Elle mourut en
Ces renseignements sont bien vagues : mais Jean Massue fait preuve d'un tel esprit de dénigrement et de satire qu'il faut bien trouver en lui un écho de ce qui se disait dans le milieu de Jean de Chabannes * sur les contemporains de Charles VII et de Louis XL A ce titre, on lira ici es quelques fragments qui suivent et qui complètent les informations de la Cronique Martiniane,
Chapitre xij^ faisant niencion de la vertus de Quintus Ortensius (f, 2^ Ro).
Quintus Ortensius fut ung très vaillant homme, orateur et advocat de Romme, et fut en son temps leur aornement d'aloquence. Il eust ung filz qui fut accuse d'un meffait que Ton dit amhitus, qui estoit quand on achetoit office par pécune en la court; laquelle chose souloit estre pugnye par la loy que on dit îex amhitus, ainsi comme est symonie par les drois canons. De quoy usa souvent Symon Magus dit Tristan de Sallezart, archevesque de Sens 2, qui a le cueur ouvert à toute malice et clouz à toute vertu. Ledit fils de Quintus Ortencius fut accusé de cestuy mesfait et à ceste occasion le père le priva de son héritaige. Par quoy, luy vivant, il rendit tesnioignage de ces vertueuses meurs et après sa mort il rendit l'onneur deuc à son sang, c'est assavoir en le privant de son héritaige. L'église acquerroit aussi grant vertus et feroit aussi bien de dégrader Symon Magus que fist Ortencius de priver son filz de son héritaige.
Chapitre vj^^ viij^. Du vice de Jacques Cueur argentier et conseiller du roy Charles VII^ de ce nom lequel offensa et blessa très grandement toute cristienté et le roy son maistre et tout le royaulme de France (f, 75? Ro^.
Advint que l'an mil quatre cens cinquante et deux fut pris prisonnier par le commandement du roy Jaques Cueur, son argentier et conseiller.
1. La note domestique suivante nous en donne la preuve absolue : Chapitre cent X* ; des vertueuses parolîes que moy prieur ay ouy dire à ung de mes maistres (f. 73). Si advint que par fortune mon maistre perdit sa femme, qui estoit moult à priser, et une sienne petite fille. Si faisoit deul mcrvelleux en pleurs et gémissemens. Et, quant je veis ce, je luy deis que les pleurs ne prouffitoient riens à la trespassée. Lors me commença à dire qu'il ne plouroit fort seullement que pour ce que sa perte estoit inrécupérable : et après je le interrogué s*il vouldroit bien que après son trespas ses amys et serviteurs le plourassent. Et sur ce propous il me respondit : « Prieur, je me efForceré de si bien faire en ma vie que mes amys et serviteurs ne seront point sans douleurs après ma mort. »
2. Depuis le 17 février 1475. Jean Massue est revenu sur ce personnage au f. 82 où il parle de Saint Wulfran « lequel estoit d'autre vie que n'est Symon Magus, à présent archevesque de Sens, en l'an que nous disons I497> %^i ^^^ aussi digne d'estre Pape comme le Teurc. *
IlS APPENDICE
Et pour certain cas touchant la foy catholique et aussi crime de lèse majesté comme aultrement. Et est vray que ledit Jacques estoit cause et avoyt esté accusé d'avoir baillé délivré et administré aux Sarrazins ennemys de la cristienté armures de toutes sortes à usaige de guerre *.
Chabitre vj^^ xi'ij^. Des vertueuses parolles qtu disott maistre Loys de La Botte de Salleiart (f. 84 Ro^.
Aulcuns louoist Sallezart à maistre Lovs de La Boute et vouUoient que à son preschis il exaulsast les vertus : auxquelz il dist : « Je suis commis à dire vérité, non pas à dire mensonge, en disant ceste manière : Sallezart, quant il vint d'Espaigne en France, estoit aussi bien gamy de biens qu'est ung singe de queue. Toutcsfoys il fist tant plus contre droit et sans nul mérite qu'il s'enrichist tant par mariage que par pillerie. Il fut paage de Rodicques -, qui fut empereur des pillars de France. Toutesfoys ledit Sallezart en ce mestier le passa, de quoy luy vint son vaillant. Qiiant quelque destrosse se faisoit en France de son temps il donnoit de l'argent pour dire es villes et partout que c'estoit luy, jaçoit que plusieurs et vertueulx chevalliers qui regnoist de son temps en faisoient aussi peu d'extime que faisoient tous les bons chevalliers de la table ronde de Henor de la Seyne ^y lequel ilz réputoient chevallier sans honneur. Il vouloit accroistre sa renommée par vertus d'aultruy. Ses vices ont apparu en plusieurs lieux et mesmement à Gr}' * ; mais nul vivant n'a veheu sa vertus. Il disoit prou et n'en faisoit guaires. » — Ung quidem dist à maistre Loys pourquoy il blaisonnoit ainsi les armes : et il respondit : « Pour ce, dist il, qu'il charche tousjours tout mal et ne fuyt que le bien. » Ledit quidem demanda à maistre Loys qu'il disoit. Respondit que c'est viaîe in pejus et que le grant Symon Magus que Saint Pierre confondit n'avoit laissé aultre successeur sur la terre que cestuy, qui estoit pire que luy 1
Chapitre viij^^ a'c. De la vertueuse response que roy Charlles VI h fist au
duc Philippe de Bourgougne (f. 106),
Après que Monseigneur le daulphin, nommé Loys, qui depuis fut roy de France de ce nom, ce fut parti du Daulphiné pour aller es pays de Monseigneur Philippe duc de Bourgongne, sans le congé du roy Charles,
1. Ce qui suit reproduit presque textuellement le § 269 de la Chronique de Jean Chartier : il faut noter toutefois cette réflexion de Jean Massue à la suite de rénumèration des motifs de la condamnation de Jacques Cœur : « Pourquoy, moy prieur le mccts icy comme vicieulx, car se je failloie à ceci mettre, sembleroie que je voulsisse soustenir vice en déprimant vertus, de faire de vice vertus, laquelle chose me semble non estre convenable. »