‹ Croquis égyptiens (volume 2)Chapitre 38 sur 41 · TOMBEAUX DES KALIFES · texte numérisé non relu

TOMBEAUX DES KALIFES

dire des choses fort désagréables. L'intrépide Mohamed se met à trembler de tous ses membres, et voyant que nous n'avons pas compris de quoi il s'agit, pour plus de sûreté il se sauve.

Comme le cavas ne nous dit rien, nous allons à la poursuite de notre guide valeureux, qui nous crie, terrifié, en nous montrant un des monuments dont nous faisions le tour :

— Cartouka!..

Je sais qu'en espagnol cela veut dire char^ treuse, de sorte que je ne comprends pas du tout.

Mais Georges, qui a la chance de ne pas connaître la langue du Cid, réfléchit que cela peut signifier cartouche, et nous comprenons que probablement on a établi dans cette immense mosquée un magasin de poudre. En effet, nous voyons tout autour une ligne de factionnaires cachés dans le sable et que nous n'avions pas aperçus au premier abord.

Cet édifice est le seul qui soit un peu entretenu, les autres tombeaux, qui sont nombreux et splendides, forment une ville de mosquées magnifiques, et grâce à l'incurie orientale, ils ne seront bientôt que des amas de ruines.

J'y ai trouvé plusieurs pierres provenant d'an-

ciens temples égyptiens, dont les débris ont servi à ces constructions. Du reste, toutes les mosquées du Kaire ont pris leurs matériaux aux ruines de Memphis ; c'était une carrière facile à exploiter et, on le comprend, d'une richesse inouïe.

Nous voyons dans la plaine de longs convois de chameaux qui vont aux mines de pierres du Mokatan ou qui en reviennent. Parfois plusieurs files de ces animaux sont accolées, ce qui fait un vrai régiment, et toutes les bosses de ces ruminants ondulent comme des vagues.

Au retour, Georges s'arrête pour dessiner un coin de rue, les passants s'attroupent, et selon l'usage, se mettent à rire.

— Ils me croient fou ? demande le peintre à son bédouin.

— Si! répond celui-ci.

Dans la langue particulière à Mohamed, si veut dire oui.

— Et toi, continue l'artiste, me crois-tu fou ?

— Oh si ! riposte l'autre avec conviction.

Ainsi voilà que tout s'explique. Si Mohamed

daigne protéger Georges, ce roumi, c'est qu'il le croit idiot, et que par conséquent il le vénère comme unsaint, selon l'habitude des Egyptiens.

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