ACTE V, SCENE XIII
lord rochester, tressaillant de surprise. Quoi?
Vous avez votre grâce.
Allez au diable !
lord rochester, bas, à Roseberry .
Il met avec moi moins de grâce.
N'importe ! il est Protée ! il est magicien ! On l'aborde; on croit voir un lion royal. — Bien; Tâchez de rendormir. — Bst! un coup de baguette ! — Le lion qui dormait est un chat qui vous guette; — Le chat devient un tigre aux rugissements sourds; — Puis, la griffe se change en patte de velours. — Velours, où perce encor cette griffe hypocrite.
CR03IWELL.
Mon docte chapelain, souffrez qu'on vous invite A ne pas trop rester parmi nous.
LORD ROCHESTER, à pan.
On vous croit.
CR03ÏWELL, continuant.
Grâce à plus d'une amende, imposée à bon droit, Il fait très-cher jurer, saint homme . en Angleterre. Or, quoi que vous fassiez, vous ne pouvez vous taire; Et taxé par la loi presque à tous les moments, Vous vous ruineriez bien vite en jurements.
LORD ROCHESTER
Merci du bon conseil.
Au peuple qui le poursuit de rires et de dérisions.
Applaudis, race infâme !
CR03IWELL.
Attendez donc, docteur. Emmenez votre femme.
lord rochester, tremblant.
Ma femme !
Mylady Rochester !
Dame Guggligoy descend précipitamment de la tribune de la Protectrice et vient se jeter au cou de Rochester. — Huées dans la foule.
dame gugglïgoy, embrassant JRochester '.
Cher époux !
lord rochester, cherchant à la repousser. Merci-de-Dieu !
Soyez unis. — Que dirions-nous De voir qu'une moitié sans l'autre soit partie ?
A dame Gugglïgoy.
Suivez votre mari.
Dame Guggligoy prend le bras de Rochester qui se résigne douloureusement. LORD ROCHESTER, à part.
Wilmot ! quelle amnistie !
N'es-tu pas des plus sots et des plus châtiés ? Vois le grotesque effet que font tes deux moitiés, L'une avec cet habit, l'autre avec ce visage ! Et Francis qui nous voit! Ah! j'en deviendrai sage! cromwell, désignant du doigt sir William Murray
dans le groupe des Cavaliers.
Murray va recevoir le fouet qu'a mérité, Pour ce complot d'enfant, pauvrement avorté, Charles, vulgairement nommé prince de Galle.
Applaudissements du peuple. — Des archers et des valets de justice s'emparent de Murray qui se cache le visage dans les mains et parait accablé de honte et de désespoir. — Cromwell s'adresse au rabbin.
Ce juif, qui du gibet eût orné l'astragale, Est libre...—
Manassé relève la tête avec joie. — Cromwell poursuit, se tournant vers Barebone placé à coté du trône.
Seulement, pour racheter sa chair, Barebone, il paîra ton mémoire.
Barebone tire de sa poche un long parchemin qu'il remet à Manassé.
manassé, examinant le mémoire.
C'est cher !
cromwell, aux autres prisonniers.
Vous êtes libres tous.
Les archers détachent les Cavaliers.