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SCÈNE IL

CROMWELL, TRICK, GIRAFF, ELESPURU, GRAMADOCH.

Les bouffons, conduits par Gramadoch, entrent avec précaution et a tâtons.

elespuru, fredonnant.

Les lutins de l'air Vont danser au clair De lune.

giraff, bas, à Elespuru.

Elespuru ! tais-toi donc. — Es-tu fou ?

gramadoch, aux autres, en leur désignant un banc

de gazon derrière une cliarmille.

Cachons-nous là tous.

cromwell, sans les voir.

Oui, c'est mon bouffon qui rentre.

Les quatre bouffons se blottissent sur le banc de gazon.

gramadoch, bas, à ses camarades.

Du dcame sur ce point l'action se concentre. D'ici nous verrons tout.

trick, bas.

Il faudrait l'œil d'un clerc.

Voir?— dans le four du diable il fait vraiment plus clair!

elespuru, bas.

Les acteurs, quels qu'ils soient, s'ils trouvaient là nos isous feraient un peu cher payer le prix des places, [faces.

GRAMADOCH, bttS.

Nous arrivons à temps. On n'a pas commencé.

GIRAFF, bttS.

Or çà, vous tairez-vous !

Tous se taisent et demeurent immobiles-

Z'22 CROXWELL.

Le bouffon est passé, Sans savoir que ces lieux, où chantait son délire, Vont voir se décider le destin d'un empire. Qu'il est heureux, ce fou!— Jusque dans White-HalK îl crée autour de lui tout un monde idéal. 11 n'a point de sujets, point de trône ; il est libre. Il n'a pas dans le cœur de douloureuse fibre ! Il ne porte jamais, sur ce cœur innocent, De cuirasses d'acier : — qui voudrait de son sang ? Ou'a-t-il besoin de cour ? de cortège ? de garde ? 11 chante, il rit, il passe, et nul ne le regarde. Que lui fait l'avenir? il aura bien toujours, L'hiver, pour se vêtir, un lambeau de velours, Un gîte, un peu de pain mendié par des rires. Sans disputer sa vie aux embûches des sbires, Il dort toutes ses nuits, n'a point de songe affreux, Se réveille, et ne pense à rien... — Qu'il est heureux ! Sa parole est du bruit; son existence un rêve. Et quand il atteindra le terme où tout s'achève, Cette faux de la mort, dont nul ne se défend, Ne sera qu'un hochet pour ce vieillard enfant ! En attendant, sa voix, s'il faut pleurer ou rire, Donne le son qu'on veut, fait le cri qu'on désire ; Discourt à tout hasard, et chante à tout propos. Son agitation couvre un profond repos.

Vivant jouet d'autrui, tête creuse et sonore, Parlant, ainsi que l'eau murmure et s'évapore, Il vibre au moindre choc, à s'émouvoir plus prompt Que ces grelots d'argent qui tremblent sur son front. Jamais ce fou ne prit cette peine insensée D'enfermer, comme moi, le monde en sa pensée ; Jamais des mots profonds, des soupirs éloquents Ne sortent de son cœur, comme un feu des volcans ! Son âme, — a-t-il une âme ? — incessamment sommeille. Il ne sait point le jour ce qu'il a fait la veille.

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