THÉRÉSON, MADAME DE LA BASTIDE, FANNY
(Madame de la Bastide présente un volume énorme; elle est précédée et suivie de commissionnaires portant ses caisses, ses cartons, ses malles, etc., etc., etc.
Elle tient an oreiller sous son bras, un panier à la main ; sous son chapeau un bonnet dont les dentelles cachent une partie de sa figure. )
MADAME BB LA BxhT\iiE,aiixcommissi<mnaires, — Bien, très-bien. Vous monterez tous les effets Ici, dans cel appartement... allez t Bonjoar, tout le monde.
THÉRÉsoN. — Votre servante.
MADAME DE LA BASTIDE. — Eb 1 c'cst Thérèson ; je ne te voyais pas; ne me perds pas de vue ces gaillards-ià, ma fille ; tu veilleras surtout à ce que mes cartons ne soient pas culbutés... {Elle va et vient dans la chambre,)
THi^RisoN, bas à Fanny. — Nous ne risquons rien, c'est le restant de nos écus.
FANNY. — Que veux-tu dire?
THÉRÂsoN. — Plus de tranquillité possible.
MADAME DE LA BASTIDE, à Fanny. — Mals vlens donc, cher ange! que je suis donc contente de te revoir ! Sais-ta que te voilà grande comme père et mère! (Aux commissionnaires.) Mes enfants, vous allez me monter ma grande caisse, vous entendez?
LES COMMISSIONNAIRES. — Oul, madame.
MADAME DE LA BASTIDE. — Et CCtlC Chère Thé-
rèson?
IftS CROQUIS A LA PLUME.
THÉRisoN, j^A^men^— Très-bien, Dieu merci, comme vous voyez.
MADAME DE LA BASTIDE- — Taot ffileux, chère, tant mieux, (il Fanny,) Je Taime de tout mon cœur, la pauvre fille ; excellente, toute dévouée. Un trésor dans une maison.
THÉRÉsoif . — Madame est trop bonne.
MADAME DE LA BASTIDE. — Prcnds mon cbâie, qui me fait trop cbaud ; tu le mettras sur le dos d'une cbaise... Dis-moi, mon cber?
LE COMMISSIONNAIRE. — Madame?
MADAME DE LA BASTIDE. — Tu dïras au porticf qu'il commande mon bain pour quatre benres, au lieu de trois.
LE COMMISSIONNAIRE. — Oui, madame.
THÉRÉsoN. — Madame descend ici?
FANNY , bas à Thérèson. — Tbérèson, je t'en prie...
MADAME DE LA BASTIDE.— OÙ diable voudrals-tu que je descendisse?
THÉRÈsoN. — Mais à l'bôtel, je pense.
MADAME DE LA BASTIDE. — Je U'IralS paS pOUF
un empire; ce serait du propre t l'idée seule m'irrite et me révolte. A i'bôtel ! fl donc t
FANNY. — Croyez bien, madame, qu'elle n'a pas eu...
MADAME DE LA BASTIDE.— Jc la connals dc reste,
LES COMPATRIOTES. ië3
la pauvre filie, elle est parfaite ; je serais bien ingrate si je pensais difiTéremment; il n'y a pas de soins, pas d'égards, pas d'attentions qu'elle n'ait eus. Ah çà ! mes enfants, je profite des commissionnaires pour faire enlever ce bureau.
THtiR&soN. — Le bureau de monsieur?
MADAME DE LA BASTIDE — Lo cbaugcr de piacc, le pousser contre le mur ; je n'aime pas ce grand bureau-là : il occupe plus d'espace à lui seul... Pourquoi l'avoir mis ici, dans cette chambre, qui est, de toutes les pièces, celle à laquelle j'ai toujours donné la préférence? Vous n'entendez pas le bruit de la rue, vous y êtes tranquille, et c'est quelque chose, à Paris surtout, de ne pas être assourdi par le bruit des voitures. Et ma grande caisse?... Je ne la vois pas.
un COMMISSIONNAIRE. — Lcs camaradcs discnt qu'elle est trop grande pour Ici.
MADAME DE LA BASTIDE. — Lcs camaradcs sont des niais; je ne vois pas pour quelle raison cette caisse, qui est déjà venue, n'entrerait pas encore... Descends-moi la chercher.
LE COMMISSIONNAIRE. — J'y vaîs, madame.
MADAME DE LA BASTIDE.— DiS UU pCU... POUSSC-
mol ce grand diable de bureau contre le mur.
THÉRÉsoN. — Elle y tient:
MADAME DE LA BASTIDE. — Encorc, oncorc; c'est
I5i CROQUIS A LA PLUME.
cela, très-bien... Ta me ramasseras toutes ces paperasses qui sont à terre... Maintenant, ce ciinapé contre la cheminée. Thérèson va t*aider.
THÉRÉsoff. — Je ne connais rien à cela.
MADAME DB LA BASTIDE. — Pardon, Chère, pardon. Je vais le faire... (Elle prend un bras du canapé.) Tiens, mon garçon, prends ainsi ce canapé; c'est cela... pousse... pousse sur moi... c'est cela.
FANNY. — Si vous prcnlcz quelque chose?
MADAME DR LA BASTIDE. — - Rien, chcr ange, rien avant mon bain. Je n'ai que soif.
fANWY. ~ Thérèson, tu entends?
THÉRÉsoN. — yy ynis. (Elle sorL)