MOHAMED
Mon camarade croyait avoir inspiré de la sympathie à ce mauricaud; ah! bien oui ! c*est mieux que cela, c*est de Tadoration tout simplement.
8 janvier.
Je quitte le Kaire.
J'avais donné un bakchich à un employé pour être seul dans un wagon et le train sort de la gare sans qu'aucun voyageur ne monte avec moi. Mais à peine en route, je m'aperçois que nous sommes nombreux dans le compartiment. ...
Pour bien comprendre ce phénomène il faut savoir que la plupart des Arabes n'ont pas de logement et qu'ils couchent dans les rues à la belle étoile ou dans les champs à l'abri des arbres.
Il faut savoir encore que, pendant l'hiver, les nuits sont très-froides en Egypte et que souvent il pleut à verse.
Il faut savoir déplus, que les gares de chemins de fer n'ont ici aucune barrière et que les wagons sont à la merci du premier venu.
Quand on sait tout cela, il est facile de comprendre que les indigènes, sans domicile connu, au lieu de s'enrhumer et de se mouiller en plein
air, préfèrent dfe beaucoup passer la nuit dans les voitures des trains, surtout dans les voitures" de premfêre classe, qui sont mieux, rembourrées.
Mais ce n'est pas tout !
Les savants entomologistes nous apprennent que les habitants de ce pays sont dévorés par une sorte de vermine blanche qu'on appelle vulgairement le pou arabe, et que les membres des Sociétés linéermes nomment.... je ne sais comment.
Or, les susdits habitants, qui sont constamment vexés par les. . . . choses , comme les nomment les savants , leur font une guerre acharnée (pas aux savants). De sorte que ces animaux aiment beaucoup mieux quitter les Arabes, qui les maltraitent et les nourrissent peu, pour venir sur les Européens, qui ont meilleur goût, dit-on.
Et comme ces petites bêtes sont fort intelligentes, comme elles savent que les Européens prennent souvent le chemin de fer, elles restent dans le train et entreprennent de dévorer les voyageurs.
Yoilà pourquoi je n'étais pas seul dans mon compartiment.
J'arrive à Alexandrie. Il pleut à verse et jamais je n'y ai vu tant de boue. J'ai failli vingt fois me noyer pour venir de la gare à l'hôtel •
Je vois plusieurs chevaux tomber dans la vase et y étouffer.