‹ Cromwell: drameChapitre 7 sur 253 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

LORD BROGHILL.

Ce ' regard , ... cette voix ; .. .

Mais qui donc étes-vous ?

LORD ORMOND

Broghill me le demande !

Rappelez-vous, Mylord, les guerres de l'Irlande. Tous deux ensemble alors nous y servions le Roi.

LORD BROGHILL.

C'est le comte d'Ormond ! mon vieil ami, c'est toiT

Il lui prend les mains avec affection.

— Toi dans Londre ! et grand Dieu ! la veille du jour môme Où Cromwell triomphant s'élève au rang suprême I Ta tôte est mise à prix : si l'on vient à savoir !... Que fais-tu donc ici, malheureux ?

LORD ORMOND

Mon devoir.

LORD BROGHILL.

Tai-je pu méconnaître 1 Àh!... mais cet air sinistre, Mylord, — les ans, — surtout cet habit de ministre,.. Vous êtes si changé I

LORD ORMOND

Je le suis moins que vous.

Broghill ! devant Cromwell vous pliez les genoux. Broghill se courbe aux pieds d'un régicide infâme ! Moi, j'ai changé d'habits ; mais toi, de cœur et d'âme 1 Te voilà, toi qu'on vit si grand dans nos combats I Tu ne montais si haut que pour tomber si bas !

LORD BROGHILL.

Ah I . . . — vaincu, je vous plains ; proscrit, je vous révère : Mais ce langage...

LORD ORMOND

Est juste autant qu'il est sévère.

Pourtant, écoute-moi, tu peux tout réparer, Sers-moi...

LORD BROGHILL.

Près de Cromwell ! oui ! je cours l'implorer. Je puis sauver ta vie : elle est proscrite...

LORD ORMOND

Arrête.

Demande-moi plutôt de protéger ta tête.

64 CROMW£LL. .

Ton insultant appui, ton Protecteur, ton Roi, Ton Cromwell est plus près de sa perte que moi.

LORD BROGUILL.

Qu'entends-je?

LORD ORMOND

Écoute donc : dévoré de tristesse, Las des titres mesquins de Protecteur, d'Altesse, Cromwell veut être enfin, au dais royal porté, SalQé par les rois du nom de Majesté.

Cromwell, dans ce butin que chacun se partage, Prend de Charles-Premier le sanglant héritage. Il l'aura tout entier ! son trône et son cercueil. Le régicide roi saura dans son orgueil Que la couronne est lourde et, bien qu'on s'en empare, Qu'elle écrase parfois les têtes qu'elle pare !

LORD BROGHILL.

Que dis-tu ?

LORD ORMOND

Que demain, à l'heure où Westminster S'ouvrira pour ce roi, que va sacrer l'enfer. Sur les marches du trône, un instant usurpées, On le verra sanglant rouler sous nos épées !

LORD BROGUILL.

Insensé ! son cortège est l'armée, et toujours Ce mouvant mur de fer enveloppe ses jours.

Sais-tu bien seulement le nombre de ses gardes ? Comment percerez-vous trois rangs de hallebardes, Ses pesants fantassins, ses hérauts, ses massiers, Ses mousquetaires noirs, ses rouges cuirassiers?

Ils sont à nous.

LORD BROGUILL.

Quel est Tespoir où tu te fondes.

De voir aux cavaliers s'unir les têtes-rondes !

LORD ORMOND

Tu verras de tes yeux, ici, dans un moment.

Les gens du roi mêlés à ceux du Parlement.

Aux sombres puritains leur fanatisme parle.

Ils ne veulent pas plus d'Olivier que de Charle :

Si Cromwell se fait roi, Cromwell meurt sous leurs coups.

Page 1