‹ Croix et swastika en ChineChapitre 65 sur 136 · II. LA PIERRE DB «l-NAAN^FOU · texte numérisé non relu

II. LA PIERRE DB «l-NAAN^FOU

Voici en partie l'argumentation de Legge : «Du Halde (1) dit qu'il est difficile de juger si ceux dont il est ici parlé étaient catholiques ou nestoriens. Mais certainement nous ne trouvons rien dans l'inscription qui indique qu'ils étaient Catholiques Ro* mains, car on n'y mentionne pas le Siège Papal. D'autre part, pour ne rien dire des noms Syriaques et de l'écriture Syriaque qui y abonde, on y lit que cette pierre fut dressée au temps de Hanan- Yeshu, le catholicos et le patriarche. Sans aucun doute les chrétiens dont parle l'inscription appartenaient à l'église nestorienne». (2). Le raisonnement est faible et la conclusion hâtive.

Legge poursuit avec une certaine candeur: «cEt je serais bien aise d'être un peu plus fixé que je ne puis l'être sur ce que l'on regarde comme la doctrine spéciale des Nestoriens». Puis il essaie péniblement, sans trop y réussir, de préciser ce qu'est cette hérésie, après quoi il reprend : «Est-ce là oui ou non l'expression correcte de la doctrine nestorienne? Tout ce que je sais, c'est que le point délicat est évité dans notre inscription». L'aveu est bon à retenir. Il le réitère du reste un peu plus loin : «La grosse difficulté, the great crux, la question de Nestorianisme a été éludée, et très sagement éludée, par les auteurs de l'Inscription».

Donc, l'opinion formelle de Legge est que V Inscription, œuvre des Nestoriens, ne fait aucune mention des doctrines nesto-riennes,

Vylie (p. 413, op, cit,) proclame après Neumann, que rien dans le texte ne prouve invinciblement une doctrine nestorienne. Il avait déjà reconnu (p. 336) que «dans l'Inscription il ne découvrait aucune caractéristique de la religion catholique romaine, qui ne fût aussi bien applicable aux autres communautés chrétiennes». (3).

D'après le D' Eitel, l'inscription, par le fait qu'elle contient des caractères syriaques, et mentionne des titres ecclésiastiques syriens, se rattache à une forme syrienne de christianisme; «mai^, ajoute-t-il, je ne vois pas clairement pourquoi cette tablette doit être appelée nestorienne, plutôt que catholique». Il remarque bien aussi qu'on aurait tort d'y chercher, malgré tout, coûteque-coûte, la formule exacte du Nestorianisme, puisque les au-

(1) Description de la Chine. T. II. p. 189.

(2) Christianity in China, p. 41. — La discussion des textes syriaques, d*uiie si haute importance pour résoudre ce problème historique mal défini, est l'objet du savant travail de T. H. Hall : aSyriac part of the Chinae Nestor tan Tahlet.^ (Journal of the Amerio. Orient. Society,, vol. XIII: 1889). L'auteur y venge Kircher de plusieurs critiques peu fondées du docte Assemani (Bibliotheca Orientalùi), mais nous réservons notre opinion sur le point principal du débat.

(3) Notons qu'à deux reprises (p. 411 et 418), Salisbury, Ton des plus récents oppoiants de l'authenticité, avoue sa double inoompétence en langue et littévature ohinoises, ■

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teurs n'avaient nullement pour but d'en présenter l'exposition. «Puis, dit-il encore, nous ne pouvons croire que les Syriens fussent les seuls chrétiens qui envoyèrent des missionnaires en Chine». (1).

En dehors d'une présomption a-pn'ori, assez naturelle, ou si l'on veut, d'un préjugé fondé peut-être avant examen, l'unique argument, qui militerait en faveur d'une signification doctrinale nestorienne, repose sur l'interprétalion au moins hasardeuse des deux seuls caractères ^ ^. (2).

Pourtant il est hors de doute, et Legge l'a admis, qu'ils peuvent s'expliquer, sans aucune torture pour le contexte, la grammaire, la ponctuation, le style, ou le sens propre des idéogrammes, en SLCCord avec renseignement catholique le plus orthodoxe.

Je dis qu^une interprétation à peine plausible de deux des 1780 caractères est le seul argument en faveur du nestorianisme doctrinal de l'Inscription. On doit en effet tenir peu de compte de l'argument négatif insinué par Legge. Il faudrait démontrer, pour l'admettre, ou que l'Inscription devait parler du point en litige, ou qu'elle prétendait fournir un exposé complet de la doctrine enseignée à cette époque.

Or, aucune de ces deux hypothèses ne se peut soutenir. Un argument négatif perd toute valeur probante ici. Qui, en histoire, contesterait l'exactitude d'une particularité bien établie par ail-

(1) China JReview. 1887-88. —p. 38.5. Plusieurs des conclusions du D. Eitel sont inadmissibles. Il termine à peu-près ainsi son article : Peu importe que la tablette soit d'orijiine Nestorienne ou Catholique. Dans ces monastères, qui fleurirent si nombreux de 635 à 845, on ne conservait qu'un christianisme éclectique, bâtard, nominal, hybride, adulateur du Pouvoir, mélangé de Confucianisme, de Taoïsme et de Bouddhisme. La valeur hi8tori(iue de la tablette do Si-ngan-fou est donc peu considéiable..., etc. — La conclusion n'est guère rigoureuse ; la logique voudrait aussi que la majeure du raisonnement fût appuyée sur des preuves moins boiteuses.

(2) Comme Tun des prochains numéros des Variétés sinologiquev doit être consacré à Vlnseription de Si-ngan-fou et que la discussion du vrai sens de ces deux caractères fera Tobjet spécial d'une dissertation, nous nous abstenons pour le moment d'être plus explicite sur co point. On y établira péremptoirement qu'il faut en revenir à l'opinion de Sémédo, aidé dans sa traduction par des lettrés indigènes très érudits qui font encore autorité. Cette opinion se trouve ainsi formulée par la première version italienne: (Cf. p. 115). Allhora una Persona divina délia S mtissima Trinità, chiamata il Messia, ristringendo e coprendo la sua Maesta, aocommodandosi alla natura humana, si fece huomo." (p. 4.) — Le Profiromus Coptus de 1636 traduit «Tune una de divinis personis Sanctissimœ Trinitatis dicta restringendo, tegendoque Majostatem suam, et se humanae naturae accommodando,

homo factud est».

En somme l'auteur de l'inscription, pour mieux afiSrmer le dogme catholique, aurait fait ici allusion à ces paroles de S. Paul : ^'Jésus-Christ s'est anéanti lui-même, il a pris la forme d'un esclave ;" et autres analogues : Christus exinanivU semetipsum^ fadus obediens,,, formam servi accipiens. .

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