‹ Croix et swastika en ChineChapitre 91 sur 136 · III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX · texte numérisé non relu

III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX

2°) Crois: B. «Dans la pagode appelée Choei-lou se ?); ^ ^, située dans la ville de Ts'iuen-tcheou. fou, se trouve une pierre, avec une croix, trouvée par le père d'un mandarin du Tribunal des châtiments appelé Sou Che-choei |S ^g j^.

Les Chrétiens la virent la 11' année de l'Empereur Tch'ong-lcheng, au milieu de la 2' lune (en 1638), et ils la transportèrent dans l'église la veille du dimanche de la Passion, D'après l'histoire de cette ville, cette pagode fut construite sous la dynastie des T'ang J^ la 6° année de l'Empereur Yuen-tsong x ^ (en 717). Elle n'existe plus». Fig. lea.

(fig. 163).

S") Croix C. «En dehors de la porto Jen-fong t M de la même ville, à environ trois lis (un mille anglais, ou un kilomètre et demi), au bord du lac Tong-hou ^ jj^, s'élevait une pagode appelée Tong-chan ge^|||^, bâtie vers la première année de l'Empereur Hitsong f$ ^ (en 874), de la dynastie des T'ang 0, et maintenant détruite. Aune centaine de pas de cette pagode, dans un champ, se trouve une pierre marquée d'une croix. Personne ne la connaissait. Cette même année de l'Empereur Tch'ong-cheiig ^ ^ (en 1637), le 4* jour après Pâques, les Chrétiens la virent, et, à la 3" lune, la transportèrent dans l'église». (1)(fig. 164).

C'est à ces croix que se rapporte vraisemblablement I

(I) Dans la réédition de l'ouvmge dn P. Diaï, Tang-king-kiao-pei-gong, h l'imprimerie <le T'ou-aè-ici (IS7S;, la aotico sur ces croix et lea figarea orîgin&Ies sont exactement reptodaites à 1» 6d dn livre. Cf, Calatoyai librorum vtaalium in Orphanolrophia T'outi-iBi, n" 1». - Cf. tuprà, p. 137.

tîon insérée dans les Mémoires concernant les Chinois (1). Le P. Cibot y dit : «L'inscription de Si-ngan fou n'est pas le seul monument de notre sainte Religion qu'on ait trouvé en Chine. Il y a encore deux croix de ma connaissance. (2). On a beau faire, on ne prouvera jamais que Dieu n'est pas infiniment bon. L'histoire de ses miséricordes sur les nations ne nous est pas connue; mais il n'y a que notre ingratitude qui puisse nous faire douter qu'elles soient infinies».

Les extraits suivants feront peut-être double emploi avec ceux que nous avons présentés à la page 97. Nous croyons pourtant devoir leur donner place ici, vu leur singularité. «On nous a rapporté qu'il y avait quelques endroits où les habitants adoroient la croix et en laisoient le signe sur les viandes avec •d'autres cérémonies, sans sçavoir pourquoi. J'étois en la capitale de Kiangsi {f£ |f) quand j'appris d'un Chrétien, qu'au petit pais de Tamoxan (3) quelques uns avaient coutume de former le signe de la croix sur le front, au sortir de leur maison; mais quand on les interroge sur cette pratique, ils n'ont point d'autre réponse, sinon qu'ils la tiennent de leurs ancestres. A la Cour de Pékin, un juif ayant été visité par un de nos Pères, lui en parla plus clairement, jusques à cotter les lieux et les familles qui pratiquoient le signe de la croix. Nous envoyâmes sur cet avis un de nos Frères, qui, nonobstant ses soins et ses recherches, n'en peust jamais rien découvrir, soit qu'on l'eust pour suspect, ou plustost que ces familles fussent entièrement esfeintes. Avec cela, ce Juif asseuroit qu'il y avoit eu anciennement un grand nombre d'Adorateurs de la croix dans les Provinces du Nord. Ce juif parloit de plus de six cens ans». (4). Le P. Sémédo, auteur de ces lignes, rapporte également l'usage étrange, déjà relaté (p. 97), de tracer une croix à l'encre sur le front des nouveau-nés.

Cette pratique fut en vigueur aussi au Tonkirl : «Aussitôt que les enfants sont nés, j'ai vu souvent, rapporte le P. de Rhodes, que les parents leur marquent sur le front une croix avec du charbon ou de l'encre ; je leur demandais à quoi cela servait à l'enfant et pourquoi ils faisaient cette peinture sur son front. « Cela, « me disaient-ils, c'est pour chasser le démon et l'empêcher de nuire «à l'enfant.» (5).

C'est une observance qui s'est perpétuée en divers lieux; en voici deux récents témoignages. L'abbé Krick, missionnaire chez les

(1) T. VIII. p. 234.

(2) On pourait soutenir aussi que le P. Cibot a ici en vue \eafei-lai tsien IR ?^ JSf qui feront l'objet d'un chapitre spécial.

(3) Ce mot semble devoir s'éciire, en romanisation actuelle, Ta-mo chan et signifier la morUagne de Ta-mo. S'agit-il du Se-tch'oan ?

(4) Sémédo, S. J. Histoire universelle de la Chine, p. 226. (6) Voyaget et missions du P. de Rhodes^ p, 79.

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Abords, peuplade d'un des versants de THimalaya, a vu ces sauvages marqués des signes de la fig. 165. «Les ■ i t-t

uns, et c'est le plus grand nombre, + T ^^■f^ C3 ont au milieu du front une croix de Malte parfaitement formée, couleur *^

noir-bleu indélébile; d'autres ont la croix ordinaire.» Ces gens prétendent que ce tatouage leur vient d'une tribu située au Nord. «Tous s'accordaient à dire que c'est le signe de Dieu, qu'il est bon de le porter, car «celui qui en est marqué, assuraient-ils, est «reconnu et protégé de Dieu; s'il meurt, il est reçu dans le ciel. « — Et celui qui n'aurait pas ce signe, ajoutai-je, où ira-t-il? — «Dieu est irrité contre lui et ne saurait le recevoir.» (1).

Le Tour du monde (1892. P' semestre, p. 92), présente la vignette de ce pagne porté par des Indiens de la Guyane : (fig.

166). Tout est surprise dans ces révélations des découvertes de Tethnographie américaine. Em.

de Schlagintweit (Musée Guimet. IIL p. 11), le rappelle et poursuit: «Le Bouddhisme avait été aussi introduit au Mexique par des prêtres chinois au V® siècle après Jésus-Christ, et il ^ig- 166.

eut des disciples dans ce pays

jusqu'au XIIP siècle .» Le P. d'Avril (p. 210, Voyages en divers états.,.; 1692) relate le témoignage de voyageurs russes qui pensent que l'Amérique fut peuplée par l'Asie septentrionale, la Mer de Tartarie et ses îles. Le Rév. P. G. Master rapporte que mille ans avant C. Colomb, «cinq bonzes bouddhistes abordèrent au continent américain, emportés par les courants japonais à travers l'Océan. L'un deux revint en Chine et son voyage au Mexique, qu'il appelle Fou-'Sang dans son journal, est mentionné dans les Archives impériales chinoises; etc..» (2).

(1) Annales de la Propagation de la foi, 1851; et Relation d'un voyage chez les Abords en 1853, par M. Vàbhé Krick. Ces deux traits ont été cités par M. TAbbé Ansault.

(2J De singulières analogies dans l'ethnographie, le folklore et la linguistique, donneraient à ces dires quelque vraisemblance spécieuse. Plusieurs vieilles monnaies chinoises auraient été déterrées dans la Colombie britanique. — Cf. The Shanghai Mercury^ 9 août 1893. — Le Poung-pao de mai 1892 pp. 101-168, a inséré un travail des plus érudits de Gustave Schlegel sur ce Boyaume de Fou-sang ^ ^ B i qu'il ne faut chercher que sur la côte Nord-est de l'Asie. Un volume de Charles Leland, Fusang or the discovery of America hy Chinese Buddhist priests (London, 1875), avait soutenu d'autres théories, et H. de Charencey, après de Humboldt, avait signalé au Mexique des affinités iraniennes avec les populations de la Haute Asie. Cf. Bevtie des questions historiques^ 1876; vol. 20, p. 348. Ces vagues afflnités peuvent s'expliquer autrement.

M. Burnouf, avons-nous dit (p. 3), affirme que Ton trace le Lfj sur le front des jeunes bouddhistes. Cela peut être vrai aux Indes, où les vrais bouddhistes sont relativement rares. En Chine, où ils fourmillent, et où ils ont, comme partout ailleurs, accommodé le Bouddhisme à leur fantaisie, je crois cette pratique tombée en désuétude.

Les enfants chinois reçoivent souvent une touche de carmin sur le front ou sur les joues. Est-ce une vaine observance, ou un simple ornement, une sorte de «mouche» écarlate, conforme au goût des Asiatiques, qui prétendent relever la pâleur de leur teint?

Mais le 5® jour de la 5® lune, on rencontre de jeunes enfants et des adultes présentant, sur la partie antérieure de leur crâne frais rasé, quelque marque tracée avec de la mine orange ou de l'orpiment, hiong-hoang ^ ^. Les parents se flattent que les reptiles, qui ont horreur de ces substances (?), n'oseront en voyant ce signe nuire à la personne que Ton entend préserver. Le même jour, dans un espoir analogue, on suspend aux portes des maisons des feuilles lancéolées de roseaux comestibles kiao pé ^è» des tiges d'armoise, d'absinthe ou de quelque autre plante. L'orpiment, dilué dans Talcool, sert aussi à faire des aspersions dans les appartement?.

Ces usages ne sont ni récents ni purement locaux. Dans une relation du P. d'EntrecoUes sur la conversion et la ferveur d'une vieille dame, jadis fort superstitieuse, on rencontre cette particularité: «Quand on expliqua à cette bonne catéchumène Tauguste signe de la croix, et combien il est redoutable aux démons, elle fît une remarque que je ne dois pas omettre : «Cela est admira- «ble, s'écria-t-elle! N'avez-vous pas fait réflexion qu'aux réjouis- «sances du 5® jour de la 5® lune, nous faisons aux petits enfants «que l'on mène dehors, une croix avec du vermillon, au milieu «du front, et cela, afin de les préserver du malin esprit?» En effet, un de mes chrétiens, qui est du même village, convient de cette coutume; cela confirme ce que quelques uns nous assurent, que la religion chrétienne a été connue anciennement à la Chine, sous le nom de Che^tse feiao». (1).

L'année dernière, M. l'abbé Bauron a constaté cette coutume en Afrique. La croix, jadis signe d'infamie, s'y est changée en ornement : on la remarque ostensiblement tatouée sur le front des Djebalia, race berbère de Tunisie. On y voit l'indice de leur ancienne conversion au Christianisme et l'usage a persisté, malgré la conquête du pays par l'Islam. (2). En Asie, sur plusieurs des

(1) + ^ ffe = ''la religion de la Croix'\ — Cf. Lettres édif. X. (Lyon 1819). — Lettre datée de Jao-tclieou fou ^ ffl /n ' au Kiang-siy 1715.

(2) Les Missions catholiques^ 17 juin 1862, p. 303. « La croix en tatouage». — Voir aussi la gravure du numéro précédent.

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