‹ Cromwell: drameChapitre 21 sur 253 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

DAVENANT, bas à lord Rochester.

C'est de l'apocalypse

CARR

Mon âme veut le jour 1

LORD ROCHESTER, à part.

Fais donc cesser l'éclipsé !

LORD ORMOND, bas à Daveuant.

Je démêle, au milieu de ses donc, de ses car, Qu'il nous vient de la Tour et qu'il s'appelle Carr. C'est un des conjurés que Barksthead nous envoie. Ce Carr est un sectaire, un vieil oiseau de proie. Dans la rébellion, assisté de Strachan, Du camp parlementaire il sépara son camp.

Le Parlement le fit mettre à la Tour de Londre. Mais, monsieur Davenant, ce qui va vous confondre, C'est qu'il maudit Cromwell d'avoir par trahison Dissous le Parlement, qui le mit en prison.

DAVENANT, boS.

Est-il indépendant de l'espèce ordinaire?

Ranter? socinien?

LORD ORHOND, haS.

Non, il est millénaire. Il croit que pour mille ans les saints vont être admis A gouverner tout seuls. — Les saints sont les amis. CARR, qui a paru absorbé dans une sombre extase.

Frères, j'ai bien souffert! — On m'oubliait dans l'ombre,

Comme des morts d'un siècle en leur sépulcre sombre.

Le Parlement, qu'hélas I j'ai moi-même offensé,

Par Olivier Cromwell avait été chassé;

Et captif, je pleurais sur la vieille Angleterre,

Semblable au pélican près du lac solitaire ;

Et je pleurais sur moi ! Par le feu du péché,

Mon front était flétri, mon bras était séché; i

Je ressemblais, maudit du Dieu que je proclame,

A du bois à demi consumé par la flamme. !

Hélas! j'ai tant pleuré, membres du saint troupeau,

Que mes os sont brûlés et tiennent à ma peau.

Mais enfin le Seigneur me plaint et me relève.

Sur la pierre du temple il aiguise mon glaive ^

8i CROMWfcLL.

Il va frapper Cromwell, et chasser de Sion La désolation de la perdition.

LORD ROCHESTER, bus à Davenant, Sur mon nom! la harangue est fort originale!

CARR

Je reprends parmi vous ma robe virginale.

LORD ROCHESTER, à part.

Tudieu !

CARR

Guidez mes pas dans le chemin étroit ; Et glorifiez-vous, vous dont le cœur est droit! Les mille ans sont venus. Les saints que Dieu seconde De Gog jusqu'à Magog vont gouverner le monde. Vous êtes saints!

LORD ROCHESTER, polimmt.

Monsieur, vous nous faites honneur...

CARR, avec enthousiasme.

Les pierres de Sion sont chères au Seigneur.

LORD ROCHESTER

Voilà parler!

CARR

A moins que mon Dieu ne me touche, Je suis comme un muet qui n'ouvre point la bouche. C'est vous que mon oreille écoutera toujours, Car la manne céleste abonde en vos discours !

Montrant lord Ormond.

Dites-moi, vous étiez d'opinions diverses?

Sur quel texte roulaient vos saintes controverses?

LORD ROCHESTER

Tout à l'heure, monsieur? — C'était sur un verset...

A part.

Pardieu ! si mon quatrain par hasard lui plaisait? Il m'écoute déjà d'une ardeur sans pareille ! Quel poète d'ailleurs pourrait voir une oreille S'ouvrir si largement sans y jeter des vers? Bisquons le madrigal à tort comme à travers ! D'abord faisons-le boire. On sait qu'au bruit des verres Se dérident parfois nos puritains sévères. —

Haut.

Monsieur doit avoir soif?

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