PRÉFACE
Page 6.
Cependant les nations commencent k être uop serrées sur le
globe ; elles se gênent et se froissent : de A les chocs d*empires , la gnene.
Elles débordent les lURs sur les aotves ; de là les migratioiis des peuples, les voyaees.
VOdyssie%
ni
l^açe 13.
« Doue, imiB laites cl« laid «m typt dliÉilatioli, du ^wingna
un élément de Tart 1 •>
Oui HMis doute , WÀ enoot^ , «t tot^ours ouï \ C'est ici le lieu de I^Ameitnef un iiluMre écrivain étranger qui a bien voulu s*oc*- Ciiper de Tauteur de ce livre, et de lui prouver notre estime et iiotre rcoonnaisiance en rrlevaiit une erretu* où il nous senble étt*e tombé, l/lionorable critiqtte prenH «cte ^ telles sont se* iè?xtucnc8 cxprcssioiià , de la déclaration faite pnh Vautcur dant la préface d'un autre ouvra(;r, que : « Il n'y a ui classi^ne ni • rottwMtque; mais, en Ultérature comase eu toutes clioses, h deux seules divisions, le liuu et 1c mauvais, le l^eau cl le dif-
irOTES. 411
• forme , le vraî et le hixx. » Tant de solcnnitû à constater cette profession de foî nV'taîl pas nécessarre. L'auteur n'en a jamaû dévié et n*en déviera jamais. Elle peut se concilier à merveille avec celle qui « fait du laid un type d'imitation, du grotesifue » un élément de Tart. » L'une ne contredit pas l'autre. La division du beau et du laid dans l'art ne symétrise pas avec celle de la nature. Rien n'est beau ou laid dans les arts que par l'éxecution. Une chose difforme, horrible, hideuse, transportée avec vérité et poésie dans le domaine de l*art , deviendra belle , admirable , sublime , sans rien perdre de sa monstniosité ; et d*une autre part, les plus belles choses du monde, faussement et systématiquement arrangées dans une composition artificielle, seront ridicules, burlesques, hybrides, laides. Les orgies de Gallot, la Tentation de Salvator Bosa avec sou épouvantable démon, sa Mêlée avec toutes ses formes repoussautes de mort et de carnage , le Tribouiet de Bouifacio , le mendiant rongé de vermine de Murillo , les ciselures ot\ Beuvenuto Cellioi fait rire de si hideuses figures dans les arabesques et les acanthes , sont des choses laides selon la nature , belles selon l'art ; tandis que rien n'est plus laid que tous ces profils grecs et romains , que ce beau idéal de pièces de rapport qu'étale sous sea couleurs violâtres et cotonneuses la seconde école de David. Job et Phi* loctcte, avec leurs plaies sanieuses et fétides, sont beaux; les rois et reines de Gampistroa sont fort laids dans leur pourpre et sous leur couronne d'oripeau. Une chose bien faite, une chose mal faite , voilà le beau et le laid de l'art. L'auteur avait déjà expliqué sa pensée en assimilant cette distinction à celle du vrai et du /aux, du bon et du mauvais. Du reste, dans Tart comme dans la nature, le grotesque est un élément, mais non le but. Ce qui n'est que grotesque n'est pas complet.
Page 14.
Près des colosses homériques, Eschyle , Sophocle , Buriplde , qtt« sont Aristophane et Piaule 1
Ces deux noms sont ici réunit , mais non confondus. Aristophane est incomparablement au-dessus de Plante ; Aristophane a une place à part dans la poésie des anciens , comme Diogène dans leur philosophie.
On sent pourquoi Térence n'est pas nommé dans ce passage avec les deux comiques populaires de l'antiquité. Térence est
le poêle du salon des Scipions , un ciseleur élégant et coquet sous la main duquel achève de sVffacer le vieux comique truste des anciens Romains.
Page 15.
C'est lui enfin qui , colorant toar à tour le même drame de Tima» gination du midi et de l'iinagiaation du nord, fait gambader Sganarelle autour de don Juan et ramper Méphistophélès autour de Faust.
Ce grand drame de l'homme qui se damne domine toutes les ima(pnations du moyen âge. Polichinelle, que le diable emporte, an grand amusement de nos carrefours , n'en est qu'une forme triviale et populaire. Ce qui frappe singulièrement quand on rapproche ces deux comédies jumelles de Don Juan et de Faust, c'est que don Juan est le matérialiste, Faust le spiritualiste. I>lui-ci a goAté tous les plaisirs, celui-là toutes les sciences. Tous deux ont attaqué l'arbre du bien et du mal ; Tun en a dérobé les fruits, l'autre en a fouille la racine. Le premier se damne pour jouir, le second pour counaitre. L'un est un graud seigneur, l'autre un philosophe. Don Juan, c'est le corps ; Faust, c'est Tesprit. Ces deux drames se complètent l'un par l'autre.
Page 16.
Les Ogres, les Aulnes , les Psylles , etc.
Ce nVst pas à Taulne , arbre , que se rattachent , comme on le pense communément , les superstitions qui ont fait éclore la ballade allemande du Boi des Aulnes. Les Aulnes (en bas latin alcunœ) sont des façons de follets qui jouent un certain rôle dans les traditions hongroises.
Page 18.
n jette du premier coup sur le seuil delà poésie moderne
trois Homères bouffons.
Cette expression frappante, Homère bouffôiif est de M. Ch. Nodier, qui Ta créée pour Rabelais , et qui nous pardonnera de Favoir étendue à Cervantes et à TArioste.
Page 19.
L'ode chante rétemité, l'épopée soleniiiie rhtotoire, le drame peint la Tie.
Mais , dira-t-on , le drame peint aussi Thistoire des peuples ; oui , mais comme vie , non comme histoire. 11 laisse à l'historieu l'exacte série des faits généraux , l'ordre des dates , les grandes masses à remuer, les batailles, les conquêtes, les démembrements d'empires, tout l'extérieur de l'histoire. 11 en prend l'intérieur. Ce que l'histoire oublie ou dédaigne, les détails de costiunes, de mœurs, de physionomies, le dessous des événcments , la vie , en un mot , lui appartient , «t le drame peut être immense d'aspect et d^ensemble quand ces petites choses sont prises dans une grande main, prensa manu magna. Mais il faut se garder de chercher de l'histoire pure dans le drame , fàt-il historique. Il écrit des légendes et non des fastes; il est chronique et non chronologique.
Page 24.
Les deux types , ainsi isolés et livrés i evz-mdmes , s'en iront chacun de leur cftté , laissant entre eux le réel , l'on i sa droite , l'autre à sa gauehe.
D*où vient qtie Molière est bien plus vrai que nos tragiques? Disons plus, d'où vient qu'il est presque toujours vrai? C'est que, tout emprisonné qu'il est par les préjugés de son temps en deçà du pathétique et du terrible, il n'en mêle pas moins à ses grotesques des scènes d'une grande sublimité, qui complètent l'humanité dans ses drames. C'est aussi que la comédie est bien plus près de la nature que la tragédie. On conçoit en effet telle action dont les personnages , sans cesser d'être naturels , pourront constamment rire ou exciter le rire ; et encore les personnages de Molière pleureut-ils quelquefois. Mais comment Von-