ACTE V, SCÈNE XII
Pour des siècles peut-être cmt monté les ressorts. Ainsi tout va. La roue, à la roue enchainée, Mord de sa dent de fer la machine entraînée; Les massifs balanciers, les antennes, les poidB, Labyrinthe vivant, se meuvent à la fois.
L'effrayante machine accomplit sans relâche Sa marche inexorable et sa puissante tâche; Et des peuples entiers, pris dans ses mille bras, Disparaîtraient broyés, s'ils ne se rangeaient pas. Et j'entraverais Dieu, dont la lot salutaire Nous fait un sort à part dans le sort de la terre \ J'irais, du peuple élu foulant le droit ancien, Mettre mon intérêt à la place du sien I Pilote, j'ouvrirais la voile aux vents contraires !
Hochant la tête.
Non, je ne donne pas cette joie aux faux frères. . . Le vieux navire anglais est toujours roi des flots. Le colosse est debout. Que sont d'obscurs complots Contre les hauts destins de la Grande-Bretagne? Qu'est-ce qu'an coup de pioche aux ftancsd'une montagne?
Promenant des yeux de lynx autour de lui.
Avis aux malveillants! on sait tout ce qu'ils fout. Le flot est transparent, si l'abîme est profond. On voit le fond du piège où rampe leur pensée. La vipère parfois de son dard s'est blessée ; Au feu qu'on allumait souvent on se brûla; Et les yeux du Seigneur vont coorant çà et là. — Qui du peuple et des rois a signé le divorce ? Moi. —Croit-on donc me prendre à celte vaine amorce? Un diadème 1 — Anglais, j'en brisais autrefois. Sans en avoir porté, j'en connais bien le poids. Quitter pour une cour le camp qui m'environne > Changer mon glaive en sceptre et mon casque en couronne ! Allons I suis-je un enfant? Me croit-on né d'hier? Ne sais-je pas que l'or pèse plus qde le fer? M'édifier un trône ! Eh 1 c'est creuser ma tombe. Cromwell pour y monter sait trop comme on en tombe. Et d'ailleurs que d'mmuis s'amassent sur ces fronts Qui se rident sitôt, hérissés de fleuroflsf
Chacun de ces fleurons cache une ardente épine.
La couronne les tue ; un noir souci les mine ;
Elle change en tyran le mortel le plus doux,
Et, pesant sur le roi, le fait peser sur tous.
Le peuple les admire, et, s*abdiquant lui-même,
Compte tous les rubis dont luit le diadème ;
Mais comme il frémirait pour eux de leur fardeau,
S'il regardait le front et non pas le bandeau 1
Eux, leur charge les trouble, et leurs mains souveraines
De l'État chancelant mêlent bientôt les rênes... —
Âh ! remportez ce signe exécrable, odieux !
Ce bandeau trop souvent tombe du front aux yeux. —
Larmoyant,
Et qu'en ferais-je enfin? mal né pour la puissance. Je suis simple de cœur et vis dans l'innocence. Si j'ai, la fronde en main, veillé sur le bercail, Si j'ai devant l'écueil pris place au gouvernail. J'ai dû me dévouer pour la cause commune.
Mais que n'ai-je vieilli dans mon humble fortune ! Que n'ai-je vu tomber les tyrans aux abois !
A l'ombre de mon chaume et de mon petit bois. Hélas! j'eusse aimé mieux ces champs où Ton respire, Le Ciel m'en est témoin, que les soins de l'empire ; Et Cromwell eût trouvé plus de charme cent fois A garder ses moutons qu*à détrôner des rois !
Pleurant.
Que parle-t-on de sceptre? Ah! j'ai manqué ma vie. Ce morceau de clinquant n'a rien qui itie convie. Ayez pitié de moi, frères; loin d'envier Votre vieux général, votre vieil Olivier.
Je sens mon bras faiblir, et ma fin est prochaine. Depuis assez long-temps suis-je pas à la chaîne? Je suis vieux, je suis las; je demande merci. N'est-il pas temps qu'enfin je me repose aussi? Chaque jour j'en appelle à la bonté divine.
Et devant le Seigneur je frappe ma poitrine.
Que je veuille être roi I Si frêle, et tant d'orgueil î Ce projet, et j'en jure à côté du cercueil, Il m'est plus étranger, frères, que la lumière