ACTE IV, SCÈNE V
manassé, d'une voix éteinte.
Ah ! c'est bien cette main, large à porter le monde ! Je les reconnais trop, ces lignes où le ciel N'inscrivit d'autre nom que le nom de Cromwell ! Votre astre n'avait point menti.
Vieillard, écoute.
Tu n'es qu'un misérable; et je pourrais sans doute, A mon tour, essayant sur toi ce fer poli,
Il lui présente son poignard.
Faire une expérience in anima vili. —
Mais je n'écrase pas moi-même un ver de terre-
Lève-toi !
ftfanassé se lève. Cromwell lui montre un banc de pierre près de la porte.
Sieds-toi là.
Le juif s'assied, comme atterré, dans le coin obscur du banc.
Surtout songe à te taire.
Un seul mot, et ton âme ira loin de ton corps Compléter à loisir ton alphabet des morts !
Le juif laisse tomber sa tète sur sa poitrine. Cromwell revient sur le devant du tbe'àtre, et continue en le regardant de travers :
Ce juif, servir Ormond ! le sort qui me l'envoie Mêle un oiseau de nuit à ces oiseaux de proie!
Il se promène, laissant échapper de temps en temps quelques paroles.
Mes seuls crimes sont donc, à les en écouter, De saluer trop mal et de trop bien compter. Mais de Charles-Premier ou de la Charte anglaise, Pas un mot ! —
Mettant la main sur la pccbe de son justaucorps.
Ou'ai-je là qui me gêne et me pèse ?
Il tire de sa poche la bourse que lui a remise Murray.
Ah! c'est le prix du sang!... Oui. J'avais oublié Que pour m'assassiner ces messieurs m'ont payé. Voyons s'ils ont des droits à ma reconnaissance; Comptons, jugeons un peu de leur munificence. La tête de Cromwell, combien cela vaut-il?
S'ils m'avaient mal payé, ce serait incivil.
Il prend la lanterne des mains de Manassé et en dirige la lumière sur la bourse. ïl recule avec horreur, après y avoir jeté un regard.
Dieu ! le nom de mon fils brodé sur cette bourse ! De cet or parricide il était donc la source !
L'examinant de nouveau avec attention.
Je ne me trompe pas, voilà son écusson !
Quelle preuve à présent manque à sa trahison î
Ah ! misérable enfant ! Ah î misérable père !
Quoi! non content d'avoir, en leur impur repaire,
Sa part dans leurs complots, sa part dans leurs repas.
D'encourager leurs coups, de boire à mon trépas,
Mon fils faisait les frais de la funèbre fête !
Il leur donnait son or pour acheter ma tête !
Et, de tous leurs plaisirs complice sans remord,
Enfin, comme un banquet, il leur payait ma mort!
Il jette la bourse à terre avec dégoût.
Ses prodigalités vont jusqu'au parricide !
Entre Richard Cromwell qui parait chercher son chemin dans la nuit.
J'entends venir quelqu'un.