ACTE III, SCÈ':f£ XVH
Et puis au denier douze, ainsi qu'il est réglé,
Je leur revends Targent que je leur ai volé.
Car voler des chrétiens c'est chose méritoire. «
Que sai»^ttt de nouveau, face de purgatoire?
HANASSÉ.
Rien : — sinon que le bruit s'est dans Londre épa&du Qu'un astrologue à Douvre avait été pendu.
CBOMWELL.
C'est bien fait. -^ Mais toi-même, es-tu pas astrologue ?
M ANASSÉ, après un moment d'hésitation.
Point de faux tém<>ignage, a dit le Décalogue. Oui, je comprends ce livre, obscur pour le démon, Qu'épelait Zoroastre, où lisait Salomon.
Oui, je sais lire au ciel vos bonheurs, vos désastres 1
CROMWBLL, à part, l'œil (tocé sur le juif.
Sort bizarre ! épier les hommes et les astres I Astrologue là-haut, ici-bas espion I MANASSB, Rapprochant avec vivacité d'une fenêtre ou*
verte au fond de la salle, et à travers laquelle on enlrt^
voit un ciel étoile.
Tenez 1 précisément, — là, près du Scorpion, — En ce moment, seigneur, je vois...
Quoi?
MANASSB, sans quitter le del des yeuas.
Votre étoile.
Se retournant vers Cromwell avec solennité.
Votre avenir pour moi peut déchirer son voile.
CROMWELL, tressaillant.
Vraiment *? il se pourrait?. . . — Maisnon, tu mens^ vieillard ! Crains-tu pas d'essayer la pointe d'un poignard?
MANASSÉ, gravement.
Si je mens, que la mort, dont les coups nous confondent^ Ferme ces yeux à qui les étoiles répondent.
CROMWELL, pensif, à part.
Se pourrait-il ? — Lever le rideau du destin. Lire au loin dans le ciel un avenir lointain, béchiffrer chaque vie et chaque caractère.
Voir la clef de l'énigme et le mot du mystère, Ce mot qu'un doigt suprême, invisible à nos yeux, Trace avec des soleils sur le livre des cieux ! Quel pouvoir ! c'est de Dieu partager la couronne — Moi, qui me contentais de je ne sais quel trône I Fier de briller au faite où quelques rois ont lui, Je méprisais ce juif... — Que suis-je près de lui ? Qu'est-ce que ma puissance auprès de son empire? Près du but qu'il atteint qu'est le but où j'aspire ? Son royaume est le monde et n'a pas d'horizon !... — Mais non, il ne se peut. La raison... — La raison ! Gouffre où l'on jette tout et qui ne peut rien rendre ! Doute aveugle qui nie à défaut de comprendre ! L'imbécile l'invoque et rit. C'est plus tôt fait. — Pourtant, — d'où viendrait-il, ce pouvoir, en effet? Dieu marque un but unique à chaque créature.
Les êtres, dont la chaîne embrasse la nature, Restent tous dans leur sphère, à leur centre, en leur lieu. La bête ignore l'homme, et l'homme ignore Dieu. Les cieux ont leur secret, et nous avons le nôtre. L'âme peut-elle voir d'un monde dans un autre? Des morts chez les vivants apporter le flambeau ? Reste-t-elle toujours d'un côté du tombeau?
Peut-elle après la mort sortir des catacombes. Ou pénétrer d'ici l'intérieur des tombes?...
Qui sait? — Faut-il nier tout ce qu'on ne voit pas? Tout lien est-il donc rompu par le trépas?
N'a-t-on pas vu d'ailleurs des choses effrayantes ? — Mais l'homme, ouvrir du ciel les pages flamboyantes 1. .. Qui sait ce que Dieu met dans l'âme en la créant? — Mais quoi 1 cet homme impur, ce juif, ce mécréant, Dans son sens symbolique interpréter le monde ! Fouiller le saint des saints de son regard immonde 1 — Pourquoi pas? Que sait-on? Tout est mystérieux. Raison de plus, peut-être !... — A mon œil curieux S'il pouvait de mon astre expliquer le langage ? Me dire où finira la lutte que j'engage? — Allons ! nous sommes seuls, sans témoins 1... — Essayons.
Haut à Manassé.
Juif !