III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX
bil (page 37; Histoire de Gentchiscan), devaient avoir beaucoup de Chrétiens.» Pauthier, (Marco Polo, p. 480, 487), accumule les détails sur les Alains chrétiens. En 1221, le terrible Khan avait pris Samarkande, Balk et Hérat, enrôlant dans ses hordes un grand nombre de vaincus. (1). Un de ses ministres, Yelutchoutsay (mort en 1243), était presque sûrement chrétien, ainsi que quelques autres, particulièrement Gaiscue, son médecin, «qui était peut-être franc, ou européan,yi dit Gaubil (p. 102 et 136). Ils s'employaient à attirer à la cour du monarque tout un personnel occidental de savants, d'artistes, d'interprètes, de gens de loi et d'artisans, où les Chrétiens occupaient une place notable. Cour de Médicis mongols ou Fontainebleau chinois!
Le Bienheureux Odoric de Pordenone, parti en 1318, baptisa à Péking 20.000 infidèles et revint en 1330 rendre compte, au pape, de sa mission. Il avait trouvé à la cour de Péking le vénérable archevêque octogénaire, G. de Montecorvino, et l'Empereur y avait assigné un rang aux Frères Mineurs. Les prêtres des diverses religions représentées devaient assister aux fêtes impériales et donner leur bénédiction à l'Empreur, aprimi di tutti i cattolici, les catholiques avant les autres.» Un grand nombre des membres de la Cour étaient chrétiens. Mentionnons un fait qui montre la place que tenait déjà le culte de la Croix; on peut regretter ces beaux temps! Odoric de Pordenone raconte que Tévêque, Monseigneur Andréa Perugino et les Frères Mineurs allèrent un jour au-devant de l'Empereur, (c. à d. le grand Khan T'aiting 3^ ^ ou Témour,) qui rentrait à Péking, Le pieux cortège chantait le Veni Creator et se faisait précéder du crucifix. Dès que le Khan vit le saint emblème et entendit les chants, il manda près de lui l'évêque et les Frères, ôta sa superbe coiffure et fit une révérence à la Croix, que l'on tenait élevée devant lui. (2). Jean de Monte-Corvino bâtit deux églises à Péking, qu'il habitait depuis 1294, et où il devait mourir en 1333, après y avoir baptisé plus de 30.000 païens. Il avait été envoyé en Chine par Jean XXII, avec vingt-six prêtres de son ordre et six frères laïques. (3). Un franciscain français, Nicolas, professeur de théologie à Paris, le remplaça comme archevêque de Péking.
(1) Cf. E. Bretechneider. Mediœval Hesearchesfrom Uastern Asiatic sources, London* Trubner 1888.
(2) Cf. p. 117. Sopra la vita e % viaggi del Beato da Pordenone Studi, Teofilo Domeni-
ckeUi e MarceUino da Oivezza, Prato. 1881. De graves méprises déparent cet ouvrage.
(3) Deux de ses sept suffragants furent successivement évêques de Zaïtoûn, Pour Martini, du Halde, Deguîgnes, Pauthier, Yule et Bretgchneider, Zaïtoûn est la ville actuelle de Ta' men-ic^fou/ott JR tH /U, bm Fou-kien, Cordier (Odoric de Pordenone, \^. 281) discute et motive cette identification pour laquelle il penche décidément. Mais èi la fin du même ouvrage (p. 521) , il avoue que sa conviction semble ébranlée après lecture des travaux du consul Greo. Philipps en faveur de Tchang^tcheou PP 7m » en particulier «The identity of Marco Polo^s Zaitun with ChangchauD. T*onng-p<io, n^ 8, oot. 1890. p. 218.
En 1338, Benoit XIII reçut une autre ambassade de la cour chinoise et députa à Péking quatre franciscains avec le titre de Nonces apostoliques. De l'Empereur ils reçurent des honneurs à peine croyables (Cf. Hue, p. 433). Enfin, en 1370 et 1371, Urbain V nomma un professeur de Paris, Guillaume de Prato, archevêque de Péking, où soixante missionnaires allèrent le rejoindre. François de Podio (catalan) se rendit même en Chine (1371) comme légat apostolique, avoc douze compagnons.
Malheureusement la dynastie chinoise des Ming ^ arrivait au pouvoir, en détrônant la dynastie tartare ; la religion chrétienne parut sombrer dans la tourmente de guerres qui désola TEmpire. «Il est à présumer, écrit sagement Pauthier, que les nomiDreux étrangers, qui, sous le règne de la dynastie mongole étaient entrés en Chine et y avaient occupé de nombreux emplois, en furent chassés par la nouvelle, qui se prévalut de sa nationalité chinoise ; et que les sectateurs étrangers des religions étrangères, les Nestoriens et les Catholiques, furent aussi expulsés à la même époque.» (1).
Après un siècle et demi, S. François-Xavier devait héroïquement tenter de relever la Croix en Chine. Il évangélisa d*abord les Indes, où cet auguste symbole avait conquis sa part de notoriété. (Les relations entre ces deux contrées, si peuplées, étaient alors plus fréquentes qu'aujourd'hui). Quand Albuquerque prit Goa en 1510, « il y fit bastir une belle église, dans laquelle il colloqua une croix de bronze, portant l'image de N.-S. Jésus- Christ crucifié, qui fut trouvée en démolissant quelques maisons ou temples d'idoles.» (2).
Il ne devait pas non plus dissimuler en Chine le mystère de la Rédemption par la croix, le missionaire et martyr hongrois, Matthieu Escandel, dont les disciples répétaient, encore plus de deux siècles après sa mort : «Jésus-Christ, Marie toujours vierge l'a conçu, vierge l'a enfanté, et vierge est demeurée». Au reste, on nous a conservé un fragment du sermon prononcé par le courageux missionnaire quelques moments avant sa mort : «... Il a fallu que J.-C mpurùt pour les hommes. Avec le prix de son précieux sang qu'il a répandu pour les pécheurs sur Tarbre de la croix. Dieu s'est tenu pour satisfait en sa justice». (3).
C'.est encore avec le signe de la croix que le saint martyr
(1) Pauthier. Mm'co Polo, p. 4SS. — Il dit ailleurs, {Chine modernCy p. 428), qu'un vicp-roi chrétien, du Kiang-si, comh.ittit glorieusement contre les Tartares à la chute des Ming. — Cf. Du Halde (III. p. 82), qui le nomme Thomas Kiii et lui associe «Luc Tchiu, Généralissime des troupes chinoises».
(2) Du Jarric S. J. Histoire des choses plus mémorables,. . t. II. p. 40.
(3) Les Missions catholiques 1886, p. 52, Article de M. Ronianet du Caillaud. Le colonel Yule expédie trop lestement la légende d'Escander dans une note de la page Cil de son Cathay and the way thither»