III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX. 13S
La vocation immédiate, l'accès au Christianisme avait été, sinon aplani, préparé du moins de longue date aux Chinois avant et après Tavènement du Sauveur. «Deux cent six ans avant J.-C. les Juifs avaient déjà une synagogue florissante dans le centre même dé l'Empire chinois, et y conservaient précieusement les livres de Moïse, de Josué, des Juges, de Samuel, des Rois et de quelques Prophètes». (1). On a retrouvé naguère plusieurs de ces livres entre leurs mains. Ils auraient répandu la foi au Rédem* pteur attendu, et c'est à cette influence latente qu'on devrait attribuer, a-t-on dit, les traces de cette vague croyance signalées dans les ouvrages de Confucius. (2). Il y aurait peut-être lieu d'appliquer ces quatres lignes à quelques passages des Classiques chinois : ((Je soupçonnerais les Grecs, dit Langlois de Tlnstitut, d'avoir été quelquefois comme l'artiste qui, après avoir coulé un vase sur un moule étranger, brise ce moule afin qu'il soit impossible d'en constater Torigine». C'est une excellente réflexion citée par Ms^' Laouënan (p. 5), qui a écrit lui-même cette phrase pleine de sens : «contrefaire l'œuvre divine est, pour le démon, le plus sûr moyen d'entraîner les âmes dans l'erreur; or, l'erreur lui est plus profitable que le mal».
Nous aurions trop d'occasions d'appuyer le bien fondé de ces deux assertions par des faits tirés de l'histoire de l'évolution religieuse sur le. continent asiatique.
D'autres Israélites vinrent en Chine sous les Han à travers la Perse et le Khorassan, après la ruine de Jérusalem par Titus. Ceux de Si-ng&n fou se disent de la tribu d'Aser; trois mille Mahométans arrivèrent dans cette ville au VII® siècle de notre ère< avec un parent <iu Prophète; et l'Empereur /-/songi^^ (860-874), fauteur du boudhisme, y fît apporter, du monastère de Fa-men se, un os de Bouddha. Son successeur Hi-tsong fgl ^ fit rendre cet os au monastère. (3).
(1) Cf. Choix de LtUrts édifiantes. I. —Item: Claude Buchanan. «Becherchee sur les Chrétiem d/Asiey^, utilisées par M«rr Laouënan. op. iaud. T. I. p. 454.
(2) Cf. Variétés n° 17. Inscriptions juives de K'ai-fong fou parle P. Jérôme T6bar.S.J» '^',it€m : E. H. Parker. «The preaching of the Gospel in China». China Eeview. 1889-1890'
(3) Cf. Pauthier. Chine. T. I. p. 328. — Au témoignage de M«' Laouënan, (p. 1§7| à Cochin et à Cranganor, on reconnaît deux tribus de Juifs. Les uns noirs, mélangés avec les indigènes, sont descendus probablement au VU* siècle av. J.-C, à la suite de la destruction de la Ville sainte par Nabuchodonosor. Les autres, blancs, prétendent avoir abordé aux Indes, sur la côte Occidentale, vers 490 de notre ère, chassés de leur pays â l'époque de la prise de la même ville par Adrien.
La religion juive porta en'Chine les noms de /-«c-^o-^é A:wio,"^^^^]Rî «religion d'Israël», ^fiao-Arin Artao, 5ê W -R «religion de la circoncision (?)»,-ff^ieo« Atao, ]§ JSl «ancienne religion». Ses partisans se sont parfois appelés Lan-mao hoei:) 6g ipp 9 «Musulmans au bonnet bleu».
Ezéchiel, dit Thistoire biblique, fut emmené prisonnier à Babylone (597), avec Jéchonias, roi de Judas, par Nabuchodonosor II, quelques années avant la naissance de Confucius (551). C'est en captivité, à la suite de la seconde des cinq déportations successives du peuple de Juda, qu'il fit connaître ces prophéties d'un relief si expressif et de peintures si vives, que la loi en interdisait la lecture aux jeunes Hébreux avant Tâge de 20 ou 30 ans. Or, ces Juifs réfugiés aux Indes ou en Chine n'ont pu tous ignorer le chapitre IX, et notamment les versets 4, 5, et 6, les plus saillants, qui mentionnent les instructions données par le Tout-Puissant à l'Exterminateur : « Passe par le milieu de la ville de Jérusalem et marque le signe Tau sur le front de ceux qui gémissent et se plaignent des abominations qui s'y commettent». Puis, s'adressant à six autres exterminateurs aux ordres du preinier: «Traversez la ville derrière lui, et frappez! Que votre œil comme votre main soit sans pitié ! Tuez-les tous sans qu'aucun n'échappe, vieillards, adolescents, jeunes filles, femmes et enfants! Mais ne tuez aucun de ceux que vous verrez marqués du signe Tau! y) Ils firent comme il leur avait été commandé.
Ces lignes terrifiantes ont dû s'imprimer profondément dans l'esprit des Juifs, bouleversé par les récentes calamités et la catastrophe des mois précédents. Ils furent certainement frappés de l'inexplicable et préservatrice vertu de ce signe, qui seul per^ niettait d'échapper au massacre général. Aussi est-il impossible que cette particularité ait jamais été totalement oubliée, chacun se proniettant, le cas échéant, de s'assurer le bénéfice de Tunique gage de salut.
Or, selon S. Jérôme, ce Tau protecteur était u»e croix, puisque telle était la forme du Tau alors dans l'ancienne écriture hébraïque. Origène, Tertullien, S. Clément d'Alexandrie, S. Isidore, Sulpiccr Sévère, S. Augustin, 8. Ambroise, admettent cette opinion. (1).
(1) M' Tabbé Trochon cite ces autorités dans ses notes sur Ezéchiel. Ainsi, remarque-t-il, les Israélites en Egypte devaient rougir leurs portes du sang de l'agneau égorgé s'ils voulaient être épargnés par l'Ange destructeur. (Exod. XII. 13-22.) — Ainsi encore le sceau du Dieu vivant qui rayonnait sur le front des élus. (Apoc. VII, 3. — XIV. 1.) 01» Xa Sainte Bible, traduction et commentaires, Paris Lethielleux 1880 — p. 74 du Tome XIV.
Voir aussi sur le Tau signe religieux : <f Symbole de la croix». Hochard. Ann. de la faculté des Lettres de Bordeaux. Cf. Le Correspondant, 25 oct. 1889. — Item : Kircher, Prodromus coptus, p, 162, disserte sur le Tau cruciforme et sur certains hiéroglyphes égyptiens, croix ansée et autres, mieux connus désormais; page 278, dans son' alphabet copte ou abyssin, il représente le T ainsi: 1 ■ i ■ a l
Le Tau f^ » Ç| ou II , figure ainsi sur les monnaies juives : x ou +. Ces;