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ACTE IV, SCÈXE II

Il n'a point de mémoire ; — hélas ! qu'il est heureux ! Jamais, troublé la nuit de pensers ténébreux, Il n'a, pressant le pas sous quelque voûte sombre, Craint de tourner la tête et d'entrevoir une ombre î Il ne souhaite pas qu'on puisse l'oublier, Et que l'an n'eût jamais eu de trente janvier! Ah! malheureux Cromwell ! ton fou te fait envie. Te voilà tout-puissant : — qu'as-tu fait de ta vie ?

Une pause.

Tu règnes, tu prévaux sur le monde effrayé . — Que tout ce grand éclat est chèrement payé! Les partis t'ont laissé; le peuple te renie; Ta famille toujours lutte avec ton génie, Et, de ses volontés te faisant une loi, Te tiraille en tous sens par ton manteau de roî ! Ton fils lui-même... Ah Dieu! tout me hait, tout m'acca- J'ai des ennemis, pleins d'une haine implacable, [ble. Partout sur cette terre, — et même encore ailleurs. — Jusqu'au fond du sépulcre!.. Allons! des jours meilleurs Peut-être reviendront?.. Des jours meilleurs! quedis-je? Mon sort depuis quinze ans marche comme un prodige. Quel souhait ai-je fait, qui ne soit accompli? Les peuples sous mon joug enfin ont pris leur pli. Pour être roi demain, je n'ai qu'un mot à dire. — Qu'avais-je donc rêvé de plus dans mon délire ? Juge, réformateur, conquérant, potentat, ?{'ai-je pas mon bonheur? — Oui, le beau résultat, De faire ici l'archer qui veille et que l'on paye !... Quelle pompe au dehors ! au dedans quelle plaie !

Nouvelle pause.

Cette nuit est glacée !... il est bientôt minuit; L'heure où de son cercueil chaque spectre s'enfuit. Montrant au meurtrier sa main de sang rougie, Sa blessure incurable, et toujours élargie, Et quelque tache horrible empreinte à son linceul... — Mais que vais-je rêver? Ce que c'est qu'être seul !

Suis-je donc un enfant ? — Oh ! que je voudrais l'être ? ..

Avec ces visions qu'il a fait reparaître,

Ce juif damné me laisse un souvenir d'effroi.

Il m'a bouleversé : je tremble... — il fait si froid ! —

Si, pour neutraliser ses discours sacrilèges,

Je disais le verset contre les sortilèges?...

Le beffroi commence à sonner lentement minuit. Tressaillant.

Mais quel bruit?... Le beffroi ! c'est l'instant attendu î

Il écoute.

— Jamais je ne l'avais à cette heure entendu.

C'est comme un glas de mort! comme une voix qui pleure!

Il s'arrête et écoute encore.

C'est lui qui d'un martyr sonna la dernière heure !

Après les derniers coups de l'horloge.

Minuit ! — et je suis seul ! — Si j'invoquais les saints ?. . .

Un bruit de pas derrière les arbres.

Ah! je suis rassuré ! voici mes assassins.

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