III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX
grecs», peu importe qu'on y voie des caractères grecs ou sanscrits (dévaoagari?), si fréquemment encore employés maintenant sur les cloches bouddhiques. Le P. de Sémédo remarque avçc sa réserve habituelle : nll peust se l'aire que cette clochette y ait esté portée d'ailleurs depuis peu, par quelque rencontre, qui arrive assez souvent : je fais le mesme jugement d'un livre des Fables d'Esope en latin, relié comme les nôtres, que je vis en la Province de Nankin, u (1).
Cette hypothèse n'est pas applicable à une autre trouvaille du plus haut intérêt, mentionnée par le P. du Halde qui traduit ainsi une lettre du P. franciscain Castorano adressée en 1722 à la Congrégation romaine de la Propagande : «Un chrétien de Lin-tching tcheou (2) m'apporta une ancienne médaille qu'il venait de trouver par hasard dans la place publique parmi un tas de vieilles ferrailles... On y découvrit clairement d'un côté l'image du Sauveur et de l'autre côté l'image de la très-sainte Vierge. Ces images étaient tout-à-fait semblables à celles qui se trouveni sur les médailles qu'on frappe de nos jours, à la réserve qu'il n'y avait autour ni caractère ni inscription. Ce qu'il y a de rem: quable et ce qui prouve que la médaille, dont il est question, n'esi point venue d'Europe, mais qu'elle a été fabriquée à la Chine, c'est que... la médaille dont je parle est attachée à un petit denier chinois avec lequel elle îi été ainsi unie par la même fonte, et le denier est percé au milieu à la manière chinoise. L'un et l'autre est représenté dans la figure suivante, (fig. 170). La lettre A marque l'endroit où est empreinte la figure du Sauveur; et la lettre B marque le revers où est pareillement empreinte la figure de la trèssainte Vierge. On lit sur le denier le nom de l'Empereur qui régnait lorsque la médaille fut fabriquée, et les caractères chinois marquent que c'était r'ai-p'ÎTig, J'ai consulté sur cela les annales chinoises, et j'ai
trouvé qu'il y a eu deux empereurs de ce nom, l'.un de la dynastie impériale Van-li3.ng, appelé King ti, qui régna vers l'année de J.-C. 536, L'autre de la famille Gu nommé Ti-leang, au temps du Triumvirat, lequel arriva vers l'an de J.-C. 266. En sorte qu'il doit y avoir 1186 ans, ou même 1456 que cette médaille a été
(1) de Séméilo . Bistûire univci-mtle de la Chine, p. 227. (!!) Lin-l»'ing leheou K» In T*! aa Chan-tang,
fabriquée. Un autre chrétien de cette ville ayant considéré attentivement la même médaille, me dit que lorsqu'il était encore gentil, il en avait trouvé une toute semblable, mais qu'ignorant alors de quel usage elle pouvait être, il l'avait brisée...» (1). C'est àpropos de cette médaille'Sapèque que Yule blâme Deguignes de se montrer si crédule Ce dernier «rapporte, dit-il, sans la condamnation qu'on peut supposer qu'elle mérite, la découverte d'une médaille représentant la Vierge et l'enfant, unie à une sapèque chinoise de cuivre, de l'an 556 (536), dont la gravure se trouve dans les Lettres édifiantes.» (2). Le dédain du colonel Yule n'empêche, i^) que le témoignage est formel et oblige au moins à suspendre son jugement; 2**) que, s'il y a eu des Chrétiens en Chine en 536, comme lui-même l'admet, il est naturel et possible qu'on en trouve des traces.
Joseph Hager s'est occupé aussi de la médaille chrétienne trouvée en 1722. Il ne croit pas qu'elle soit, vu l'inscription, antérieure au VIP siècle et suggère au P. Amiot un troisième nom de règne, Tai-pingi, vers 976 de notre ère. Le revers, qu'on n'a pas encore traduit, signifierait, d'après Hager, Rédemption (ou Rédempteur des crimes, ou des châtiments che^hing ]^ Jffj. Il déplore naturellement, et pour cause, qu'on ne nous ait pas transmis le dessin de la figure que portait cetta médaille, laquelle n'était nullement une monnaie. (3).
Des documents d'un autre ordre réclameraient une place ici, et la liste s'en augmentera probablement quand l'attention aura été éveillée sur ce point. Nous avons en vue ces nombreuses pagodes de Chine, dont' l'appellation actuelle trahit une destination primitive bien différente, ayant trait au Christianisme et spécialement au culte de la croix. Car on appliquerait sans peine à la Chine la remarque faite au sujet des stoupas, dagobas ou viharas de l'Inde : une secte s'est bien souvent emparée d'un monument construit ou même simplement commencé au profit présumé d'une autre secte ou religion dépossédée. Le protestantisme ne s'est-il pas souvent installé dans les chefs-d'œuvre de notre architecture médiévale ?
Dans la ville chinoise de Chang-hai, notre église actuelle de lao Tien-Tchou t^ang ^ ^ j^ ^, vieille église du Seigneur du Ciel, a servi jusqu'en 1861 de pagode dédiée au dieu de la guerre, Koan-ti ^^, particulièrement cher aux mandarins militaires. (4).
(1) Lettres édifiantes. XVI® recueil. Edition de 1724. Préface de du Halde, p. XIV,
(2) Cathay and tke way thithei'» p. XCI.
(3) Hager. Description des médailles chinoises du Cabinet impérial de France, Paris 1805, p. 71. — Cf. suprà p. 166. — Il renvoie aux Lettres édif., au Journal des Savans, août 1760, et à Deguignes, Histoire des Huns..» Vol. I. p. 50»
(4) C'est leur Confucius et un exemple saillant d'évhémérisme chinois. Il vivait à l'époque des Trois Royaumes (!*' siècle de notre ère), et fut un général du plus haut renonii