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MME GALLI-MARIÉ

a nature avait donné à Mme Galli-Marié une physionomie piquante et une voix chaude et souple... Mais combien de chanteuses plus jolies et plus virtuoses n'a-t-on pas vues de par le monde, qui n'ont laissé qu'une trace brillante et dont la gloire éphémère s'est effacée avec leur disparition de la scène!... La nature a fait plus pour Mme Galli-Marié. Elle l'a douée d'un tempérament d'artiste exceptionnel, elle lui a confié le secret de transformer tout ce qu'elle toucherait et d'imprimer à tous les rôles qui lui écherraient un caractère original, imprévu, définitif.

Cherchez dans l'histoire de la musique et des théâtres lyriques, parmi les plus illustres créatrices des œuvres encore au répertoire, ou du moins, lues, estimées, toujours étudiées : combien en trouverez-vous qui aient laissé à leurs rôles une marque telle qu'il ait été impossible depuis, qu'il soit à jamais impossible de la faire oublier, d'en changer l'empreinte? Combien, au contraire, qui n'aient été plus ou moins remplacées par de nouvelles venues !

Mme Galli-Marié a été de ce très petit nombre d'artistes qu'on imite, qu'on imitera toujours, comme forcément, mais dont on ne se séparera jamais, quoi qu'on puisse faire, simplement parce qu'elle a fait rendre au personnage qu'il lui était donné de vivifier, tout absolument ce qu'il comportait en lui. On joue les Galli- Marié comme on jouait les Dugazon et les Déjazet L'extraordinaire variété des impressions produites dans un même rôle est une des qualités maîtresses de Mme Galli-Marié. Il est si rare de trouver une personnalité complète dans les figures que produisent sur la

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scène nos artistes, même éminents, que le seul mot qui convienne ici est bien celui que nous avons dit : un tempérament exceptionnel.

Mme Galli-Marié est la fille de Marié, un artiste des plus distingués, dont la carrière à l'Opéra fut entravée, comme celle de tant d'autres, par le despotisme de Duprez. De bonne heure elle avait couru les hasards de la scène, en province; puis des engagements la fixèrent, en 1859, à Strasbourg, en 1860 à Toulouse, en 1861 à Lisbonne, où elle chanta le répertoire italien. L'année suivante, elle revint à Rouen, et c'est là que sa carrière prit vraiment naissance. Il lui échut, à peine engagée, une création qui, tout de suite, la mit hors de pair, dans la Bohémienne, un opéra anglais de Balfe, non encore représenté en France. Ce genre de rôles, banalisé par les artistes ordinaires, prit avec Mme Galli-Marié un caractère si surprenant d'originalité que M. Perrin, qui rôdait par là, l'engagea séance tenante à l'Opéra- Comique. Et l'artiste dut, jusqu'à la fin de l'année, se partager entre les deux scènes.

M Perrin eut l'idée excellente de remonter pour sa débutante un petit chef-d'œuvre trop oublié: la Servante maîtresse de Pergolèse. Il fallut bien un peu le transposer pour le mezzo-soprano, d'ailleurs assez court, de Mme Galli-Marié, mais la partition n'y perdit guère, et y gagna du coup un regain de vogue extraordinaire. Le succès personnel de la nouvelle Zerbine fut très vif. On lui trouva beaucoup de goût et une extrême justesse de diction, avec une verve sans pareille.

«Elle est petite et mignonne (écrivait un critique, écho de l'impression générale), avec des mouvements de chatte, une physionomie mutine et lutine, et dans tout son air, dans toute sa personne, quelque chose d'espiègle et de retroussé. Elle joue comme si elle avait servi dans les bonnes maisons de Molière; elle chante d'une voix ronde et fraîche, piquante et moelleuse. On dirait une ravissante résurrection de Mme Favart...»

Ce qui n'empêcha pas Mme Galli-Marié d'être toute différente dans un autre rôle, et au point qu'un spectateur qui l'eût vue pour la première fois l'eût crue inca-

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pable de montrer d'autres qualités que celles qu'elle déployait ce soir-là. Tant son génie dramatique était également apte à exciter le rire et les larmes, tant elle était habile aux rôles les plus opposés ! Le tableau qui termine cette notice édifiera d'ailleurs le lecteur: autant de rôles, autant de types.

Beaucoup ont quitté le répertoire, mais il en est, et des plus originaux, qui méritent au moins un souvenir et un regret. Tel ce délicieux rôle de Kaled dans Lara} un rôle travesti (Mme Galli-Marié en eut beaucoup, on le remarquera), où l'artiste mettait tant de grâce touchante, d'esprit, de passion contenue, d'énergie farouche, d'imprévu aussi, qu'on a pu dire, récemment, que cette création égalait pour le moins celles de Carmen et même de Mignon.

Déjà l'année précédente, en i863, Mme Galli-Marié avait prêté sa délicieuse et étrange fantaisie à un rôle de féerie bien connu et qu'on reprit pour elle, celui d'Urielle, dans les Amours du Diable, et y avait eu le plus grand succès d'imprévu et d'originalité. Dans la Blanche

d'Etianges du Capitaine Henriot, au contraire (en 1864), elle se montra «cantatrice et tragédienne», comme si elle n'avait jamais été que cela. On la voit ensuite successivement dans Marie, rôle pathétique, dans les Porcherons, rôle badin, et dans la Piccinina de Fior d'Aliza, rôle de folle, — partout louée de ces deux mêmes qualités : «expression et sentiment du drame lyrique. » — avant d'arriver à cette immortelle Mignon, qui réunit un peu tout cela (1866).

Combien de Mignon se sont déjà succédé après Mme Galli- Marié, et combien ont tâché de l'imiter! On en a fait le compte à propos de la millième de l'œuvre d'Ambroise Thomas. Mais on n'a pas pu dire qu'une seule, (Marie Van Zandt, à part), ait marqué le rôle d'une personnalité réelle, bien loin d'égaler la créatrice. Mme Galli-Marié avait donné à cette figure si complexe, faite de rêverie et de passion, d'espièglerie et de colère, de naïveté et de poésie, une empreinte définitive : il n'y avait plus à chercher autre chose. Ce caractère était tel, jusque dans les « façons étranges » que l'artiste

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mêlait à son jeu, et les «intonations singulières» que prenait sa voix, qu'il ne faisait ressortir que trop, peutêtre, le «placage de clinquant» du rôle de Philine.

Elle emporta encore les honneurs de la soirée dans un petit rôle épisodique de Robinson Crusoé, celui de Vendredi (en 1867), qu'elle sut rendre «séduisant», et où une grâce fine et délicate cachait ce que le personnage pouvait avoir de si facilement ennuyeux. Puis, c'est une reprise des Dragons de Villars, auxquels la nouvelle Rose Friquet valut un gros regain de succès; puis une nouvelle création, mais éphémère, celle de la Petite Fadette.

A la rentrée de 1871, Mme Galli-Marié reparut dans la Servante maîtresse, puis interpréta, à son tour, Y Ombre, ce succès légendaire que toutes les artistes chantèrent peu ou prou, et qu'elle promena brillamment en province pendant les vacances. Quelques rôles nouveaux se rencontrent aussi à cette époque : Fantasio, le Passant, Don César de Bazan, trois travestis de bien différente sorte, prince, poète et valet. Passons sur Taven et le pâtre de

Mireille, délicieusement chantés d'ailleurs (en 1874), et arrivons à Carmen, le troisième fleuron de la couronne de Mme Galli-Marié. Il n'est pas besoin d'insister, n'est-ce pas? sur ce qu'y mit l'artiste de caractère et d'originalité, avec cette hardiesse provocante, cette grâce féline, cette souplesse de voix et de jeu, cette chaude couleur, terrible par instants comme dans la fameuse scène des cartes, — qui vraiment sont au-dessus de tout éloge et réalisèrent si complètement les traits gravés par Mérimée. C'est malheureusement la dernière création importante de Mme Galli-Marié. Les années qui suivirent, jusqu'à son départ en 1878, ne furent plus marquées que par quelques jolis rôles sans portée: Piccolino (de Guiraud); la Colombine de cette gracieuse Surprise de l'amour qu'on pourrait bien reprendre; l'Alexandre du Char... — Il faut rester sur le souvenir de Carmen, et c'est bien celui-là avant tout que la grande artiste a semblé vouloir nous léguer. Car, une fois encore, elle est revenue sur la scène où toute sa carrière s'était faite, pour célébrer le définitif succès de l'œuvre de Bizet, en 1883, et la con-

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duire elle-même à la centième. Et quelle verve extraordinaire ne lui avons-nous pas vu déployer, quel accent, quelle vérité dans les moindres mots, les gestes, les attitudes les plus simples!... On ne retrouvera pas de sitôt une pareille interprète.

Aujourd'hui, elle a pris une retraite définitive, absolue; elle se cache, on ignore où; il semble qu'elle veuille qu'on l'oublie... On se souviendra pourtant d'elle, tant que ses créations continueront leur vie glorieuse, tant qu'on évoquera même l'idée de ce que peut être un artiste créateur....

Voici, pour terminer, le tableau de ses rôles, tous à l'Opéra-Comique :

1862 La Servante maîtresse (Zerbine), début.

i863 Les Amours du Diable (Urielle).

1864 Lara (Kalei), création.

Le Capitaine Henriot (Blanche d'Étianges), création. i865 Marie (Marie).

Les Porcher ons (Mme de Bryane).

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1866 Fior cCAliza (Piccinina), création.

José Maria (Diane), création.

Mignon (Mignon), création.

1867 Robinson Crusoé (Vendredi), création. i863 Les Dragons de Villars (Rose Friquet). 1869 La Petite Fadette (Fadette), création.

187 1 La Servante maîtresse (Zerbine).

L Ombre (Jeanne).

1872 Fantasio (Fantasio), création.

Le Passant (Zanetto), création.

Don César de Bazan (Lazarille), création.

1874 Mireille (Taven, Andrelou).

1875 Carmen (Carmen), création.

1876 Piccolino (Piccolino), création.

1877 La Surprise de V amour (Colombine), création.

1878 Les Noces de Fernande (l'Infant), création. Le Char (Alexandre), création.

i883-85 Carmen, les Dragons de Villars, Mignon.

'est une belle carrière d'artiste que celle de M. Lucien Fugère, d'artiste convaincu et consciencieux, sincèrement épris de son art, poursuivant toujours, sans vaine recherche, sans pose aucune, la perfection et le naturel dans l'interprétation de ses divers rôles, solide au poste et ne refusant jamais de soutenir de son talent les moindres productions. Aussi voilà vingt-sept ans qu'il chante, qu'il joue sans relâche, toujours sur la brèche, toujours alerte et dispos, et moins que jamais on ne saurait se passer de lui. En pleine maturité de ses moyens et de son talent, il est, depuis bien des années déjà, le véritable pilier de l'Opéra-

Comique. Basse-chantante facilement baryton, plein de mordant dans le bas, plein de délicatesse dans la demiteinte des notes hautes, d'une verve comique semée de trouvailles et dont la finesse ne tombe jamais dans la caricature et la vulgarité, nul ne tient mieux l'emploi capital de Lablache sur notre scène.

Sa jeunesse laborieuse a déjà été contée. Né à Paris, en 1848, il était le huitième enfant d'un estampeur en zinc, qui mourut prématurément en 1854. — Le neuvième est ce fantaisiste Paul Fugère, qui fait la joie des habitués de la Gaîté, et, dans un genre moins élevé, avec de moindres moyens aussi, montre encore une véritable originalité et une verve de bon aloi. — Lucien Fugère suivit d'abord les enseignements et l'exemple de ses frères aînés, sculpteurs, mais il était comédien dans l'âme, et c'est du côté du théâtre chantant que son tempérament et toutes ses inspirations le portèrent. Un ami lui procura un engagement à Ba-ta-clan. Cette salle, une des plus anciennes et la plus grande de Paris pour les concerts, était alors dirigée par M. Paris et jouissait

d'une vogue qu'elle n'a plus retrouvée dans les derniers temps. On y jouait indifféremment les vaudevilles de Scribe et les opéras comiques du vieux répertoire français: école excellente pour un débutant, qui devait se tenir toujours en haleine et pouvait former et assouplir son talent par l'extrême variété des rôles. M. Fugère y gagna cette sûreté d'effet, cette autorité, cette aisance dans le mariage de la voix et du jeu, dont les lauréats sortant du Conservatoire et entrant d'emblée à l'Opéra- Comique se doutent si peu.

Il joua à Ba-ta-clan plus de quatre-vingts rôles, du 3 mars 1870, son début, aux derniers jours de 1873. On montait une pièce nouvelle tous les huit jours, sans compter les simples concerts, pour lesquels il fallait préparer des airs, des chansons, des duos, des trios, etc. Relever tout cela serait chose impossible. Citons ici du moins quelques-unes des pièces représentées, où M. Fugère tint un rôle important, quitte ensuite à laisser de côté cette première partie de sa carrière:

Kettly ou le retour en Suisse, Adolphe et Clara, la

Niaise de Saint-Flour ', Aladin, la Prima Donna, la Corde sensible, la Marquise de Prétintaille, le Paysan picard Roy al- Cravate, Cotillon III, I Homme n'est pas parfait, la Femme qui trompe son mari, Ninette à la cour, Sans tambour ni trompette, le Bouffe et le Tailleur, Petit -Pierre, Roger Bontemps, Jean Bart, Mme Grégoire, L'Huître et les Plaideurs, le Philtre champenois, Jobin et Nanette, l'Auberge de Chantilly, Estelle, le Baiser au porteur, Rodolphe ou le frère et la sœur, Michel et Christine, le Loup-garou, le Billet de logement, Jean de Calais, Cartouche et Mandrin, etc.

Le 23 janvier 1874, nous voyons ensuite M. Fugère débuter aux Bouffes. Comte, le directeur d'alors, cherchait un solide et adroit baryton: il ne pouvait mieux trouver et n'eut pas à se plaindre de son choix. Le jeune artiste n'eut que des succès sur cette gentille scène, où il resta encore près de quatre ans. Outre le répertoire courant, M. Choufleury, la Jolie Parfumeuse, les Rendez-vous bourgeois, la Timbale d'argent, la Princesse de Trébizonde, M. Landry..., il fit plusieurs créations qui marquèrent :

d'abord son début, Grégoire de la Branche cassée et, la même année, le Tour de Moulinet; surtout Castellardo dans M'"c l'Archiduc, succès plus durable. En 1875, c'est Crouy, dans les Mules de Suzette, autre succès, Saint- Chamas de la Créole, et Camusot dans le Moulin de Vert- Galant. Puis, en 1876, Souchard de la Boîte au lait, triomphe personnel, et en 1877, Carlo, de la Sorrentine. Pendant les vacances, il allait chanter à Néris, sous la direction de M. Danbé, le répertoire ordinaire d'opéra comique : le Farfadet, la Poupée de Nuremberg, le Maître de chapelle, les Noces de Jeannette.

C'est dans cette dernière œuvre qu'il débuta salle Favart l, quand M. Carvalho l'eut engagé à la rentrée de 1877, et l'on vit tout de suite que sa place était sur cette scène et non ailleurs : mieux qu'aucun des artistes qui s'y trouvaient ou qui s'y sont succédé depuis, il incarnait bien, en effet, le véritable opéra comique français, avec toute la souplesse de son style, avec sa rondeur et

1 11 y parut encore, et avec quelle verve, pour la millième de la gentille pièce de Massé.

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sa finesse, son comique franc et naturel, que la vulgarité ne doit jamais alourdir et qu'une pointe d'émotion sait relever à l'occasion. Voici vingt ans révolus que M. Fugère est là, creusant chaque jour son sillon, marquant de son empreinte les rôles du répertoire, créant des figures nouvelles, et montant peu à peu, montant jusqu'à la première place. Quels intéressants souvenirs il pourrait écrire sur toute cette période! Moins brillant que d'autres, qui n'ont pas duré comme lui, il a vu successivement débuter, triompher, partir, Talazac et Taskin, Mme Bilbaut-Vauchelet et Mme Isaac, qui caractérisent toute la dernière période de la vieille salle Favart.

Je donne plus loin la liste complète des rôles de M. Fugère depuis cette date. Elle pourrait presque se passer de commentaire, tant elle est instructive. On y remarquera tout d'abord la variété extrême des personnages interprétés et, par suite, la souplesse rare du talent de l'artiste; car on a vraiment peine, parmi tant de rôles, à en trouver qui ne lui aient pas réellement convenu et

qu'il n'ait pas rendus à la pleine satisfaction des spectateurs. Il y a du plus et du moins cependant : infatigable et ne refusant jamais un rôle, fût-ce une panne, comme on dit; providence des auteurs médiocres, qui lui ont dû plus d'une fois l'ombre de succès de leur pièce ; toujours prêt, toujours content, toujours consciencieux... il est peu surprenant si dans le nombre figurent des rôles indignes de lui ou mal ajustés à ses moyens. Mais soyez tranquilles, il en reste assez après ceux-là !

En 1877, il commença naturellement par le répertoire et les reprises. C'est Fontrailles de Cinq-Mars, ou Girot du Pré-aux-Clercs, un rôle qu'il a tenu longtemps sans partage et auquel il donnait une pointe d'esprit qu'on ne retrouve guère chez ceux qui l'ont remplacé. L'année suivante, c'est le personnage de Biju dans le Postillon de Longjumeau, dont il a fait une si plaisante figure, un vrai type, aussi loin de la banalité que de la charge: nous l'y avons revu, il n'y a pas bien longtemps. Puis sa première création, l'Alcade, de Pépita, qu'il ne put sauver d'une chute.

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Avec Capulet de Roméo et Juliette, M. Fugère monte un degré: c'est une bonne idée qu'on eut là de lui confier ce rôle, dont la gravité n'est pas exempte de bonhomie, et où sa belle voix fit merveille. Mais son triomphe, en cette année 1879, fut surtout Papageno de la Flûte enchantée. Peu de figures, au moins dans le répertoire, lui ont valu un plus légitime succès et firent autant valoir son talent sobre, son intelligence parfaite du style. — Entretemps, il faut compter le Pain bis (de Th. Dubois), où il tenait le rôle principal, une petite création qui lui fit beaucoup d'honneur.

Plus caractéristique fut celle de Sganarelle dans Y Amour médecin de Poise. Il y affirma pour la première fois sa supériorité dans les rôles de l'ancienne comédie : ce Sganarelle-là est cousin de celui du Médecin malgré lui, où nous le retrouverons, et du Bartholo du Barbier de Séville, qui est, à coup sûr, une de ses plus complètes incarnations. — C'est en 1884 qu'il prit possession de ce dernier personnage, et il y mit une rondeur, un esprit, un naturel dans la démarche comme le débit, tout à fait

remarquables : pour la voix, timbrée et agile à souhait,

c'était à peu près la seule à rester à la hauteur de cette

musique italienne qu'on ne sait plus rendre aujourd'hui.

Mais à cette époque, M. Fugère avait encore d'autres

petites créations à son actif: la Taverne des Trabans, le

Portrait, Joli Gille surtout (de Poise), un de ses

triomphes dans les petits genres, un rôle spirituel et

folâtre, dont il peignait à merveille les effarements et la

gaîté. Puis deux reprises : les Noces de Figaro (en 1882)

et Manon (en 1884), où il faisait preuve d'une égale

autorité : alerte comédien et spirituel chanteur dans

Figaro, ce rôle où il faut moins de brio mais bien plus

de force que dans le Figaro du Barbier, il se montra

fin et d'une discrétion distinguée, si je puis dire, dans le

comte des Grieux.

Quant aux années suivantes, les reprises éphémères,

les créations plus éphémères encore se suivent pour

M. Fugère sans guère ajouter de nouveaux titres à la

réputation et à la faveur que lui gardent surtout les

rôles précédents. Cependant le marquis de Montcontour,

dans le Roi l'a dit (de Delibes), était un joli rôle, qu'il présenta d'une façon exquise; Plutus n'était pas une figure banale, et le Bernadille de Juge et Partie lui permettait de déployer une verve étourdissante. C'est encore, parmi quelques autres rôles du répertoire, celui de Sganarelle du Médecin malgré lui (de Gounod) qui le mit le plus en relief. Il y était excellent de tous points, plein d'un entrain de bon aloi, avec une voix légère et pétillante... N'oublions pas le grotesque Fritelli du Roi malgré lui de Chabrier.

En 1888-89, à la salle de l'ancien Lyrique, nous retrouvons M. Fugère abordant M'ne Turluftin, l'Ombre, créant Y Escadron volant de la reine et la Cigale madriène, troquant enfin, par une singulière interversion d'emplois, le rôle de Girot pour celui de Cantarelli dans le Pré-aux-Clercs. Mais 1890 lui apporte une belle création, un personnage typique : le duc de Longueville dans la Basoche de Messager. Le succès extraordinaire qu'il y obtint est encore dans toutes les mémoires; il était impossible de rendre avec une ampleur plus gran-

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diose ce naïf fantoche, de faire valoir avec plus d'art ces airs, ces phrases (C'est le roi, dites-vous... Elle m'aime !...) qu'on prit l'habitude de bisser, même de trisser régulièrement tous les soirs.

La même année deux petites nouveautés lui durent encore leurs quelques soirées: Colombine et Y Amour vengé. Comme contraste, il fut aussi d'Orbel dans la Traviata, en attendant le rôle classique du vieux jaloux des Folies amoureuses. Inutile d'ajouter, n'est-ce pas, que c'est surtout dans le répertoire courant (Amour médecin ou Barbier de Sévil/e, Noces de Figaro ou Flûte enchantée) qu'il fallait l'entendre, en ces années où jamais son autorité ne s'est mieux affirmée.

Ces derniers temps ont d'ailleurs été brillants pour M. Fugère. A peine est-il besoin de rappeler ses triomphes. Quelle exquise création, par exemple, que celle qu'il a faite de Dicéphile dans la Phryné de Saint-Saëns! Quelle sûreté et quelle largeur de jeu dans cette naïve vanité de vieillard, et quel comique de bon goût! Où trouverait-on un artiste capable de rendre avec ce tact et cette

finesse un rôle aussi facilement caricaturable? Passons plus rapidement sur Des Grieux du Portrait de Manon, rôle de distinction et de mélancolie, sur Legoëz, du triste Flibustier de César Cui, rôle de bonhomie et d'émotion, plus intéressant à jouer qu'à chanter; et arrivons à FalMaff, où M. Fugère, succédant à Maurel, eut l'honneur et le talent de ne pas le faire regretter. S'il n'en rendait pas tout le burlesque épais, il y mettait plus d'esprit, en revanche, avec une voix d'une franchise sans rivale, et pour le fameux enfantillage «Quand j'étais page...» ne dut-il pas le dire un soir jusqu'à quatre fois?

Il s'y était essayé quelques mois avant, à Aix-les- Bains, où il faut aussi noter une création, (en 1893), celle de Pandragon dans le Jehan de Saintré de M. d'Erlanger. Plus récemment, après le Domingue de Paul et Virginie, où il trouva moyen de mettre de la poésie, M. Fugère a créé encore, avec sa verve et sa sûreté coutumières, deux rôles bien divers et contradictoires, le pittoresque La Balafre, dans la Vivandière, de Godard, et l'exquis curé de Xavjêre, dont la physionomie souriante relevait

tant la pièce un peu sombre de Th. Dubois. Puis c'est, nouveau contraste, le touchant Buvat du chevalier d' Harmental, et la reprise, avec une ampleur de comique que Ton peut dire sans rivale aujourd'hui, d'un des meilleurs rôles de l'opéra-bouffe italien, celui de Don Pasquale.

Enfin la mise à la scène de Don Juan, où il abordait pour la première fois l'admirable rôle de Leporello, lui a valu un succès d'autant plus rare, que seul en vérité, il s'est montré là à la hauteur et dans le juste caractère de l'œuvre de Mozart: je ne puis mieux finir ce croquis que par un tel éloge. On aime à voir cette longue carrière aboutir, d'étape en étape, à un caractère qui, s'il exige toute la maturité d'un beau talent, porte avec lui tant d'honneur pour récompense '.

En voici le tableau d'ensemble depuis 1874:

1 M. Fugère a été appelé spécialement de Londres, il y a quelques mois, pour chanter Leporello à Covent-Garden, en français (avec Renaud pour partner),

i° BOUFFES-PARISIENS

1874 La Branche cassée (Grégoire), création, début. Le Tour de Moulinet (Léonard), création.

Mm* l'Archiduc (Castellardo), création.

M. Choufleury (Babylas).

La Jolie Parfumeuse (Jasmin).

1875 Les Rendez-vous bourgeois (César).

Les Mules de Suzette (De Crouy), création.

La Romance de la Rose (Fancisque).

La Timbale d'argent (Wilhelm).

La Créole (Saint-Chamas), création.

La Princesse de Trébizonde (Casimir).

Le Moulin de Vert-Galant (Camusot), création.

1876 La Boîte au lait (Souchard), création. La Bonne d? enfant (Le Sapeur).

M. Landry (Parfait).

1877 La Torrcntine (Carlo), création.

Le Violoneux (Mathieu).

Les Noces de Jeannette (Jean), début.

Les Travestissements (Victor).

Cinq-Mars (Fontrailles).

Le Pré-aux- Clercs (Girot).

1873 Les Diamants de la Couronne (Campo-Mayor). Pepila (l'Alcade), création.

Le Postillon de Longjumeau (Biju).

1879 Roméo et Juliette (Capulet).

Le Pain bis (Daniel\ création.

La Flûte enchantée (Papageno).

1880 Les Dragons de Villars (Belamy).

L Amour médecin (Sganarelle), création.

1881 La Taverne des Trabans (Sebaldus), création.

1882 Les Noces de Figaro (Figaro).

i883 Le Portrait (Girellos), création. 1884 Joli Gille (Gille), création.

Manon (le comte des Grieux).

Le Barbier de Séville (Bartholo).

i885 Le Roi Va dit (Montcontour).

1886 Le Mari d'un jour (Hector), création. Plutus (Plutus), création.

Le Médecin malgré lui (Sganarelle).

Juge et Partie (Bernadille), création.

1887 La Sirène (Bolbaya).

Le Roi malgré lui (Fritelli), création.

i883 Mme Tur lupin (Turlupin).

V Ombre (Mirouet).

Le Pré-aux- Clercs (Cantarelli).

L'Escadron volant de la reine (Isabeau), création.

1889 La Cigale madrilène (Le Biscayen), création. Le Barbier de Séville de Paisiello (Bartholo).

1890 La Basoche (Longueville), création.

Colombine (Pierrot), création.

U Amour vengé (Silène), création.

La Traviata (d'Orbel).

1891 Les Folies amoureuses (Albert), création.

1892 Enguerrande (Mélibée), création.

Les Troyens (Chorèbe).

1893 Phryné (Dicéphile), création.

1891. Le Flibustier (Legoëz), création.

Le Portrait de Manon (Des Grieux), création.

Falstaff (Falstaô).

Paul et Virginie (Domingue).

1895 La Vivandière (La Balafre), création. Xaviere (Fulcran), création.

1896 Don Pasquale (Pasquale).

Le chevalier dtHarmental (Buvat), création. Don Juan (Leporello).

ALEXANDRE TASKIN

ALEXANDRE TASKIN

l y a quelque analogie entre la carrière de M. Taskin et la première moitié de celle de Faure, comme on a trouvé qu'il y en avait entre les voix de ces deux artistes et leurs aptitudes scéniques. Comme Faure, c'est à l'excellente école des maîtrises que M. Taskin forma d'abord sa méthode et son organe; comme lui ensuite, c'est au genre de demicaractère (où le franc et large comique s'allie souvent au style, à la finesse distinguée) de notre opéra comique français, qu'il demanda ses premiers succès. Seulement

il y resta : ses moyens, son tempérament se fussent mal trouvés, se fussent sentis mal à l'aise sur une plus vaste scène. Il se contenta de conquérir, et de garder, une des premières places à l'Opéra-Comique, où Ton peut dire qu'avec Talazac et Mme Isaac, c'est, entre 1879 et 1889, toute l'histoire de cette scène qu'il représente.

Cette place, nul plus que lui n'y pouvait prétendre, et nul choix n'a été plus justifié que celui qu'on a fait de M. Taskin, il y a quelque temps, pour former, au Conservatoire, les élèves d'opéra comique. Outre une voix de basse-chantante pleine de moelleux et d'un timbre à la fois chaud et délicat, outre un art de diction plein de souplesse et de verve, M. Taskin a montré les plus rares qualités d'acteur dans leur ensemble complet. Elégant et bien pris, d'un physique avantageux et expressif, avec un jeu spirituel, original, un geste large dans les rôles de caractère, un entrain plein d'idées amusantes dans les rôles bouffes, il a eu encore des talents tout particuliers pour se faire les têtes les plus diverses et les plus méconnaissables du monde, et beaucoup de goût dans la

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disposition de ses costumes. Rien ne serait plus curieux que la galerie des personnages qu'il a ainsi incarnés à certaines époques et même dans certaines pièces, comme les Contes d1 Hoffmann, un de ses triomphes, où il faisait trois rôles pour le moins, aussi différents qu'on le pût imaginer. Le seul reproche qu'on a dû faire à l'artiste, avec tous ces dons, — disons-le tout de suite pour n'y pas revenir, — c'est leur exubérance même, l'exagération de cette largeur de jeu, de cette ampleur de geste, de cette verve bouffonne, qui donnaient tant de vie à ses personnages, mais ne sont pas toujours également de mise avec tous. Un peu plus de sobriété parfois, de discrétion dans les effets, n'aurait pas nui. Cela vaut encore mieux, du reste, que la froideur trop ordinaire de quelques-uns de nos plus rares chanteurs, Talazac ou Vergnet par exemple.

Alexandre Taskin est né à Paris en i853, d'une famille dont les lettres de noblesse artistique ne sont pas à dédaigner, car c'est celle des célèbres facteurs et clavecinistes de la fin du siècle dernier, comme celle aussi des

Couperin, plus nombreuse encore. C'est assez dire que rien ne vint entraver la vocation de l'artiste, dès l'enfance. Les fidèles de Saint-Roch, puis de la Madeleine, l'entendirent successivement dans les soli de la maîtrise, et quand l'âge fut venu, le Conservatoire lui ouvrit ses portes toutes grandes. Il commença par suivre les classes d'harmonie et de piano; mais dès 1872, il abordait celles de chant et d'opéra comique, dirigées par Bussine et Ponchard. Très aimé, très apprécié, il dut peut-être à son indépendance de tempérament le peu de succès que lui réservèrent les concours, et ne tarda pas à prendre le parti de gagner tout seul l'expérience et l'autorité dont le complément manquait à sa jolie voix. Il débuta à Amiens, puis monta jusqu'à Lille, en passant par Genève: cinq années de labeur et d'apprentissage, où il joua bien cinquante rôles, avec de vrais succès, mais où nous ne pouvons songer à le suivre.

C'est à Lille que M. Vizentini l'alla chercher: il avait besoin d'un nouveau Domingue pour Paul et Virginie, à son éphémère Théâtre lyrique. Cette entreprise ayant

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presque aussitôt échoué, M. Escudier recueillit l'artiste et lui fit créer le rôle de Lampourde du Capitaine Fracasse. C'était en 1878 : M. Taskin débutait à Paris par un rôle qui faisait valoir à la fois sa verve et la richesse de sa voix. La même année, une autre création, sur la même scène, mais sous une autre direction, celle de Capoul, montra ses qualités plus élevées de caractère et de sentiment, dans le père Lorenzo des Amants de Vérone, musique fine et distinguée qu'il rendit avec émotion. — Ce double succès décida de son entrée à l'Opéra-Comique. Après avoir aidé à soutenir trois entreprises différentes de théâtre lyrique, il arrivait enfin, par la bonne porte, sur la scène qui, seule, pouvait rendre justice à son talent et qu'il ne devait plus quitter. Les débuts de M. Taskin à l'Opéra-Comique eurent lieu en 1879, dans trois rôles dont un au moins devait rester jusqu'au bout son partage à peu près exclusif: Malipieri d'Hayde'e, Michel du Caïd et le tsar Pierre de Y Étoile du Nord. Le tambour-major du Caïd est certainement un des personnages auxquels il a donné le plus de

rondeur comique et de haute fantaisie : on y vit tout de suite la mesure de son talent dans le bouffe, comme Malipieri ou Peters faisaient ressortir l'élégance de son jeu ou l'énergie de ses instincts dramatiques. Sans nous arrêter à tous les rôles qu'il prit dès lors et dont on lira plus loin la liste Complète, comme Max du Chalet, où avait brillé Faure lui-même, et les Rendez-vous bourgeois, mentionnons avant tout deux créations de cette époque : le comte de Charolais dans Jean de Nivelle, un succès éphémère, malgré des pages bien élégantes (on se rappelle avec quelle grâce il chantait les phrases « Il est jeune, il est amoureux...») puis surtout l'étrange et grimaçante figure à transformations qui remplit les Contes d* Hoffmann.

Lindhorst, Coppélius, le docteur Miracle, ces trois caricatures si dissemblables, où la galanterie surannée de l'homme de cour, la hideuse âpreté du juif et la sinistre jettature du charlatan-sorcier se mêlaient si heureusement, furent pour M. Taskin un des plus beaux triomphes de sa carrière; comme jeu surtout, et comme adresse, comme puissance d'effet, on peut dire qu'il était

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extraordinaire. L'œuvre d'Offenbach, qui est fort amusante et a d'ailleurs des pages charmantes, a fourni deux séries successives de brillantes représentations ; il est regrettable qu'on ne nous l'ait pas rendue depuis 1886, quand on avait encore, à défaut de Mme Isaac et de Talazac, le plus étonnant de ses interprêtes.

Le succès de Galante aventure, où notre artiste créa le rôle de Virgile, fut plus mince et n'a pas laissé de souvenir; mais nous trouvons à cette époque trois personnages où il a excellé encore: Jupiter, de Philémon et Baucis, où il mêlait si bien l'élégance à la majesté, et dont la tête reproduisait si curieusement les bustes antiques du dieu de l'Olympe; le comte, des Noces de Figaro, grand seigneur avec une pointe de laisser-aller; et le Toréador de Carmen, bellâtre, souple et fat à plaisir. Puis, c'est Lescaut, de Manon, une des plus caractéristiques, sinon la plus importante, des créations de M. Taskin, où, non sans quelque peu d'exubérance, assez justifiable du reste dans ce rôle débraillé, il fut parfait d'entrain et de cynisme. Ceci se place en 1884.

La même année, nous le trouvons dans une reprise de Galathée, sous la figure élégante de Pygmalion.

Les créations qui lui échurent les années suivantes, dans Diana et la Nuit de Cléopâtre, Egmont et Proserpine, étaient malheureusement peu faites pour lui rendre ses succès précédents, mais le répertoire lui offrit des compensations. Le rôle de Falstaff, par exemple, du Songe d'une nuit d'été, est à coup sûr un de ceux encore où il put déployer avec le plus de maestria l'ampleur de son talent comique avec le mordant et le beau timbre de sa voix. Et quelle bonne tête aussi que celle-là! N'oublions pas le vieux Lothario de Mignon, ce rôle touchant sous le costume duquel M. Taskin devait montrer tant de sang-froid et de décision lors de la catastrophe de 1887, dont notre salle Favart se relève à peine à l'heure présente; puis l'amusant Sulpice, de la Fille du régiment. En 1888, une transposition d'emplois et de voix lui donna de jouer à son tour Girot du Pré- aux -Clercs, pendant que Fugère, titulaire du rôle, prenait Cantarelli; en 1889, une jolie reprise de la Servante maîtresse le montra dans

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Pandolphe, et il reçut aussi, comme de droit, le rôle d'Ourrias dans Mireille, enfin reprise, où l'on ne s'étonne pas de le voir, car il lui allait à merveille. En même temps, la somptueuse Esclarmonde lui fournissait sa dernière création un peu sérieuse dans le majestueux personnage de Phocas.

Ces dernières années n'ont pas été heureuses pour M. Taskin, que les rôles intéressants fuyaient, décidément, et qui, réduit au seul répertoire, ne pouvait même plus nous rafraîchir le souvenir de ses anciens triomphes. Passons sur le malheureux Dante, de 1890, où l'on se rappelle au moins son apparition de statue antique dans Virgile, et ce plus malheureux Flibustier de 1894... Les pièces où nous avions le plus fréquemment le plaisir de l'entendre, avant son départ prématuré, il y a deux ans, sont Carmen, Philùnon et Baucis, Haydce, Manon et Mignon, avec le répertoire bouffe, à l'occasion, Caïd, Toréador, etc. Si l'on y joignait les Contes d'Hoffmann et le Songe d'une nuit d'été, les Noces de Figaro aussi, on aurait bien l'idée d'ensemble du talent et des moyens de M. Taskin.

Le voici tout entier aujourd'hui à sa classe du Conservatoire, juste couronnement de sa carrière; il forme des élèves qu'on reconnaît tout de suite à la direction artistique où ils ont été engagés, aux instincts dramatiques qu'on a essayé d'éveiller en eux. M. Taskin est un travailleur et un érudit dans son art; et il s'efforce à juste titre d'insuffler à ces artistes en herbe un peu de cette ardeur et de cette intelligence musicale qui sont, en somme, si rares au théâtre.

On trouvera ici le tableau d'ensemble de sa carrière parisienne :

i° THEATRES-LYRIQUES

1877 Paul et Virginie (Domingue', début.

1878 Le Capitaine Fracasse (Lampourde), création. Les Amants de Vérone (Lorenzo), création.

1879 Haydée (Malipieri), début.

Le Caïd (Michel).

LÊ'oile du Nord (Peters).

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i83o Les Rendez-vous bourgeois (César).

Le Chalet (Max).

Jean de Nivelle (Charolais), création.

1881 Les Contes d "Hoffmann (Lindhorst, Coppélius, Miracle), cr.

Le Toréador (Beîflor).

1832 Philémon et Baucis (Jupiter).

Galante aventure (Virgile), création.

Les Noces de Figaro (le Comte).

i333 Giralda (Le prince).

Carmen (Escamillo).

1884 Manon (Lescaut), création.

Galathée (Pygmalion).

i885 Diana (Melvil), création.

Une Nuit de Cléopâtre (Boccharis), création. i835 Le Songe d'une nuit d'été (Falstaff).

Mignon (Lothario).

La Fille du régiment (Sulpice).

Egmont (Brackenbourg), création.

1387 Proserpine (Squarocca), création. i883 Le Pré-aux- Clercs (Girot).

1889 La Servante maîtresse (Pandolphe).

Esclarmonde (Phocas), création.

La Soirée orageuse (Carlos) Mireille (Ourrias).

1890 Dante (Virgile), création.

1894. Le Flibustier (Pierre), création.

U Enfance du Chrisl, Le Tasse, création.

La Fête d'Alexandre.

Loreley, création.

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