‹ Croquis al̀a plumeChapitre 34 sur 64 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

THÉRÈSON, LAVENAZE, assis à son bureau, parcourant ses lettres et ses journaux.

THKRËsoN. — Je ne serai jamais plus conteole que si je vous vois persévérer dans cette résolution de ne plus vous montrer à un tas de fainéants et de vauriens qui, se disant du pays^ vous toml)ent de toutes parts. Que d'ennuis et de déboires pour ce qu'ils vous ont rapporté ! Tantôt c'est un ap|Jartement qu'il leur faut arrêter, puis ils ne viennent pas; tantôt des avances qu'on ne rembourse pas. Comptez, et, au bout de l'an, vous m'en direz des nouvelles.

LAVEiiAZE. — On ne peut guère faire autrement.

THÉRÉson. — Ah! qu'à votre place je le saurais bien faire! Pour ce Mermès, faut-il des mitaines ? Et que je ferais décamper au plus vite cette série de viveurs qui nous encombrent, nous harassent et nous fatiguent. De ce Mermès, en avons-nous besoin? Et ce Destoujac, que de petits écus vous a-t-il coûtés !

LAVEiTAZE. — Quant à celui-là, je ne regrette

LES COMPATRIOTES. i07

pas ce que j'ai pu faire; il. est amusant. Personne n'est plus fertile pour arriver au but quMl se pro-

THÉKÉsoii. — Ah ! qu'ils connaissent bien tous le défaut de ia cuirasse, qu'ils savent bien vous prendre où le bât vous blesse t et qu'en leur fermant la porte, ils la sauront bien ouvrir ! Du reste, pour ce que j'en retire, je ferais bien mieux de tout laisser aller ; il n'en sera jamais que ce que vous voudrez.

LATiNAZE. — Je joue de malheur; il faut précisément que ce soit aujourd'hui, où j'ai le plus grand besoin de tranquillité, que tu prennes à tâche de me tourmenter plus encore que de coutume. Je te sais bon gré de toutes tes attentions; mais, une bonne fois pour toutes, je t'en conjure, qu'elles ne dégénèrent point en persécutions.

THÉRÈsoN. — Ah î qu'on a bien raison de dire qu'on apprend à tout âge ! Si je n'avais jamais pris de part à ce qui vous regarde, que je me serais épargné de peines et de soucis ! Vous êtes bien tous les mêmes î Qu'on se sacrifie, qu'on meure à la peine, on n'en fait jamais assez.

LAVErrAZB. — Tu en fais trop.

TBÉRÉsoN. — Il fallait me le dire plus tôt, je me serais pourvue ; ce n'est pas à présent que je me puis pourvoir.

LAYEiiAZE. — Mais OÙ me vas-lu chercher tout cela?

THtiRÉsoii. — Vous en trouverez beaucoup qui vous élèveront vos enfants et soigneront votre maison comme j'ai soigné ia vôtre. On a bien raison de le dire, ii n'y a point de bonheur pour les honnêtes gens.

LAVENAZE. — Va te promener !

(Il se lé^e et se promène à grands pas dans son cabinet ; Ttiérèson le poursuit dans sa promenade.)

THÉRÉsoN. — Je m'en vas, monsieur, je m'en vas; vous me permettrez néanmoins d'en penser ce que je voudrai.

LAVENAZE. — Peuses-eu ce que lu voudras, et va-t'en au diable !

THÉRÉSON. — Vous serlcz le premier puni si je vous prenais au mot. {Elle sort.)

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