ACTE V, SCÈNE IV
En nous donnant le peuple, il nous donne sa force.
On veut être opprimé, foulé, suivant la loi,
Par un Lord-Protecteur, mais jamais par un roi.
D'un tyran plébéien le peuple s'accommode.
Olivier, Protecteur, fût-il pire qu'Hérode,
Lui semble encorle seul dont le front sans bandeau
Peut porter de l'État le vacillant fardeau.
Mais que ce même front ceigne le diadème,
Tout change; et ce n'est plus, pour ce peuple qui l'aime.
Qu'une tête de roi, bonne pour le bourreau !
tous, excepté Lambert et Barebone qui depuis l'arrivée des conjurés semble absorbé dans deprofondes réflexions.
C'est bien dit!
Notre épée a quitté le fourreau; Qu'elle y rentre fumante, et jusqu'à la poignée Pour la seconde fois du sang d'un roi baignée !
PRIDE
Cromwell vient donc chercher sa tombe à Westminster! De sa secte infidèle et promise à l'enfer, ■II était le grand-prêtre; il veut être l'idole : Que sur son propre autel pour sa fête on l'immole !
LUDLOVV.
Wolsey, Goffe, Skippon, s'il couronne son front, Propres chefs de sa garde, avec nous frapperont. A nos couteaux vengeurs rien ne peut le soustraire. Fletwood, son gendre, enfin, Desborough, son beau- Le laisseront tomber; car, fermes dans la foi, [frère, Leurs cœurs républicains l'aiment mieux mort que roi.
HARRISON
Honneur donc à Fletwood, à Desborough ! — leurs âmes N'ont point de peurs d'enfants et de pitiés de femmes !
O&S CROrrfWELL.
garland, gui jusque-là est resté silencieux, l'œil
fixé sur les premiers rayons du soleil levant. Jamais si beau soleil à mes yeux n'avait lui. Frères, quelle victime à frapper aujourd'hui! Jamais je n'avais eu tant d'orgueil ni de joie A sentir que je marche où le Seigneur m'envoie; Ni quand Strafford posa sa têta à notre gré Entre1 le glaive saint et le billot sacré; Ni quand mourut ce Laud, plus exécrable encore, De la chambre étoilée infernal météore, Prélat qui, de son temple où renaissait Béthel, Tournait vers l'Orient lé sacrilège autel, Et, de notre sabbat moqueur incendiaire, Prostituait aux jeux le jour de la prière; Ni même quand Stuart qui, fier de ses vieux droits, Pour des rayons de Dieu prit les fleurons des rois, Avec sa royauté superbe et séculaire, S'agenouilla devant la hache populaire ! — A chacun d'eux j'avais, selon qu'il est écrit, Cru sous sa forme humaine immoler l'Antéchrist; Mais je vois aujourd'hui que Sion triomphante Frappe enfin dans Cromwell ce fatal sycophante, Et, des marches d'un trône encor mal affermi, Le replonge au Tophet d'où Satan l'a vomi. Quel jour! — Quel Goliath, l'effroi de l'Angleterre, A jeter de son haut la face contre terre !
SYNDERCOMB
Quel beau coup de poignard à donner!
PRIDE
Quel honneur Pour ceux qui combattront les combats du Seigneur!
joyce, montrant le trône.
Que son sang, sur la pourpre où l'attend notre piège, Va couler à grands flots !
A ces paroles âe Joyce, Barelxme, qui jusqu'alors a tout écouté en silence, tressaille comme agité d'une inquiétude subite.