A' TE II, SCÈNE X
Qu'il n'ait pas un remords, certes, par cent victimes; Que sans cesse il enchaîne, en ses jours pleins d'horreurs. L'hypocrisie au schisme, et la ruse aux fureurs...
cromwell, se levant indigné.
Monsieur!....
Tu m'interromps ! —
Cromweil se rassied d'un air de résignation forcée. Carr poursuit.
Quoiqu'Olivier habite Dans la terre d'Egypte avec le Moabite, Le Babylonien, le païen, l'arien.
Qu'il fasse pour soi tout, et pour Israël rien; Qu'il repousse les saints, se livrant sans limite Au peuple amalécite, ammonite, édomite; Qu'il adore Dagon, Astaroth, Élimi, Et que l'ancien serpent soit son meilleur ami; Ouoiqu'enfin, du Seigneur méritant la colère, Il ait brisé du pied le vieux droit populaire, Chassé le parlement que Sion convoqua, Et qu'aux frères du Christ sa bouche ait dit : Racal Malgré tant de forfaits, pourtant je ne puis croire Qu'il ait le cœur si dur, qu'il ait l'àme si noire, Non ! qu'à ce point tu sois abandonné du ciel ! De ne pas confesser en face d'Israël, Que pour ce peuple anglais, sanglant, plein de misères Sur le fumier de Job étalant ses ulcères, Entre tous les bienfaits qu'il peut devoir au sort, Le plus grand des bonheurs, Cromweil, serait ta mort î
cromwell, reculant sur son tabouret.
Ma mort, dis-tu?...
carr, avec mansuétude.
Cromwell, tu m'interromps sans cesse, Là. sois de bonne foi ! l'encens de la bassesse T'enivre ; cesse un peu d'être ton partisan. Parlons sans nous fâcher! oui, ta mort, conviens -en, Serait un grand bonheur ! ah ! bien grand !
cromwell, dont la colère augmente.
Téméraire !
carr , toujours imperturbable.
Pour moi, j'en suis vraiment si convaincu, mon frère, Oui, que dans ce seul but, toujours, sous mon manteau, En attendant ton jour, je garde ce couteau.
Il tire de son sein un long poignard et le présente au Protecteur. CROMWELL.
Il fait un saut d'épouvante en arrière.
Un poignard î l'assassin ! — Holà, quelqu'un ! —
A Carr.
De grâce, Mon cher Carr!...
A part.
Par bonheur je porte une cuirasse î carr, remettant son poignard dans sa poitrine. Ne tremble pas ! Cromwell ! n'appelle pas ! cromwell, effrayé.
Enfer !
carr.
Quand on tue un tyran, lui fait-on voir le fer ? Sois tranquille : ton heure encor n'est pas sonnée ! — Je viens même ravir ta tète condamnée Aux coups d'un fer vengeur, moins pur que celui-ci.
Il désigne le poignard caché dans sa poitrine.
cromwell, à part.
Où veut-il en venir ?
carr.
Viens te rasseoir ici !
Ta vie en ce moment est pour moi plus sacrée Que la chair du pourceau pour la biche altérée, Ou les os de Jonas pour le poisson géant Qui le sauva des flots dans son gosier béant.
Cromwell revient s'asseoir, et jette sur Carr un regard curieux et déliant.
cromwell , à part.
Il faut patiemment le laisser dire.