ACTE V, SCÈNE XII
cromwell, faisant quelques pas.
Au nom du Père, au nom du Fils et de l'Esprit.
La paix soit avec vous î
Silence ckuîs l'assemblée. Les acclamations ronliniient cLms la plice.
les voix, du dehors.
Olivier, Dieu vous aide!
— Vive à jamais Cromwell !
Cromwell oe rcloir ne encore, et salue le peuple amassé sur la place.
thurloe, bas, à Cromwell.
Tout vous iïï, tout vous cède.
Que d'acclamations ! quels élans ! que] beau jour î
cromwell, amèrement, bas à Thurloë.
Oui î — Ce peuple innombrable, heureux, ivre d'amour, Oui de mon haut destin semble un puissant complice, N'applaudirait pas moins si j'allais au supplice. H voit dans mon triomphe un spectacle éclatant, Il y court, en jouit. Et rien ne lui plaît tant. Lorsqu'en joyeux transports tu le vois se répandre, Que me voir couronner, sinon de me voir pendre.
— Bon peuple! — Vois ici quel silence d'ailleurs !
therloe, bas.
Ce peuple est travaillé parles saints niveleurs.
Le Parlemenr, l'Orateur en :èie, s'avance sur deux fils vers Cromwell. 11 salue profondément le Protecteur, qui ôte et remet son chapeau.
- l'oràtecr du parlement, à Cromwell .
Mylord ! — Quand Samuel offrait des sacrifices, Il gardait à Saiil l'épaule des génisses, Pour montrer à ce roi, sous le sacré rideau. Qu'un peuple pour un homme est un rude fardeau : D'où Maximiiien fut souvent pris à dire Qu'il est bien malaisé de se faire à l'empire. On voit peu de mortels, maîtres des factions, Qui sachent gouverner le pas des nations. Il roule lourdement, ce grand char où nous sommes, Que les événements traînent, tout chargé d'hommes; Et pour le bien guider dans les âpres chemins,
Il faut un ferme bras et de puissantes mains. Souvent, marchant la nuit sous un ciel peu propice, En évitant l'ornière, on tombe au précipice ; Car ce char, dont la terre entend l'essieu crier, Ne se dételle pas et ne peut s'enrayer. Jl faut qu'il marche ! Il faut qu'il roule ! Il faut qu'il aille ! Il faut qu'on voie, ardents comme un jour de bataille, Ruer malgré le fouet, courir malgré le frein, Les coursiers que Dieu lie à son timon d'airain; Et qu'enfin, écrasant rois, peuples, capitales, Sa roue aveugle passe en ses routes fatales! Quand on laisse au hasard courir ce char pesant, Dans sa profonde ornière il coule tant de sang Que les chiens, s'ils ont soif, sur sa trace l'étanchent. Le monde alors chancelle et les royaumes penchent. Aussi quels soins il faut pour choisir le cocher De ce lourd chariot qu'on tremble à voir marcher! Il faut qu'un double appel l'ait fait monter au faîte. Élu par deux pouvoirs, il faut que sur sa tête Le choix du peuple tombe avec le choix de Dieu; Que le bandeau s'y joigne à la langue de feu. Alors il est compté parmi ces mortels rares, Que les peuples de loin suivent comme des phares. Mais par de durs travaux ce rang est acheté. Il faut que son esprit veille de tout côté. Il ressemble aux soleils, qu'un Dieu seul a pu faire, Qui roulent, entraînant des mondes dans leur sphère, Dont les rayons du ciel éclairent les sommets, Et qui, brillant toujours, ne reposent jamais! — De tout ce que j'ai dit, ce peuple doit conclure Qu'un seul bras de l'État peut bien régler l'allure. On a besoin d'un chef qui s'élève entre tous. 11 faut un homme au monde ; et cet homme, c'est vous.
Le Parlement et toute l'assemblée s'inclinent.
Mylord, guidez-nous donc dans toutes nos fortunes,