‹ Cronique martinianeChapitre 90 sur 159 · Le texte de Vèrard porte guyder · texte numérisé non relu

Le texte de Vèrard porte guyder

CRONiaUE MARTINIANE 43

conte de Dampmartin son frère la grant foUie où il s'estoit mis d'estre contre le roy. Et icelluy conte de Dampmartin dist que jamais il ne soufFreroit ledit appointement estre si fort désavantaigeux à monseigneur le daulphin et que ledit Daulphin avoit assez gens pour garder le roy de venir à son intencion et que le fes de Tassault leur estoit bien aysié à porter. Et, ce voyant, ledit messire Jaques de Chabannes s'en retourna devers le roy et lui dist : « Sire, j'ay parlé à ce fol mon frère : mais soiez seur que vous n'aurez jamais Nyort sans leur passer dessus le ventre : car je congnois bien de quel poil il est vestu. Et ne faiz nulle doubte que si vous avez victoire sur monseigneur le daulphin qu'elle ne vous soit bien douloureuse ! » Ces paroUes ouyes, de par le roy, il traicta d'appointement avecques son filz. Et demourèrent en son service Loys de Bueil * et Anthoyne de Chabannes, conte de Dampmartin : lequel en eut ses lettres seellées en cyre verd et lacz - de soye, et icelluy conte de Dampmartin bien extimé par le roy Charles, tant que depuis il en eut de grans biens et honneurs. Et après ledit appointement icelluy Daulphin vint parler au roy et luy dist : « Ne cesserez vous jamais de moy mal faire ? Je veulx bien que vous entendez que je suis vostre père et seigneur et que, sans moy, vous ne povez riens ! » Et ledit daulphin respondit : « Monseigneur, je suis vostre humble filz et serviteur, prest à obeyr à voz commandemens. » Et le roy luy dist : « Louys, retyrez vous en vostre logis ! Et veulx bien que en vostre service demeurent Anthoyne de Chabannes et Louys de Bueil, lesquelz vous ont mieulx servy contre moy qu'ilz ne deussent. »

1. Louis de Bueil n'avait pas pris part à la Praguerie. S'étant emparé de Sainte-Suzanne, au nom de Charles VII, il refusa de rendre la place au duc d*Alençon et la garda pour son frère. Le Jouvencel lxxxvii. — A l'avènement de Louis XI, Jean de Bueil perdit la dignité d'amiral et sa compagnie de 100 lances. En décembre 1461 il rentrait en grâce. Ibid. ccxxxiii-iv.

Page 1