LES MÊMES, EUPHRASIE
EUPHRAsiE^ entrant.
Ma tante ! ma tante !.. voulez-vous permettre...
MADAME JOLIVAR.
Que venez- vous chercher ici, mademoiselle?
EUPHRASIE
Dam ! ma tante, je m'ennuie, là-haut, toute seule !
MADAME JOLIVAR.
Remontez tout de suite! une jeune fille ne doit pas venir ainsi dans un lieu public!
EUPHRASIE
MaiS; il n'y a jamais de public dans le café.
MADAME JOLIVAR.
Ne raisonnez pas!
EUPHRASIE
Tenez, nia tante, si vous me mettiez au comptoir, ça attirerait peut-oLre des aiiiateurs.
Tu te crois donc bien séduisante?., mais moi, ma chère, j'y suis toule ia journée au comptoir, et personne ne vient!
Miid. .1. E,l-. /
EUPHRASIE
Alors, VOUS ne risquez rien de me laisser
libre.
MADAME JOtïVAtl.
Si tu \eux être libre, marie-toi !
EUPHRASIE
Avec qui ?.. avec mon cousin Tarbechet, secrétaire de la mairie ?
MADAME JOLïVAR.
C'est une autorité !
EUPHRAgrÉ.
Il n'en sera jamais une dans mon ménage !
MADAME JOLIVAR.
Ou bien avec ton autre cousin Farouchot, le receveur des impositions... c'est un homme bien posé.
EUPHRASIE
Il est trop posé pour moi !
MADAME JOLIVAR.
Ah î je sais bien ce que tu voudrais !
EUPHRASIE
Eh! bien oui, là... c'est tiburce que j^aime !.. Il est mon cousin aussi !.. et je n'épouserai que lui seul !
MADAME JOIIVAR.
' MaîSi petite sotte, ce Tiburce est un drôle qui s'est fait escamoteur, sauteur, bateleur... que s&ïs-je, moi ! et qui court le monde sous le nom de Groquignole ! ■ '
EUPriRAéiïi.
Il est parti parce qu'on ne l'aimait pas dans sa famille... tout lé monde le rebutait... mais je suis sûre qu'il s'est distingué dans son état!
MADAME JOLIVAR.
Distingué! lui! un paillasse!., un gueux qui n'a rien !
EUPHRASIE
Qh ! ma tante!., mais je ne méprise pas Tés gueux!., on peut être très aimable et mal habillé!
Air : En vérité, je vous le dis:
La vertu n'a pas de manteau, La vérité va toute nue, Et l'amour, en grande tenue , Pour vêtement n'a qu'un bandeau!
llsnebriirnt pas par l'opulence, Mais on les aim' malgré cela, Et je s'rais fier' d'mon indigence Si je r'ssemblais a ces gueux-là!
Et si vous saviez comme mon cowsin Tiburce a des qualités !..
MADAME JOLIVAR,
Je ne veux pas le savoir !
EUPHRASIE
Si vous l'aviez vu seulement !
MADAME JOLIVAR*
Je ne l'ai pas vu, el j'espère bien ne jamais le \oir !
EUPHRASIE
Mais moi, j'ai juré de lui être fidèle, et je lui ai écrit dernièrement les contrariétés quej'éprouve à son sujet.
MADAME JOLIVAR.
Tu lui as écrit?., et qui est-ce qui a mis la lettre à la poste ?
EUPHRASIE
G'est François!
MADAME jowvAR^ étQi}née. . I François !
FRANÇOIS, se réveillant.
Voilà! Qu'est-ce qu'il faut servir?
MADAME JOLIVAR.
Rien ! imbécile !
FRANÇOIS
Gomme à l'ordinaire. {Il se recouche.)
MADAME JOLIVAR.
Ah! tu lui. as écrit? mais, petite malheureuse., apprends donc puisqu'il faut teJe dire...
EUPHRASLE.
. Non, ma tante... tout ce quevaus me diriez ou rien...
MADAME JOLIVAR.
Tu me braves!., tu veux m'exaspérer !..
EUPHRASIE
Ça m'est égal !
MADAME JOLIVAR.
Si je ne me retenais !.. ( Elle lève la main sur Euphrasie.)
FAROUCHOT, daus la coulisse.
Ah ! ah ! ah !..
sQÈNp m,
Les MÊMES, TARfiOCHET, FAROUCHOT \
MADAME JOLIVAR.
Qu'est-ce qui peut rire bêtement comme ça ?
FAROUCHOT, entrant en riant.
Ah ! ah ! ah! quelle bonne farce !
TARBOCHET, pleurant.
G'est fort triste !
Ah! c'est vous, cousin ! vous arrivez à propos!
TARBOCHET.
Hélas î ( Jl s'essuie les yeux. ) FAROUCHOT , riaut.
Ah! ah! ah!..
MADAME JOLIVAR.
L'un rit, l'autre pleure... expliquez-vous!
FAROUCHOT.
Il s'agit de notre aimable cousin Tiburce dit Groquignole.
' Mad. J, T, E, F.