ASSOUAN
des corbeilles, des bijoux ou des armes, soit pour le plaisir de parler et de plaisanter avec des Européens. Ceci m'a rappelé un mot de M. W..., le consul anglais de Suez, qui disait :
— Ce n'est pas à coups de fusil qu'on colonise un pays sauvage et qu'on se fait bien venir des habitants, c'est à coups de guinées !
C'est demain le jour de Noël; aussi nous préparons, avec une grosse branche d'acacia ornée de ses longues gousses, un arbre de Noël superbe, plein de bougies allumées, de bonbons et d'oranges. Un punch et une tombola, pour laquelle M. N. B..., seul Français habitant à Assouan, offre des lots magnifiques, viennent compléter la fête. Nous avons invité à cette solennité chrétienne deux musulmans, le capitaine et le docteur du bateau ; ils n'ont pas pris de punch mais ont accepté du café.
25 décembre.
Nous quittons Assouan pour retourner au Kaire. La force du courant se joint à celle de la machine pour bous faire passer rapidement devant les lieux que nous avons visités en remontant le fleuve ; c'est une sorte de récapitulation de notre voyage.
A Esneh, nous stationnons quelque temps pour prendre du charbon.
En visitant la ville nous nous arrêtons devant une école de petits garçons qui chantent des psaumes en balançant le haut du corps. Le professeur nous aperçoit et se précipite pour nous demander un bakchich. Il ne faut plus s'étonner d'avoir affaire en Egypte à un peuple de mendiants, puisque les maîtres d'école eux-mêmes donnent l'exemple.
Quelques pas plus loin je vois un enfant s'élancer de l'intérieur d'une maison pour venir me baiser la main. Il me demande en arabe si j'ai fait bon voyage et paraît avoir pour moi la