II. LA PIBRRB DE SI-NGAN FOU
et sans intermédiaire sur Tun des estampages chinois que j*ai encore soiKi les yeux en traçant ces lignes.
Ce n*est pas, du reste, pour ]a première fois quelle parait, avec une exactitude et une précision très suffisantes. Nous ne faisons pas difficulté de reporter au R^ Williamson l'honneur d'avoir le premier reproduit un décalque analogue. Nous ne lui reprochons que d'avoir un peu embelli le dessin original de la croix, figurée ici avec plus de rigueur, mais les contours sont exacts dans sa vignette, et les enjolivements en sont dûs peut-être au caprice du graveur sur bois. A moins pourtant qu'il faille les attribuer à M. Lees-, compagnon de voyage de Williamson, et auteur du croquis. La croix «st bien une croix de Malte : mal copiés ou mal compris, les trois cercles qui ornent chaque extrémité ont peut-être donné lieu, soit à l'interprétation trilobée de Léontiewski, soit au vieux type fieurdelysè, soit aux rapprochements tentés avec la Croix de 8. Thomas et de S. Jean, soit encore au profil hastè de Boy m, Kircher, Pauthier et Dabry de Thiersant.
La planche phototypique mise en tête du travail de Legge n'est qne la reproduction d'un lavis qui réunit deux des trois dessins de Williamson; l'un est la croix de Malte authentique; l'autre est une copie au pinceau de la gravure sur bois du croquis de Loes. Il représente tout le haut de la pierre, qui, sans doute, n'avait jamais été reproduite. On y soupçonne une sorte de draperie, peut-être des silhouettes d'animaux assez indécises. Ce sont les dragons écailleux dont nous avons parlé plus haut. Sans trop s'en rendre compte, Williamson a défiguré ce superbe morceau de sculpture.
Legge remarquait prudemment à ce propos: «C'est à M. Lees que nous devons les singulières figures qui forment rornementation autour du titre ; une étude ultérieure viendra peut-être modifier légèrement la représentation qu'il en fait. (1). Nous lui ènà«9
^1) Cette^modification est plus profoiule «lu'il ne la inévoyait.
Le lecteur est désormais fixé sur le motif de rornementation supérieure, constituée par un enchevêtrement d .' dragons squammeux. Nous avons fait ressortir à la page 11 1 l'air frappant de ressemblanco, d'étroite et évidente parenté qui, à première vue, rattache tellement cette stèle à celle de Si-hia chan, plus vieille d'un siècle, que plusieurs 8*y trompent et les prennent l'une pour l'autre. Animalier plus que médiocre s'il s'agit de l'exacte vérité dans le rendu de la natme vivante ou morte, le Chinois se révèle artiste consommé pour imaginer et construire telle bête fantastique ou de style héraldique; mais il excelle surtout dans la représentation du dragon national ! En rédigeant la note 2 de la page 85 sur les bas-reliefs relatifs à Si-wang-mou, (l'Istur ou Vénus chinoise, au diredu D» Edkins)^ nous ignorions qu'ils venaient d'être l'objet d'un excellent travail intitulé: «La sculpture sur pierre en Chine, au temps des deux dynasties Han, par £do\iard Chavanne»»' Paris, l^erougt 1893. in 4*. pp. XI — 88. avec G(3 planches.
pruntons aussi la croix gravée immédiatement au-dessus de ce titre. Le procédé d'estampage qui assure l'exacte re4)roduction des caractères intailiés est absolument inapplicable aux sculptures en relief.» {op, cit. p 34.) Il s'agit du procédé chinois, que nous avons décrit ailleurs. (1)
Souhaitons qu'on ne tarde pas à exécuter, au profit des grands musées du monde^ des estampages fidèles, ou des surmoulages plus désirables encore, de ce vénérable monument, qu'on tremble de voir ainsi exposé aux vicissitudes du temps et des événements, toujours si inclémentes en Chine !
Une correspondance adressée au Daily News (20 avr. 1893) par le R^ Duncan Moir, très zélé pour l'étude et la préservation de la célèbre stèle, exprime la juste indignation de l'auteur en constatant que plusieurs des caractères venaient d'être martelés par malveillance. Il rétablit en outre la vraie forme de quelques idéogrammes inexactement figurés dans le texte de Legge.
Williamson est Tun des derniers voyageurs qui Siient publié le récit de leurs excursions auprès et autour de la fameuse pierre. Ce récit est un sûr point de repère pour l'histoire successive du monument. «On nous informa, écrit-il, que la tablette nestorienne existait encore parmi les ruines d'un temple appelé le Ching-tungj en dehors de la porte de l'Ouest... Traversant les faubourgs, nous parvinmes aux restes d'une pagode bouddhique; un vieux bonze nous dit: «Ce n'est pas là votre temple, le voici;ï> et il nous ixîontrait un ensemble de ruines vers le Sud-est. Nous traversâmes un champ de blé, et, franchissant un mur à demi renversé, nous entrâmes. Là, à notre joie, je trouvai la tablette que je reconnus d'après un fac-similé que j'avais chez moi. La tablette se dresse entière, sans aucune égratignure, dans un renfoncement en briques faisant face au Sud, parmi des amas de pierres, de briques et de décombres.. # Nous ne pûmes voir les inscriptions syriaques des côtés, mais nous trouvâmes le syriaque qui est en bas; vraisemblablement les inscriptions syriaques latérales sont encastrées dans la maçonnerie.» Grâce aux derniers renseignements des missionnaires catholiques, on sait dans quel sens il faut modifier plusieurs de ces lignes, pour se figurer les conditions dans lesquelles le monument provoque désormais les investigations ultérieures. (2).
(1) Cf. La Revue Mtideê rdigietues.,, t. XLIX. mar» 1890. p. 438.
(2) Notons quelque légère incohérence dans la desoriptîon Jde Williamson, en désaccord avec sa gravure du Monument sous abri. Aurait-il réussi à voir les caractères chinois de San Tai-hoa sans voir les caractères syriaques qu'ils coupent en partie? Or il mentionne les premiers en avouant qu'il n'a pu considérer ces derniers. Comment dJ reste examiner les tranches de U, stèle, si eUe est aussi encastrée dans la maçonnerie que
Vi ndiqne la figure? Le texte, comme document, l'emporte ici sur l'iUustration.
lî. LA PIERRE DE 8I*N(}AN fOV. 133
Les Annales de Bonnetty (1) avaient inséré une lithographie assez besoigneuse intitulée : «Vue intérieure de la pagode où est renfermée l'inscription chrétienne de Sî-ngan foun. C'est une modeste salle de pagode comme chaque Province en compte par milliers. La pierre est enclavée, à main droite en entrant, dans le mur d'un autel bouddhique à peu près vraisemblable. Gomme toute indication de provenance manque, nous nous contenterons de faire mention de cette planche, espérant voir paraître bientôt des reproductions dont on n'aura aucune raison de suspecter la sincérité; elles nous permettront d'attendre des documents moins incomplets, tels que les souhaite, avec notre foi, la critique plus exigeante de notre époque.
(1) AnnaUê de Pkif. chrétienne. IV» Série, t. VII, n" 38, p. 150. — Le Colonel Yiile n^avait pu fournir non plus ces caractèies syriaques des tranches, dans son fac-timiU photolithographique de rinscription. {Marco Polo. t. II. p. 23). Par contre, le décalque de la croix mis à la page 24 est suffisamment exact.