ACTE V, SOÈNG Xll
SYNDBRCOMp.
£t que faire?
OARLAND.
Prier, prier contre lui. — Trêve aux fureurs meurtrières 1 Et laissons Dieu choisir entre les deux prières.
Les conjurée puritaim s'inclinent et prient. — Unepause,
GROMWELL, 96 relevant.
Allons!
Toute rassemblée se relève. — Le comte de Wartvick s'avance à pas lents et mesurés vers le Protecteur , mtt un genou en terre, et lui présente la robe de pourpre bordée d* hermine.
LE COMTE DE wARWicK^ à Cromioell.
Daignez vêtir cette pourpre, Mylord.
Cromwell, aidé de lord Warwick, endosse, la robe.
ovEKTON, bas aux Puritains.
Amis ! amis ' il met son suaire de mort.
GARLAND, boS.
Vbyez-le maintenant : c'est le fils écarlate De Tyr prostituée.
wiLDMAN, bas.
Oh! que la foudre éclate!
Cromwell, vêtu de la robe de pourpre, dont le jeune lord RobertSy riohemmt paré, soutient la queue, s'avance gravement vers le trône. Le comte de Wartoick le précède, Vépée haute. Lord Carliste le suit^ la pointe de Vipée baissée vers la terre*
SYNDERCOMB , à part.
Quel éclatant cortège il emprunte à l'enfer!
Pourpre, hermine, seigneurs dorés, soldats de fer, Un trône empanaché qu'un dais alticr surmoatCi Des femmes sans pudeur et des hommes sans honte, Faste, pouvoir, triomphe, il ne lui manque rien. Il nage dans l'orgueil et dans la joie. Eh bien! Pour faire évanouir tout cela comme un rêve.
Comme l'ombre d'un char, comme un éclair du glaive, Que faut-il au Dieu fort? que faut-il au Seigneur? —
Il serre son poignard sur son sein.
Un peu de fer aux mains d'un malheureux pécheur. Cromwell, après avoir traversé lentement la salle au milieu d*un profond silence, arrive au pied du trône et se dispose à y monter. — Le^ conjurés se glissent en silence dans la foule et cernent V estrade.
HILTON, dans la foule, d'une voix éclatante, Cromwell, prends garde à toi !
CROMWELL^ se retoumant vers le peuple.
Qui parle?
SYNDEHCOMB, bas à Garland,
Dieu confonde L'aveugle dont la voix dit gare à tout le monde !
MiLTON, à Cromvjell.
Songe aux ides de mars!
OVERTON, bas à Milton.
Ne dis pas nos sebretsl CROMWELL, à Milton.
Milton, expliquez-vous.
MILTON, à Cromivell.
Manè Raghel Phares.
Cromtvell hausse les épaules et monte sur le trône.
0VERT0N, bas à Garland.
Il monte! Je respire.
garland, bas.
Ah ! l'alerte était forte!
Cromwell s'assied sur le trône. Les comtes de Warwick et de Carlisle se placent debout, Vépée nue^ derrière son fauteuil, Thurloë et Stoupe à ses côtés. Le lordmaire, suivi de ses aldermen, s'avance au pied du trône, portant le coussin où est placée Vépée; il monte quelques degrés, met un genou en terre, et présente Vépée à Cromwell.
le lord-maire^ à Cromwell.
Lord Olivier, ceci qu'entre vos mains j'apporte, C'est l'épée. A défaut d'enclume, un peuple entier Sur le front des tyrans en a forgé l'acier.
La lame a deux tranchants pour qu'on en puisse faire Le glaive de justice et le glaive de guerre,
ACTfi V, SCÈNE XII. 381
Qui, tour à tour terrible au combat, au saiut lieu,
Brille aux mains du soldat, flamboie aux mains de Dieu.
L'honorable cité de Londres vous le livre.
Cromwell ceint Vépée, la tire du fourreau, V élève audessus de sa tête, puis la rend au lord- maire, qui la remet dans le fourreau et se retire à reculons.
WHiTELOGKE , s^appTochant de Cromwell avec le même
cérémonial que le lord-matre, Mylord, voici les sceaux.
Cromwell prend les sceaux, puis les rend à Whitelocke, qui se retire. L'orateur du Parlement, suivi des officiers des communes, s'avance à son tour, portant la Bible à fermetures d*or.
l'orateur du parlement, un genou en terre devant
Mylord, voici le livre.
Cromwell prend la Bible, et V orateur se retire avec de profondes révérences. Le général Lambert, pâle et inquiet, s'approche portant la couronne sur un riche coussin de velours cramoisi. — Overton fend la presse et se place près de lui.
LE GÉNÉRAL LAMBERT , agenouillé sur les degrés de restrade de Cromwell.
Mylord...
OVERTON, bas à Lambert.
C'est moi ! courage !
LAMBERT, à part.
Il est à mes côtés.
A Cromwell en balbutiant.
Recevez la couronne
OVERTON, tirant son poignard, bas.
Et la mort !
Tous les conjurés, épars dans la foule, mettent à la fois
la main sur leurs poignards.
CROMWELL, comme s'éveillant en sursaut.
Arrêtez.
Que veut dire ceci? Pourquoi cette couronne?
Que veut-on que j'en fasse? et qui donc me la donne? Est-ce un rêve? Est-ce bien le bandeau que je vois?
De quel droit me vient-on confondre avec les rois?
Qui mèie un tel scandale à nos pieuses fêtes?
Quoi! leur couronne, à moi qui fais tomber leurs tétos!
S'est-on mépris au but de ces solennités? —
Mylords, Messieurs, Anglais, frères, qui m'écoutez,
Je ne viens point ici ceindre le diadème,
Mais retremper mon titre au sein du peuple mémei
Rajeunir mon pouvoir, renouveler iftes droits.
L'écariate sacrée était teinte deux fois.
Cette pourpre est au peuple, et d'une âme loyale
Je la tiens de lui. — Mais la couronne rovale!
Quand l'ai-je demandée? et qui dit que j'en veux?
Je ne donnerais pas un seul de mes cheveux,
De ces cheveux blanchis à servir l'Angleterre,
Pour tous les fleurons d'or des princes de la terre.
Otez cela d'ici ! Remportez, remportez
Ce hochet ridicule entre les vanités î
N'attendez pas qu'aux pieds je foule ces misères.
Qu'ils me connaissent mal, les hommes peu sincères
Qui m*osent affronter jusqu'à me couronner!
J'ai reçu de Dieu plus qu'ils ne peuvent donner,
La grâce inamissible, et de moi je suis mattre.
Une fois fils du Ciel, peut-on cesser de l'être?
De nos prospérités l'univers est jaloux.
Que me faut-il de plus pour le bonheur de tous?
Je vous l'ai dit : ce peuple est le peuple d'élite.
L'Europe de cette île est l'humble satellite.
Tout cède à notre étoile, et l'impie est maudit.
Il semble, à voir cela, que le Seigneur ait dit :
a Angleterre I grandis, et sois ma fille aînée.
» Entre les nations mes mains t'ont couronnée :
» Sois donc ma bien-aimée, et marche à mes côtés. »
Il déroule sur nous d'abondantes bontés ;
Chçique jour qui finit, chaque jour qui commence,
Ajoute un anneau d'or à cette chaîne inuncnse.
On croirait que ce Dieu, terrible aux PhilistioS)
A comme un ouvrier composé nos destins ;
Que son bras^ sur un axe indestructible aux âges,
De ce vaste édifice a scellé les rouages,
Œuvre mystérieuse, et dont ses longs efforts