‹ Cromwell: drameChapitre 243 sur 253 · LES MÊMES, CARR · texte numérisé non relu

LES MÊMES, CARR

GARE, croisant les bras et regardant Cromwell en face. Que me veux-tu? — Tyran par le droit des forfaits, Les cachots contre toi n'ont donc pas de refuge? Que me veut l'apostat? que me veut le transfuge?

VOIX DANS LA FOULE

Silence au furieux !

CROMWELL, au peuple.

Laissez-le faire, amis.

Le Ciel veut éprouver David, il a permis Au fils de Semeï de lui dire anathème.

A Carr.

Continue.

CARR

Hypocrite! Oui. Voilà ton système. Couvrir de beaux semblants tes plans fallacieux ! Sur ton front infernal mettre un voile des cioux ! Railler en torturant 1 farder la tyrannie !

Et sur un cœur qui saigne étaler l'ironie !

Mniâ pour briser ton sceptre et Ion masque à In fois ,

Le Seigneur m'a tenu oaclié dans son carquois.

Il m'a dit : — « Prends ton luth, tourne autour de la ville,

Du temple de Cromwell chasse un peuple servile,

» Mels en poudre l'autel, jette Tidole au feu,

» Dis-leur : L'Égyptien est homme , et non pas dieu ! »

Te voilà donc, Cromwell, sur ton trône de gloiro !

Tremble : au jour radieux succède la nuit noire.

Pense au chasseur Nemrod : le Seigneur triomphant

Brisa son arc de fer comme un jouet d'enfant.

Souviens-toi d'Isboseth. Ce roi vain et peu sage

Fit ranger le premier le peuple à son passage ;

11 mit sur des chevaux cent guerriers d*lssachar

Qui sans cesse couraient en avant de son char.

Mais Dieu fait toujours naître, et c'est l'effroi de Pâme,

Le malheur du bonheur, la cendre de la flamme.

Or Isboseth tomba, tel qu'un fruit avorté,

Tel qu'un bruit sans écho par le vent emporté.

Songe à Salmanasar. Sur ses coursiers rapides,

Ce roi, qu'environnaient les grands argyraspides,

Passa comme, Tété, sous la nue enchaîné.

Passe un éclair du soir, — sans même avoir tonné.

Songe à Sennachérib, qui venait d'Assyrie,

Traînant après sa tente une armée aguerrie ;

Neuf cent mille soldats, si fiers, si furieux,

Que leur soufHe eût poussé les nuages des cieux;

D'impurs magiciens, d'affreux onocentaures ;

Des Arabes , heurtant les cymbales sonores ;

Des bœufs, des léopards accoutumés au frein ;

Des chariots de guerre armés de faux d'airain;

D'ardents chevaux, qu'avaient allaités des tigresses,

Et six rents éléphants, mouvantes forteresses,

Qui, dans les légions déchaînant leurs pas lourds,

Sur leurs dos monstrueux faisaient bondir des tourâ.

Ce n'était que chameaux, bnffles, zèbres, molosses,

Mammons, d'un monde éteint prodigieux colosses;

Rugissante mêlée, où se croisait encor

La roue aux dents d'acier des chars écaillés d'or.

La nuit, le camp semblait une plaine enflammée;

Et quand se réveillait cette innombrable armée,

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