ACTE II, SCÈNE X
CARR
Écoute.
Un complot te menace, et tu comprends sans doute Que s'il ne menaçait que toi, je n'irais pas Perdre à t'en informer mes discours et mes pas ! Tu me rends bien plutôt la justice de croire Que de s'y joindre aux saints Carr se serait fait gloire! Mais il s'agit ici de sauver Israël.
Je te sauve en passant : tant pis !
Est-il réel, Ce complot? Savez-vous où la bande s'assemble?..,
CARR
J'en sors.
Vraiment ! qui donc vous ouvrit la Tour ?
CARR
Tremble !
— Barksthead !
Il me trahit ! il a pourtant signé L'arrêt du roi.
CARR
L'ospoir uu pardcTî l'a g^gné.
C'est donc pour rétablir fuart ?
Écoute encore.
Lorsqu'à ce rendez-vous j'arrivai dès l'aurore, J'espérais bonnement qu'il s'agissait d'abord De délivrer le peuple en te donnant la mort...
Merci!...
CARR
Puis, qu'on rendrait au parlement unique Son pouvoir, que brisa ton despotisme inique.
Mais à peine introduit, je vis un Philistin En pourpoint de velours tailladé de satin. Ils étaient trois. Le chef des conciliabules Vint me chanter des brefs, des quatrains et des bulles..,
Des quatrains?...
CARR
C'est le nom de leurs psaumes païens.
Bientôt vinrent des saints, de pieux citoyens, Mais leurs yeux fascinés par des charmes étranges Souriaient aux démons qui se mêlaient aux anges ; Les démons criaient : « Mort à Cromwell ! » Et tout bas, Ils disaient : « Profitons de leurs sanglants débats. » Nous ferons succéder Babylone à Gomorrhe, » Les toits de bois de cèdre aux toits de sycomore, » La pierre aux briques, Dor à Tyr, le joug au frein, » Et le sceptre de fer à la verge d'airain ! »
Charles-Deux à Cromwell , n'est-ce pas?
CARR
C'est leur rêve.
Mais Jacob ne veut pas qu'avec son propre glaive, On immole son bœuf sans lui donner sa part; Qu'on abatte Cromwell au profit de Stuart ! Car entre deux malheurs il faut craindre le pire. Si méchant que tu sois, j'aime mieux ton empire Qu'un Stuart, un Hérode,un royal débauché, Gui parasite, enfin du vieux chêne arraché ! — Confonds donc ces complots que ma voix te révèle !
cromwell, lui frappant sur l'épaule.
Je suis reconnaissant, ami, de la nouvelle.
A part.
Coup du ciel ! Thurloe" n'avait pas tort, vraiment !
A Carr, d'un air caressant.
Donc les partis rivaux du roi, du parlement, Sont ligués contre moi ? — Du côté royaliste