‹ CromwellChapitre 23 sur 302 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

LORD ROCHESTER, à part.

11 peut bien manger seul, si c'est ainsi qu'il dîne. N'importe !

Haut.

Hôte ! garçon !

Un garçon de taverne parait.

Un broc de muscadine, Du vin, de l'hypocras !

Le garçon garnit une table de brocs et y pose deux gobelets d'étain. Carr et Rochester y prennent place. Carr se verse à boire le premier et en offre au cavalier qui continue :

Vous demandiez, — Merci ! — Quel texte tout à l'heure on discutait ici ? Monsieur, c'est un quatrain...

CARR

Un quatrain ?

LORD ROCHESTER

Oui, sans doute.

CARR

Quatrain ! qu'est cela ?

LORD ROCHESTER

C'est... comme un psaume.

CARR

Ah ! j'écoute.

LORD ROCHESTER

Vous me direz, monsieur, ce que vous en pensez.

« — Belle Égérie !... » Ah!... celle à qui sont adressés

Ces vers, a nom Francis ; mais ce nom trop vulgaire

Au bout d'un vers galant ne résonnerait guère.

Il fallait le changer; j'ai longtemps balancé

Entre Griselidis et Parthénolycé.

Puis enfin j'ai choisi le doux nom d'Égérie

Qui du sage Numa fut la nymphe chérie.

Il fut législateur, je suis du parlement;

Cela convenait mieux. Ai-je fait sagement?

Jugez-en; mais voici l'amoureuse épigramme :

Il prend un air galant et langoureux.

— « Belle Égérie ! hélas ! vous embrasez mon Ame.

112 CROjIWELL.

» Vos yeux, où Cupidon allume un feu vainqueur,

» Sont deux miroirs ardents qui concentrent la flamme

» Dont les rayons brûlent mon cœur ! » — Qu'en dites-vous ?

Carr, qui a écouté d'abord avec attention, puis avec un sombre mécontentement, se lève et renverse la table.

CARR

Démons ! damnation ! injure !

Me pardonnent le ciel et les saints, si je jure! Mais comment de sang-froid entendre à mes côtés Déborder le torrent des impudicités ?

Fuis! va-t'en, bethsamite! impur madianiteï Amalécite !

LORD ROCHESTER, riant.

Ah Dieu ! que de rimes en ite ! — Un autre original, plus amusant qu'Ormond !

carr, indigné.

Tu m'as, comme Satan, conduit au haut du mont, Et ta langue m'a dit : — « Tu sors d'un jeûne austère : » As-tu soif? à tes pieds je mets toute la terre. »

LORD ROCHESTER

Je vous ai seulement offert un coup de vin.

CARR

Et moi qui t'écoutais comme un esprit divin ! Moi, dont l'âme s'ouvrait à sa bouche rusée, Comme un lis de Saron aux gouttes de rosée ! Au lieu des purs trésors d'un cœur chaste et serein, Il me montre une plaie !

LORD ROCHESTER

Une plaie ! un quatrain ?

carr, s9 animant de plus en plus.

Une plaie effroyable où l'on voit le papisme, L'amour, Tépiscopat, la volupté, le schisme l Un incurable ulcère où Moloch-Cupidon Verse avec Astarté ses souillures!...

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