III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX
Telle était la condition de beaucoup d'églises désaffectées, puis rendues aux catholiques par le Gouvernement chinois, en vertu des stipulations de la convention additionnelle du traité de T4en.tsin (25 oct. 1860).
Naturellement toutes n'ont pas été restituées; toutes ne pouvaient Têtre. Ce qui nous intrigue ici, ce sont ces dénominations presque chrétiennes qui ont survécu à la ruine, aux dévastations, à Taccaparement même, par le paganisme, d'édifices jadis consacrés au vrai Dieu.
Est-ce le cas, comme on Ta insinué un peu vite peut-être, est-ce le cas de la Pagode de la Croix, Che-tse miao + ^^ J^i qui s'élève encore à deux lieues au N. E. de la ville de Song-kiang, non loin de Chang-hai, dans un endroit nommé le bourg de la Croix j Che-tse tchoang ^f* !|^ ]^ ? Il est bien singulier qu'on y honore encore le Tch^eng-hoang ^ |Jg, génie tutélaire de la ville, sous le titre Si-^yang ming -wang W ^ §^ 3E qu'on peut traduire par «le sage Roi d'occident» (Europseus sapiens Rex). En outre ce petit hameau s'élève sur un des cinq districts exemptés par le gouvernement de l'impôt du riz, privilège assez rare et dont jouit aussi une partie de notre terrain de Zi-/ia-wei. Cette propriété était jadis une dépendance de la sépulture de Siu Koang^k'i, 4fe ^ flfc ^" Siit ko-lao ^ |§ ^1 le grand-ministre d'empire, converti par le P. Ricci, et fondateur au XVII* siècle des belles chrétientés de Chang-hai et des environs. (1).
Malheureusement, dans cette pagode assez misérable, desservie par quelques bonzes illettrés et de fort bas étage, nous n'avons retrouvé aucun vestige architectonique de sa destination soi-disant chrétienne. Seule, une pierre encastrée dans la muraille, mentionnant les noms de ceux qui, sous l'Empereur Wan-ii ]|| jg (1575- 1620) ont contribué à sa restauration, atteste par son ornementation qu'elle remonte au temps de cet Empereur. Les autres inscriptions, moins anciennes, paraissent indiftérentes, pour ne pas dire
biea que linalement malheureux. L'Empereur Hoei tsong le mît en 1128 au rang des « esprits célestes »; divinisé en 1594, il demeure l'un des dieux les plus populaires. — On m'affirme qu'avaut sa restitution aux catholiques notre église, tninsforméa en p.igode, abritnil: une chambre strictement close où nul n'osait pénétrer.
(1) Cf. P. Hoang S.J. Notions sur la Propriété en Chine. Chang-hai 1897. (Var. sinol. n» 11). p. 19.
Siu Koang-k^i (1.562*1C33) fut ministre d'Etat sous Wan-li et jouissait d'une brillante réputation littéraire. Il a été «canonisé» au sens chinois du mot sous le titre de Wenting yCS« Le P. André Koffler avait baptisé la mère, la femme et le fils aîné Constantin du petit-fils de Wan-li, nommé Yong-li et reconnu comme empereur dans plusieurs provinces du Sud, lors de l'invasion tartare. Cet infortuné monarque s'était déclaré catéchum3ne. favorisait le Christianisme et avait nommé les PP. Boym et Koffler <( assistants à la Cour imx^ériale ». Sur la tentative patriotique du nouveau Constantin, voir le De bello TarUirico du P. Martin Martini, et surtout le T^oung-pao : «Une mission chinoise à Venise au X Vile siècle», article de M. Girard de Bialle. (août 1890, p. 99).
davantage, à de plus glorieux souvenirs (1).
Le Chemise miao + ^ Jft perpétuait-il la mémoire du culte antérieur de la croix, honorée par les Nestoriens? était-il voisin d'une église contemporaine de Siu ko-lao ^ ^ ^ dont la famille développa si heuieusement le christianisme dans cette préfecture? La croix a-t-elle été connue aux environs, avant Tarrivée du P. Ricci? Ce nom de la Croix, au contraire, a-t-il trait à tout autre chose? Faut-il l'expliquer dans un sens purement païen? Nous sommes inclinés à le croire, jusqu'à ce que des recherches ultérieures fournissent, à l'encontre de cette opinion, une réponse péremptoire.
Fermons enfin ce chapitre par la jreproduction d'un panneau d'une balustrade chinoise. Notre vignette est calquée sur un dessin paru dans le Hoa-pao^^, journal illustré par des indigènes et publié à Changhai ; quatre PH y cantonnent un motif cruciforme, variante symétrique du caractère jg fou li bonheur». Cette composition mettra en garde le lecteur contre certaines interprétations qui, abusées par des similitudes d'ordre graphique, signaleraient notre croix
chrétienne là où des habitudes décoratives, fort différentes, expliquent la présence d'un tout autre signe.
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(1) En effet, Tune des tablettes, gravée la 32^ année du règne de Kia-tsing ijk 9^^ en 1553, affirme que (( cette pagode date, sous ce titre, du début de la dynastie des Mingy>. On y venait rendre un culte à « l'esprit divin de la Montagne orientale », le T^aichan ^^ m du Cfian-tong UJ yH i une des cinq montagnes saintes de la Chine. A Kia-tsing BuccédA Long-k ing ^ Jfi (1567), sous le règne duquel Matthieu Ricci reprit l'évangélisation du Céleste Empire. Voici le texte chinois de l'inscription : 2^ ^ 7@ 9 S
D'après une tradition, vivante encore parmi les catholiques de ce district, les missionnaires auraient eu, à la Pagode de la Croix, une sorte de procure où Ton recueillait le riz offert en contribution volontaire pour les besoins de cette chrétienté.