ACTE IV. SCÈ3E V
Pas de festins brillants, pas de jeux, pas de fêtes, Jamais d'emprunts!— Aussi, quel commerce vous faites! Que si vous saisissez pour eux un brick suédois, Ils scrutent votre poche, ils regardent vos doigts, Et. pour tous les périls qu'entraînait l'entreprise, Vous laissent tout au plus les trois quarts de la prise.
Mais c'est vous écorcher !
31 AXASSE.
C'est le mot. Rois mesquins !
Ils savent distinguer les besans des sequins.
C'est affreux !
MAWASSÉ.
Ce Cromwell! là, je vous le demande, M'a-t-il pas une fois osé mettre à l'amende Pour avoir, en prêtant à je ne sais quel taux, Honnêtement doublé mes pauvres capitaux !
CROjIWELL.
C'est grand'pitié.
M AXASSE.
Seigneur, c'est tuer l'industrie !
De, quoi se mêlait-il, ce tyran, je vous prie ? De quel droit fermait-il. pour plaire à ses dévots, Théâtres, jeux, concerts, bals, courses de chevaux, Où, livrés au plaisir qui dans ces lieux fourmille, Se ruinaient gaîment les aînés de famille? Les priver de ce droit, n'est-ce pas illégal ? Sournois, haineux, féroce, économe, frugal, C'est un monstre ! Par vous l'Angleterre respire. Votre bras généreux la délivre du pire Des tyrans que l'enfer jamais puisse enfanter ! — Ce que je vous en dis n'est pas pour vous flatter.
J'en suis bien convaincu.
manassé, haussant les épaules et regardant Cromivell en dessous, à pari. Ces machines de guerre !
L'encens le plus grossier ravit ce cœur vulgaire.
cromwell, à part.
Que de masques cachaient ce visage odieux ! Faisons-les tous tomber tour à tour sous mes yeux !
Haut. '
A propos, dis-moi donc, juif, ma bonne aventure.
manassé, s' inclinant.
Que je vous montre ici votre grandeur future ! Mais, seigneur caporal, c'est pour moi trop d'honneur*
A part.
Un maraud de soldat!
Haut.
Vous marchez au bonheur !
A part.
C'est voir une chandelle avec un télescope !
Haut.
Allons, soit, doux seigneur : tirons votre horoscope ! C'est ce que nous nommons, dans un latin poli, Faire une expérience in anima vili.
A part.
On peut rire en latin au nez de cet ignare.
Haut.
Livrez-moi votre main. — Il faut que je vous narre... Cet infâme Cromwell!...—
Examinant avec sa lanterne la main que Cromwell lui présente.
Quelle main !— je suis mort.
Il tombe prosterné aux pieds de Cromwell.
cromwell, souriant.
Hé ! juif, que fais-tu donc ? Çà, quel diable te mord ?
manasse, frappant la terre de son front. Je suis mort.
Tu sais donc qui je suis, juif immonde ?