III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA COIX
et Hongrois, prêtres et autres, sachant parler le latin et le français, vivant au milieu des Tartares depuis nombre d'années. (1).
Les missionnaires avaient été introduits à cette cour par le grand-chancelier-interprète du Couyouk, nommé Tchinquay, chrétien ainsi que le premier ministre Quâdâcq: tous deux ardents fauteurs du Christianisme. (2). ^
Comment supposer que le symble de la croix ait pu rester dès lors un symbole inconnu, étrange, dans ces vastes régions, qui doivent nécessairement en receler des vestiges?
Les échanges d'ambassades entre S. Louis et les divers Khans, au milieu du XIIP siècle, assurèrent au Christianisme une place respectée auprès de ces souverains Mongols et Tartares, qui toléraient les Nestoriens d'Asie. Louis IX avait fait remettre au grand Khan Mangou (Hien-tsong), avec un baldaquin où la vie de N.-8. était brodée, un petit morceau de la vraie Croix. Nous ignorons ce qu'est devenue cette relique, considérable sans doute, et la première de cette nature, peut-être, en ces pays. K'ou-hi-laï (Che-tsou jjt H), succéda à Mangou, en 1260, et éleva à la dignité royale Boddhi Dharma, ou «Bouddha vivant.» C'était alors un bouddhiste tibétain, nommé Pa-se-pa, dont le nom se rattache à une tentative de réforme alphabétique dans l'écriture chinoise. On lui assigna une principauté en sa partie, avec le titre officiel de Grand Lama, ou Dalaï Lama, «Ce fut là, dit Pauthier, l'origine de ce pouvoir lamaïque que l'on a l'habitude de faire remonter dans la nuit des temps;» par là s'explique comment le culte des Lamas et son organisation reflètent tant de ressemblances chrétiennes: on y a copié les usages nestoriens observés à la Cour des Khans. Simulant un respect hypocrite pour l'incarnation pseudodivine de Po-ta-la (monastère de Lhassa), les empereurs de Chine prirent soin de développer parallèlement l'autorité temporelle du Lama suprême qu'ils «protégeaient»: politique plus habile que fière qui leur annexa le Tibet.
Naturellement, ces origines lamaiques flottent encore dans des ténèbres mai dissipées, et les conclusions formulées avec le plus d'assurance restent, au demeurs^nt, fort problématiques. «Selon les traditions, dit Emile de Schlagintweit, Tsong-fe /lapa. eut quelques entretiens avec un étranger de l'Ouest, remarquable par son grand nez. Hue croit que cet étranger devait être missionnaire européen et attribue aux renseignements que Tsong-khapa aurait reçus de ce prêtre catholique la ressemblance du service religieux au Tibet avec le rituel catholique romain. Nous ne pouvons pas encore nous prononcer sur la question de savoir ce que le bouddhisme aurait emprunté au catholicisme; mais les rites du bouddhisme, relevés par les missionnaires français, tiennent pour
(1) Caput ultimum, § II. — n*** 6 et 8 -^ p. 196 de la «Helation 'des Mongols «te...,»
(2) AhoU'él-Faraj; Historia compendiom dynctstiaruirt.,.. p. 3^1.
la plupart aux institutions particulières de cette religion, ou bien ont éclos à des époques postérieures à Tsong-khapa (1).» Le moins contestable mérite du réformateur est d'avoir tenté d'affranchir le bouddhisme de ses jongleries charlatanesques. K^ou-bi-laî, mort à Pékin âgé de 80 ans, échangea lui aussi des lettres et des am< bassa^es avec Grégoire X. A cette époque se rattachent les pérégrinations de Guillaume de Rubrouck et des frères vénitiens Polo. Tout cela a été raconté dans maint ouvrage spécial. (2).
Nous ne pouvons nous y arrêter longtemps. Dans l'ouvrage de Hayton, qui était du sang royal d'Arménie, dit le P. d'Avril, (3), et dont la femme descendait d'un des trois Rois mages, se trouve le renseignement déjà fourni par Kircher (p. 91) : dans le nKiaferstan, c'est-à-dire au pays des Infidèles, selon les Mores, habitent les Chrétiens de S. Thomas. Outre qu'ils baptisent leurs enfants, ils portent encore peintes sur les tempes et sur le front trois croix de couleur rouge, qu'ils expriment du bois de sandal».
En 1274, au Concile général de Lyon, présidé par Grégoire X, on vit arriver seize ambassadeurs venus de la part d'Abaga, Khan des Perses, et neveu de R'au-bi-laX, (4), En 1304, le Patriarche Mar Jabalaha, converti au catholicisme, s'y soumit au pape Benoit XL
(1) «Le bouddhisme au Tibet». Annales du Musée Guimct, III. p. 45. — cf. suprà p. 93. — A la i)age 90 du même ouvrage sont consignés des détails précis sur le Dalaï Lama et Torigine de son autorité. Son pouvoir temporel sur tout le Tibet ne daterait que de 1640.
(2) A la cour de Karakoroum, siège du grand Khan, en employait (outre un Bussien, achitecte, mari de dame Paquette, une Lorraine), «un orfèvre parisien, nommé Guillaume Boucher... Sa femme, fille d'un Sarasin et née en Hongrie, parloit bon français. Nous trouvâmes aussi là... Bâsiles, fila d'un anglais, né aussi en Hongrie... Guillaume TOrfévre avi.it fait faire une image de la vierge en sculpture à la façon de France, avec une Boitte d'argent pour garder le S. Sacrement. Il fit faire aussi un oratoire sur un chariot très beau et bien peint d'Histoires saintes». Les étrangers abondaient à cette cour. Cf. Voyage remar' quahle de Guillaume de RuhruquiSt envoyé en ambassade par le roi Louis IX... l'an de N. S. MCCLIII. traduit de l'anglois par le S. de Bergeron.
(3) Ph. d'Avril 3. J. op. cit. p. 192. — Dès 11S2, k K^ai-fong fouy et un peu plus tard, aux environs (1271), on trouve des catapultes, des balistes et des cuions, employés sous la direction d'étrangers. En 1290, K^ou-hi-laî khan^ attire h sa cour, des pays voisins et d'Europe, des gens habiles dans les arts, les sciences, l'industrie; il accueille des offioiers de terre et de «mer, des interprètes pour diverses langues. Marco Po|o gouverna trois ans Yang^tcheou fg^ 7n avec vingt -sept viUes; il mentionne un aUemand et un ohrétien nestorien, qui construisaient des mangonnaux pour ce souveniin. (Pauthier. Marco Polo. p. 358). — Item, China lUview, 1889-90. p. 379, sur l'origine étrangère des armes à feu en Chine.
(4) Les grands Khans furent Djengis khan (f 1227), Ogotaï, Couyouk (+1248), Mangou, et K'ou-bi-laï(+1294), qui fonda la dynastie Mongole des Yuen JC et transféra la capitale de Karakoroum à Khan-haliq (Pékin). Il était fils de Tou-li et petit-fils de Dj«ngi8-khan, comme Mangou et Hou-la-gou. Ce dernier est le fondateur des Ilkhans de la Perse, qui finirent en 1353. Voir 1 ouvrage éiudit de M. H. Cordier : Les voyages en Asie auXIV^ Siècle du B. frère Odoriê de Pordenone, Paris, Leroux, 1889.