Raoul de Gaucourt
2. Le combat avec Floques se place pendant la garnison de Jacques et d'Antoine de Chabannes à Creil, avant 1434.
CRONiaUE MARTINI ANE 7I
A la conqueste de Normandye il feust cause de la prinse de Harfleu et y feist les approuches : mais il y fut très lourdement blecié,pour ce qu'il sortist deuxAngloys archiers qui vindrent à la trenchée où estoit ledit messire Jaques tout seul, fors ung paige nommé Pierreficte. Et iceulx Angloys entrez en ladicte trenchée *, lung d'eulx luy donna d'ung coup de voulge dedans l'espauUe et le jetta par terre. Et icelluy paige, ce voyant, donna ausdîtz Anglois ung si grant coup de hache, tellement qu'il le feist tomber sur le cul : et eut loysir ledit messire Jaques de soy lever. Lequel, quant il fut relevé, tuèrent lesditz Angloys. Et devez sçavoir que icelluy grant maistre fut fort plaint, tant du roy comme des bons chevaliers et capitaines du royaulme, pour ce qu'ilz l'avoient trouvé hardy et vertueux chevalier. Et fut ledit chevalier enterré aux Cordeliers de l'église de Ryon en Gascogne -. Et longtemps après fut désenterré et mené enterrer à Charluz Chabannes qui estoit à luy^.
II, En celle année mourut le seigneur de la Bessiere *, moult vaillant et
hardy chevalier : lequel fut moult plaint de tous les bons chiefs et capitaines du rovaume de France.
1. Jean Chartier, témoin oculaire de ces événements, a parlé de ces « grans tranchées et profondes »,II, 178. La capitulation fut signée le 2$ décembre 1449.
2. Rions, Gironde. — Par son testament il avait demandé à être enterré dans l'église des Cordeliers hors les murs. Hist. de la Maison de Ch. Preuves, I, p. 220.
3. Vers 1461, par les soins d'Anne de Lavieu, et de Geoffroy de Chabannes, son fils aîné, son corps fut transporté dans la chapelle du château de I^ Palice. Le tombeau de Jacques de Chabannes et d'Anne de Lavieu, dans la chapelle du château de La Palice, est un gracieux monument de la fin du xv* siècle, reproduit dans Hist. de la Maison de Cbahanties, t. I.
4. Pierre de Beau veau, seigneur de la Bessiere, lieutenant du comte du Maine. Il s'était particulièrement distingué dans la première campagne de Guyenne, prenant part aux sièges de Blaye, de Bayonne ; il servit sous le comte de Clermont pendant la seconde campagne de Guyenne et contribua au gain de la bataille de Castillon. Histoire de Gaston IV, par Leseur, II, 18. On le trouve encore au siège de Cadillac. Il mourut, selon Chartier, le 20 juillet 1452.
Comment le roy tenant son lict de justice fut prononcé par Monseigneur le chancelier de France certaine sentence et condamnation contre Jaques Cueur^ (f, 297).
I. La source de ce chapitre est Chartier § 269 : De la sentence et arrest:^ prononcées par le cJjancellier de France contre Jaques Ctieur et ta damoiselle de Mortaigne. — Au mois de juillet 145 1 Jacques Cœur fut arrêté sous l'inculpation d'avoir empoisonné Agnès Sorel. Constitué prisonnier à Taillebourg, il fut bientôt transféré au château de Lusignan et confié à la garde d'Antoine de Chabannes qui devait également pourvoir à sa nourriture (voir doc. cités en note par de Beaucourt. Hist. de Charles VU, t. V, p. 107). L'arrêt du 29 mai 1453 condannait entre autres Jacques Cœur à restituer cent mille écus au roi et tous ses biens étaient confisqués. Cette longue et pénible opération ne fut pas sans profiter au comte de Dammartin.
Les acquisitions diverses faites à la vente des biens de Jacques Cœur par Chabannes sont publiées d'après le registre des Archives Nationales KK 328 dans les Preuves de la maison de Chabannes II, p. 66-68. Les fils de Jacques Cœur prétendirent même que la somme de cent mille francs ayant été prélevée par le roi, Charles VII « donna tout le reste au comte de Dammartin et autres qui estoient autour de lui, cuidant avoir avéré lesdiz faits desdits poisons ». Clément^ Jacques Coeur et Charles VU, II, 335. — La terre de Saint-Fargeau et ses dépendances furent d'ailleurs confisquées sur Antoine de Chabannes et restituées à Geofroy Cœur, par ordre du roi Louis XI, lors de la révision du procès et de la disgrâce de Chabannes. Arch. nat, X** 8606 f" 30 ; Ordonnances des Rois de France t. XVI, p. 61 ; Preuves de la maison de Chabannes II, 103-106. — Le 7 décembre 1487, Charles VIII écrivait par contre à Antoine de Chabannes : « [Nous] escripvons à nostre court de Parlement que en toute diligence procède à l'entérinement des lectres que avons octroyées [à nostre | procureur général à l'encontre des enflfans de Jaques [Cœur] ». Preuves de la maison de Chabannes II, 497.498.,
Sur cette affaire obscure, Cf. Clément, op. cit., et les nombreuses corrections de détail proposées par M. de Beaucourt, Hist. de Charles VU, t. V, p. 95 à 133, Cet exposé est d'ailleurs très partial et présente une véritable apologie de la conduite de Charles VII dans cette affaire.
CRONiaUE MARTIXIAKE 73
Comment le roy ordonna faire en la ville de Bordeaux deux chasteaulx pour tenir le peuple en crainte et subjectiony dont de Vung d'iceulx fut cappitaine Pothon de Saincte Traille (f 297),
Uan mil CCCCLiiij le roy de France [ayant] * grant nombre de gens 71. d'armes et franc archiers dedans la ville de Bordeaux, ordonna faire deux chasteaux en icelle ville pour tenir les gens en subjectîon : dont l'ung estoit sur le bort de la rivière et l'autre au bout de la ville du costé devers Biefure. ' Et pour faire faire iceulx chasteaulx furent ordonnez et commis le conte de Clermont, Pothon de Saincte Traille, le bailly de Lyon ^, le gouverneur de la Rochelle *, sire Jehan Bureau maistre de l'artillerie de ladîcte ville, messire Guischart le Boursier ^ : lesquelz firent grant diligence de les faire faire. Et après qu'ilz
furent achevez le roy ordonna capitaine de lung des ditz chasteaulx ledit Pothon de Saincte Traille qui pareillement fut maire de ladicte ville de Bordeaulx ^.
1. Le texte de Vérard porte a voit et celui de Chartier envoya.
2. Le texte de Chartier donne Bieme. — Vallet de Virville interprète Béarn.