‹ Croix et swastika en ChineChapitre 85 sur 136 · I. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX · texte numérisé non relu

I. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX

écrasé le catholicisme. II y réussit presque, hélas, mais c à son dam », puisque la civilisation japonaise recula, perdit cette avance si laborieusement gagnée qu'elle essaie de reconquérir maintenant sous la contrainte ou avec Taide des nations civilisées, en se débarrassant des étreintes du bouddhisme chinois. En Chine aussi, le feu couva sous la cendre des incendies : ça et là il resta au cœur des Chrétiens persécutés a un peu de vieille foi, parfum évaporé ! »

Evaporé, c'était encore le bonus odor Christi, la bonne odeur de Jésus-Christ! Aussi, la rumeur de l'existence de ce christianisme dégénéré, dans le royaume du «Prestre Jehan,» excila-t-elle puissamment l'intérêt du monde lalin ; et la papauté, plus que jamais ardente au prosélytisme, voulut tendre la main à ces frères malheureux de l'Extrême-Orient.

Au sujet de ce titre singulier de Prestre Jehan, on a suggéré diverses explications. Pour les uns, ce ne serait que la prononciation corrompue du mot Khan, passant dans les idiomes néo-latins, et défiguré par leur inaptitude à reproduire l'aspiration initiale de ce monosyllabe tartare. (1). Le P. Philippe d'Avril l'appelle toujours le a Preste Jean, y> et embrasse l'opinion de Scaliger, qui y voit une corruption du mot persan Prestegiani, lequel veut dire Apostolique. « On disait Padischah Prestegiani. Ce personnage régnait au Kitay, vaste territoire entre la Chine et l'Empire du Grand Mogol.» Selon d'autres, en vertu de la coutume asiatique des temps reculés, il offrait seul le sacrifice à la divinité suprême, d'où lui serait venue l'appellation de Prestre. Le Dalaé Lama, du royaume de Tangout, serait son successeur et c'est à tort qu'on le chercherait en Ethiopie: «Le Preste Jean et les peuples qui lui obéissaient étaient autrefois chrétiens, dit le P. d'Avril... Tous les peuples orientaux le reconnaissent pour chef de leur religion, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'il porte le nom de Lama, qui en langue tartare signifie la croix; les Bogdoï, qui conquirent la Chine en 1644, et qui sont soumis au Dalaé dans les choses de la religion, ont toujours aussi des croix sur eux, qu'ils appellent aussi Lamas et pour lesquelles ils ont un respect toutà-fait extraordinaire, qui marque assez qu'ils ont été autrefois instruits du sacré mystère, dont ce signe adorable nous est un mémorial éternel». (2). L'ouvrage d'où nous tirons ces remarques (à contrôler, sans aucun doute) est des plus curieux. L'auteur, errant avec plusieurs autres jésuites en Pologne, en Russie, en

(1) Les Chinois figurent et prononcent ce mot han ff*

(2) Phil. d*AviiI i Voyages en divers états d'Europe et d'Asie, pour découvrir un nouveau chemin àla Chine. Paris. 1092. pp 177, 194 etc. Cf. la savante note d'Henry Yule sur le Prêtre Jean. (Marco Polo, II, 539.^ Noos osons à peine faire remarquer Tanalogie de sons entre lama et Tamo, On dit que le loi George, descendant du Prestre Jehan, nestorien, avait embrassé le catholicisme.

Perse et dans l'Asie antérieure, contrecarré surtout par «le moscovite,» ne parvint jamais, malgré son incroyable énergie, à la Chine proprement dite, but de ses efforts. Il a dit ailleurs des Bogdoï ou Tartares orientaux : «On en voit plusieurs parmi eux qui portent des croix, qu'ils appellent Lamas. Ils ont de l'inclination pour la Religion chrétienne et plusieurs se sont déjà faits catholiques. Ils n'aiment point les Mahométans ny les Nestoriens, parce que ce sont eux qui donnèrent autrefois du secours aux Tartares occidentaux, lorsqu'ils furent repoussés de la Chine.» Ces traditions courantes, rapportées par le P. d'Avril, ont certainement leur intérêt, au moins comme reflet des croyances ethnographiques d'alors.

Rappelons en quelques pages plusieurs faits dont la connaissance importe au progrès de notre étude. Innocent IV avait envoyé aux Tartares, dès 1245, des missionnaires franciscains et dominicains. Ces derniers s'arrêtèrent auprès du Prince mongol Batchou, qui les renvoya au Pape en 1248, avec une lettre et une ambassade. Jean du Plan Carpin quitta Lyon en 1245, traversa l'Europe et conduisit les franciscains auprès du grand Khan Batou, (petit-fils de Djengis-khan, T'ai-'tsou) qui les reçut avec honneur. Son fils et successeur Couyouk, Ting^tsong, leur fit le même accueil. (1). «Quelques Chrétiens attachés au service de Kaîouck^ supposaient qu'il était chrétien au fond du cœur, parce qu'il entretenait des prêtres qui desservaient une chapelle placée devant sa tente, et où l'on. chantait et l'on sonnait les cloches aux heures d'usage, selon le rit grec: il est curieux de rapprocher ces rapports de ce que disent les historiens chinois de la faveur dont jouirent, à la cour de Kouïouck, les deux lamas Ouatotchi et iVamo venus du Kaschmyr.» (2).

Jean du Plan-Carpin et ses compagnons trouvèrent Couyouk et sa cour au campement de la Horde d'or (Sira Ordou) près de Karakoroum. Le Khan y siégeait en effet sur un trône d'or, d'ivoire et de pierreries «ouvrage d'un orfèvre russe appelé Corne. Ils y reçurent beaucoup de renseignements de plusieurs Russes

(1) M.«^ Laouënan. op. cit. t. I. p. 468. — Sur les Kitai, Jean du Plan-Cai-pln donne ces renseignements caractéristiques : aKitai autem homines sunt pagani:... habent Novum et Vefcua Testamentum; Vitas Patrura et Eremitas; unum Deum colunt, Domînum Jeauxn Cbristum honorant et oredunt vitam leternam, sed minime bnptizantur. Sciipturam noi-

■tram honorant et reverentur, christianos diligunt. Meliores artifices non inveniviptuv in . toto mundo, in omnibus operibus in quibus homines soient exercitari». Cap. V. § 1, n* VJ. p. 258. — S'agit-il ici de bonzes et de Juifs chinois, vaguement entrevus et confondus? La dernière phrase pourrait jeter quelque jour sur des traces d'influence gréco-européenne, relevées sur plusieurs monuments d'architecture chinoise au temps des Yuen et des Ming.

(2) L'auteur a-t-il en vue Ou Tao-tse etTamo?... — Cf. Relation des Mongols ou Tartarent, par le frère Jean du Plan de Carpin y de V ordre des Frèr es-Mineur s ^ par M. d^Avezac. Paris. 1838. Les particularités, sur ce Obristianisme supposé et sur ces rites, sont extraits à peu près mot à mot du texte de Jean du Plan de Carpin, (p. 370 de Vouvrage), au dernier chapitre, § II; u"" U et 12.

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