LES HADJIS
sanctuaire une société de Hadjis qui causent et rient à haute voix sans s'inquiéter de troubler les autres fidèles qui prient ; les dévots de tous les pays sont bien les mêmes ; il semble que la fréquentation assidue du lieu saint les en rende propriétaires uniques et que, vu leur sanctification constante , ils peuvent s'y permettre bien des choses qu'ils ne toléreraient pas aux autres croyants.
11 va sans dire que, pour que nous puissions visiter ces endroits réservés aux Musulmans, nous sommes obligés de nous entourer les pieds d'immenses chaussons en feuilles de palmier, ce qui nous fait marcher comme des canards. Nous avons le droit, il est vrai, de garder nos coiffures.
J'essaie encore une fois de découvrir, à Choubrah, la demeure d'Ahmed-Emine-Bey, et j'y réussis.
Le jeune bey me reçoit très-gracieusement, et au moment où nous commençons la conversation, un petit nègre vient le prévenir que son père, Mohamed-Bey , le secrétaire du vice-roi, va rentrer. Aussitôt nous nous rendons avec
tous les gens de rhabitation dans le grand vestibule d'honneur et , nous mettant sur deux rangs, nous recevons ainsi le chef de la famille.
Mohamed-Bey passe au milieu de nous en nous saluant de la main et du sourire et se rend directement dans le grand salon de réception dont on a ouvert les portes à deux battants. C'est là seulement que son fils me présente à lui. J'ai trouvé ce cérémonial fort intéresssant ; c'est un reste des mœurs patriarcales qu'il est bon de voir se conserver.
Tous les bébés de la famille , et ils sont nombreux quand on a plus leurs épouses^sont amenés à Mohamed-Bey , qui les embrasse. Ce sont des femmes de chambre françaises qui les portent, et ceux qui peuvent parler s'expriment en français.
Je trouve une grande ressemblance entrei l'ameublement du salon et certains mobiliers que je connais à Lyon ; j'apprends que tous sont du même tapissier. Décidément les produits français envahissent l'Orient.
Au moment où je veux prendre congé, on parait très-scandalisé. Puisque je suis venu après midi, me dit-on, je dois rester à dîner. Je ne crois pas, pour une première visite, devoir pousser