‹ CromwellChapitre 9 sur 302 · ACTE T, SCÈ\E I · texte numérisé non relu

ACTE T, SCÈ\E I

Mais qui donc êtes-vous ?

Broghill me le demande î Rappelez-vous, mylord, les guerres de l'Irlande. Tous deux ensemble alors nous y servions le roi.

IORD BROGHILL.

C'est le comte d'Ormond ! mon vieil ami, c'est toi.

Il lui prend les mains avec affection.

— Toi dans Londreî et grand Dieu ! la veille du jour même Où Cromwell triomphant s'élève au rang suprême ! Ta tète est mise à prix : si l'on vient à savoir!... Que fais-tu donc ici, malheureux?

LORD ORMOND

Mon devoir.

LORD BROGHILL.

T'ai-je pu méconnaître? Ah!... mais cet air sinistre, Mylord, — les ans, — surtout cet habit de ministre... Vous êtes si changé !

LORD OR3IOND.

Je le suis moins que vous, Broghill ! devant Cromwell vous pliez les genoux. Broghill se courbe aux pieds d'un régicide infâme ! Moi; j'ai changé d'habits, mais toi, de cœur et d'âme ! Te voilà, toi qu'on vit si grand dans nos combats ! Tu ne montais si haut que pour tomber si bas !

LORD BROGHILL, CllOqilé.

Ah !.. — vaincu, je vous plains ; proscrit, je vous révère ; Mais ce langage...

LORD OR310VD

Est juste autant qu'il est sévère.

Pourtant, écoute-moi, tu peux. tout réparer : Sers-moi...

Près de Cromwell ! Oui ! je cours l'implorer, Je puis sauver ta vie : elle est proscrite...

88 CI'.OJIWELL.

LORD ORMOND

Arrête !

Demande-moi plutôt de protéger ta tête.

Ton insultant appui, ton Protecteur, ton roi, Ton Cromwell est plus près de sa perte que moi.

LORD BROGHILL.

Ou'entends-je ?

LORD ORMOND

Écoute donc : dévoré de tristesse, Las des titres mesquins de Protecteur, d'Altesse, Cromwell veut être enfin au dais royal porté, Salué par les rois du nom de Majesté.

Cromwell, dans ce butin que chacun se partage, Prend de Charles-Premier le sanglant héritage. Il l'aura tout entier ! son trône et son cercueil. Le régicide roi saura dans son orgueil Que la couronne est lourde, et bien qu'on s'en empare, Qu'elle écrase parfois les têtes qu'elle pare !

LORD BROGHILL.

Que dis-tu ?

LORD ORMONB.

Que demain, à l'heure où Westminster S'ouvrira pour ce roi, que va sacrer l'enfer, Sur les marches du trône, un instant usurpées, On le verra sanglant rouler sous nos épées !

Insensé! son cortège est l'armée, et toujours Ce mouvant mur de fer enveloppe ses jours. Sais-tu bien seulement le nombre de ses gardes ? Comment percerez-vous trois rangs de hallebardes, Ses pesants fantassins, ses hérauts, ses massiers, Ses mousquetaires noirs, ses rouges cuirassiers ?

LORD OR3IOND.

Ils sont à nous.

LORD BROGHILL.

Quel est l'espoir où tu te fondes,

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