‹ CromwellChapitre 10 sur 302 · CTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

CTE I, SCÈNE I

De voir aux cavaliers s'unir les têtes-rondes ï

LORD ORMOND

Tu verras de tes yeux, ici, dans un moment,

Les gens du roi mêlés à ceux du parlement.

Aux sombres puritains leur fanatisme parle :

Ils ne veulent pas plus d'Olivier que de Charle :

Si Cromwell se fait roi, Cromwell meurt sous leurs coups.

Son rivai et leur chef, Lambert se joint à nous :

A remplacer Cromwell il ose bien prétendre ;

Mais nous verrons plus tard !— Lord d'Espagne et de Flan-

Nous a fait dans ces murs de nombreux affidés. [dre

Bref, la partie est belle et nous jetons les dés !

Cromwell est bien adroit! vous jouez votre tête.

LORD OR3IOXD.

Dieu sait pour qui demain doit être un jour de fête.

Notre complot, Broghill, est d'un succès certain.

Rochester doit ici m'amener ce matin

Sedley, Jenkins, Clifford, Davenant le poète,

Qui nous porte du roi la volonté secrète.

Au même rendez- vous viendront Carr, ïïarrison,

Sir Richard Willis...

LORD EROGHILL.

Mais ceux-là sont en prison.

Ce sont des ennemis que dans la Tour de Londre, Cromwell tient renfermés....

LORD OR3IOXD.

Un mot va te confondre.

Liés au même sort par des nœuds différents, Pour abattre Olivier, nous comptons dans nos rangs Le gardien de la Tour, Barksthead le régicide Que l'espoir du pardon à nous servir décide. Tu vois avec quel art le complot est formé. Dans un vaste réseau Cromwell est enfermé : Il n'échappera pas ! les partis unanimes Sous le trône qu'il dresse ont creusé des abîmes.

Voilà pour quel dessein je viens du continent. Je voudrais te sauver, Broghill ; et maintenant, Je t'interpelle au nom de Charles-Deux, mon maître, Veux- tu vivre fidèle, ou veux- tu mourir traître ?

Ah ! que dis-tu ?

LORD ORJIOÎN'D.

Reviens sous le drapeau royal.

LORD BROGHILL.

Hélas ! je fus aussi sujet digne et loyal,

Ormond ; pour notre roi, dans les guerres civiles,

J'ai pris des châteaux forts, j'ai défendu des villes.

Et je suis devenu, par un destin cruel,

De soldat des Stuarts, courtisan de Oomwell!

Laisse à son triste sort un malheureux transfuge,

Cher Ormond ; à ton tour, écoute, et sois mon juge.

— C'était durant la guerre avec le parlement. J'étais venu dans Londre armer un régiment ; Et caché comme toi, ma tête était proscrite. Un jour, — d'un inconnu je reçois la visite; C'était Cromwell : — ma vie était en son pouvoir; Il me sauva ! Pour lui, j'oubliai mon devoir ;

Il s'empara de moi ; bientôt, que te dirai-je ? Je devins comme lui rebelle et sacrilège, A ses républicains mon bras servit d'appui, Et levé pour mon roi, combattit contre lui.

— Depuis, Cromwell m'a fait membre de sa pairie, Lieutenant général de son artillerie,

Lord de sa haute cour et du conseil privé. Ainsi, par ses faveurs dans sa cour élevé, S'il tombe, auprès de lui je dois tomber victime; Et je ne puis, rebelle à mon roi légitime, Quelque amour qui me lie à sa noble maison, Dans la fidélité rentrer sans trahison.

LORD ORMOND

Triste et commun effet des troubles domestiques î

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