et sans preuves d'un point d'histoire incertain, mal établi, encore en litige, un vocable enfin qu'il serait très désirable de voir abandonner au profit de l'épithète sino-chaZdaïque ou syrO'Chinois.

Pourquoi ne dirait-on pas simplement le monument chrétien de Si-ngan-fou? L'expression, juste et précise, n'aurait rien à redouter des révélations possibles de l'avenir. A notre avis suivant l'opinion des premiers interprètes, les PP. Sémédo,

Fi g. 151.

114 caojx BT swàstika, — ii.

Michel Boym, Kircher, E. Diaz, Le Comte, (opinion partagée par Dabry de Thiersant et plusieurs écrivains), le précis de la doctrine venue du Ta-Vsin ^ ^ et appelée King-kiao ^ j(;, est la pure doctrine catholique, telle que l'Eglise Romaine la croit et la professe encore.

Wells Williams, pour lequel Tauthenticité de l'inscription est irréfragable, a écrit un peu légèrement : « Kircher et le Comte Tont réclamée comme un témoignage des succès de l'Eglise Romaine, (papiste), en Chine; mais des écrivains plus récents ont eu la candeur d'avouer qu'elle rappelle les travaux apostoliques des nestoriens». (1), Ces écrivains étaient-ils compétents?

Que cette inscription^ au sens orthodoxe, soit Tœuvre d'un clergé infecté du schisme nestorien, — et là est l'amphibologie, — il est malaisé, vu l'état incertain et provisoire des recherches historiques relatives à ces époques, de réfuter péremptoirement l'opinion qi|i l'admet. Il est prudent toutefois de se prémunir en cela contre des conclusions prématurées : des découvertes ultérieures viendraient peut-être les infirmer ou même les faire mentir. Abel Rémusat, pour qui Olopen est Syrien et monophysite, expose avec réserve et loyauté que la doctrine de l'inscription « semble appartenir à la croyance particulière des Nestoriens ou des Jacobites». (2), En dernière analyse, pour lui comme pour d'autres, c'est plus afTaire de sentiment que de raison.

Dabry de Thiersant, en complet désaccord avec la première manière de voir de Pauthier sur la valeur historique de l'inscription, se sépare aussi nettement de l'opinion de l'abbé Hue, (1859), qui y reconnaît des preuves non équivoques de nestoriajiisme doctrinal. (3) Dabry cite même ce passage courageux de Kircher (China^ p. 9): «Je vais tâcher... d'obliger les hétérodoxes euxn^émes, qui liront la traduction de cette inscription syro-chinoise, à avouer qu'elle ne contient rien qui, durant le cours de dix siècles, n'ait été enseigné par les propagateurs du Verbe divin: de plus, qu'elle est conforme, par les expressions et par le fond, à la doctrine orthodoxe de ces temps éloignés; enfin, que la doctrine, répandue en Chine à cette époque par des prédicateurs évangéliques, est la même que celle que l'Eglise universelle, apostolique et romaine nous propose de croire aujourd'hui». En pareille matière, Kircher n'a pu être aussi afïîrmatif sans raisons valables et résistant au plus sérieux examen.

(1) The Middle Kingdom, — 1« édition. New- York, 1871 — 2« vol p. 291 et 297, La traluction anglaise de l'inscription, qu'il emprunte au Docteur Bridgman, ne présente rien de gpécial.

(2) Mélangea ÂMiaiiquei' -rr IXf p. 18t). Paris, 1820: aOlqpen prédicateur... etc.»

(3) Cen^eetpasle qaul ^as pu Vpn pqvrrpit opposer Huo junior à Hue «e7»tor / Sa gloire d'explorateur est plus solide et mieux assise.

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