‹ Croquis égyptiens (volume 2)Chapitre 17 sur 41 · LES CABBIÉRES DE GRANIT · texte numérisé non relu

LES CABBIÉRES DE GRANIT

remarque les coups de coins manques et ceux qui ont réussi, on retrouve le chemin ménagé en pente douce et garni de sable sur lequel, avec un système de rouleaux, on faisait glisser les blocs extraits. En un mot, si les tailleurs de pierre de Touthmès 1®^ ou de Ramsès II revenaient à leur travail, on n'en serait point étonné, tellement chaque cassure est fraîche et chaque coup de ciseau est encore visible.

Nous reprenons nos montures. Mon ânier, Mehemet, petit garçon de dix ans, a grand soin, chaque fois qu'il passe dans les villages, d'insulter toutes les femmes qu'il rencontre. Je lui en fais l'observation, et il me répond avec un geste de mépris :

— Ce sont des Baràbrahs !

— ^Et toi-même est-ce que tu n'es pas Barbarin ?

— Oh non ! je suis d'Assouan.

Le pauvre garçon croit se flatter, il ne se doute pas que ses traits fins et éveillés indiquent clairement son origine barbarine; mais, je ne sais pourquoi, personne ici ne veut convenir qu'il soit Barbarin. Les Baràbrahs sont pourtant les indigènes les plus intelligents et les plus honnêtes ; aussi, on les prend ordinak^-

ment pour serviteurs. Peut-être est-ce pour cela que le mot de Barbarin est devenu avilissant pour ces fiers Africains qui aiment mieux se courber devant le bakchich ou le courbache que de passer pour un fidèle domestique.

Certes, je n'avais pas à intervenir dans ces querelles de races ; mais comme les Barbarines, pour se venger des injures de mon petit Mehemet, lui lançaient, en signe de malédiction, du sable qui me venait dans les yeux, je fus obligé de mettre le holà et d'interdire à mon ânier ses manifestations aristocratiques.

C'est d'ailleurs cette animosité qui règne constamment entre chaque village de Nubie qui force les indigènes à marcher toujours armés du bouclier en cuir d'hippopotame et des javelots antiques.

Le soir nous parcourons le village. Les habitants, qui commencent à comprendre que nous • ne voulons ni les piller, ni les réduire en esclavage, ni les pendre, ni les dévorer, mais qu'au contraire nous leur achetons assez cher des objets de peu de valeur, les habitants donc commencent à nous entourer, soit pour nous vendre

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