‹ Croquis égyptiens (volume 2)Chapitre 7 sur 41 · LE VIEUX KAIRE · texte numérisé non relu

LE VIEUX KAIRE

marche rapide portent sur leur tête d'énormes pyramides de petits pains de farine frite ou de galettes faites avec de la fiente d'animaux et qui servent à faire du feu pour la cuisine. Au premier aspect, on a de la peine à distinguer le comestible du combustible ; l'un est aussi peu appétissant que l'autre ; pourtant on remarque que les pains sont couverts de mouches et que le fumier sec n'en a pas. Des charrettes étroites, longues et basses, sont attelées d'une vache, qui tire au moyen d'un petit joug placé sur la nuque ; la vache va au grand trot, et le cocher, debout sur la voiture, se tient en équilibre comme un conducteur de char antique. A part les arroseurs, qui, chargés d'une peau de bouc recousue et pleine d'eau, abattent la poussière de la route en lançant le liquide autour d'eux, je remarque que les hommes font ordinairement comme le quatrième oflScier de Malbroug, ils ne portent rien. On les voit le long de l'avenue, dormant à l'ombre ou jouant avec de petits cailloux, ou disant leur chapelet, accroupis sur une natte , ou faisant l'inventeire de leurs poches ou de leur vermine , car les poches des Arabes sont placées de telle façon sous la chemise et contre la poitrine que l'on ne sait jamais, en les voyant entr 'ouvrir leur

Gv3 CROQUIS KGYPTIKNS.

léger vêtement, s'ils cherchent de la monnaie ou des puces.

Enfin, nous arrivons au bord du fleuve. L'animation est superbe , on charge et Ton décharge les barques ; puis, nous nous enfonçons dans une rue sombre, étroite et peuplée qui longe le Nil ; il y a là des cafés turcs au travers desquels on voit le fleuve parles fenêtres à jour et qui donnent envie d'y passer son existence sur de larges sofas, le chibouk à la bouche, rêvant des paradis futurs à l'ombre d'un large palmier qui se mire dans l'eau.

Quand on a dépassé l'île de Roudah, le Nil apparaît dans toute sa largeur, et, derrière un rideau de dattiers aux noires silhouettes, on voit les fameuses pyramides qui s'estompent dans la brume du soleil couchant.

Mon cocher, qui décidément est un polyglotte distingué, me ramène par un autre chemin en passant auprès delà mosquée d'Amrou. J'en visite l'intérieur sans difficulté, car elle est abandonnée. Qu'on se figure une grande cour entourée de colonnades et ayant au milieu une fontaine d'aspect grandiose pour les ablutions. Un des côtés n'a qu'u)ie rangée de colonnes, les deux autres ont trois rangées et la dernière en a six. C'est, comme

à Cordoue , u]ie véritable forêt de marbrS , de jaspe et de granit. Ces colonnes sont de toutes provenances et ont sans doute été recueillies dans des temples plus anciens, car on retrouve des chapiteaux babyloniens, grecs, romains, byzantins et turcs. Dans un coin, du côté du sanc- . tuaire, se trouve le tombeau d*Amrou.

Après cette visite à la mosquée, nous passons sous un superbe aqueduc destiné à mener l'eau à la citadelle, qu'on aperçoit sur la montagne avec ses deux minarets minces et aigus, plantés dans son dôme écrasé, comme deux aiguilles à tricoter fichées dans un peloton de laine.

Puis, nous longeons les cimetières arabes, anglais, français, italiens, etc., car il parait que la mort même ne peut rapprocher les hommes^ et nous rentrons dans la ville, que nous traversons par des rues d'un pittoresque achevé. A droite et à gauche , sont des boutiques qui servent d'ateliers ; les ouvriers, véritables quadrumanes, se servent autant de leurs pieds que de leurs mains. Au-dessus de ma tête , les moncharabys (appelés ainsi évidemment à cause de leur ressemblance avec des cages à mouches) se superposent en se rapprochant de plus en plus, à mesure que les étages s'élèvent ; la plupart sont de

vraies guipures en bois qui permettent aux recluses orientales de voir dans tous les sens sans être aperçues.

A chaque instant on passe à côté d'une riche mosquée ou d'une de ces superbes fontaines arabes, dons de riches particuliers , et surmontées ordinairement d'une école gratuite de garçons, les donataires ayant voulu que l'âme trouve à boire la pensée comme le corps boit l'eau fraîche.

Je me demande comment les chevaux peuvent aller au grand trot dans ces rues étroites et sombres^ au milieu d'une population compacte. Il faut dire que mon barbarin conduit admirablement, qu'il sait arrêter ses chevaux subitement et sans secousse quand il se produit un encombrement, et qu'il sait les lancer avec vigueur pour profiter d'une éclaircie de la foule; il est adroit, prudent et énergique. Et puis le sais est là, devant nous, qui fait rage, qui crie et frappe, interpelle et riposte ; tout en courant, il trouve le temps d'allumer une cigarette, de faire un bout de conversation avec les uns, de boire une tasse de café avec les autres, et quand il ne distribue pas des coups de bâton sur les passants, c'est qu'il a reconnu des amis auxquels il tend la main après avoir baisé ses doigts.

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Toiit d*iin coop, ma porte s'oorre, la lumière entre subitement, je me prépare à la défense et je me troure en face de M. Bazin , qui arrire d'Alexandrie arec M. Tli... II est minait; on cause un instant et 1 on ra se coucher.

brables et, lorsque tout cela est éclairé, l'effet doit en être magique.

Au sortir de la mosquée on nous montre le saut du Mamelouk, muraille avancée de laquelle le seul Mamelouk échappé au massacre s'est élancé. Nous voulons nous y rendre pour jouir de la vue du Kaire ; un soldat nous arrête et déclare qu'il est défendu dy aller; alors on lui montre une petite pièce de monnaie et il nous laisse passer en riant.

De cet endroit l'aspect de la ville est magnifique. Au premier plan, sur la place Roumeileh, se dresse la superbe mosquée de Hassan, escortée des deux mosquées plus petites de Mamoudyeh et de Mardini au clocher si délicat. Puis, par derrière la ville s'étend. Les toits, les dômes se succèdent comme les vagues d'une mer pétrifiée dans laquelle on aurait fait pousser une forêt de minarets. Quand on réfléchit que plus de quatre cents mosquées ornent le Kaire, on peut comprendre la justesse de la comparaison.

Sous ce climat privilégié il ne pleut presque jamais, mais souvent, pendant Tliiver, le soleil du matin est voilé de brouillards et une muraille de vapeurs grises s'élève du fleuve. Tel était l'état de l'atmosphère au moment où nous con-

les montagnes d*où les pierres des Pyramides furent tirées.

On nous mène alors au Puits de Joseph. Chemin faisant nous rencontrons des hommes à la démarche grave, au pas processionnel, allant deux à deux, la tête haute et le pied assuré. Si leurs haillons ne venaient attester leur misère on les prendrait pour des sénateurs se rendant au conseil. Mais un bruit de ferraille qui part de leurs vêtements attire l'attention ; on voit qu'ils sont tous enchaînés. Ce sont des forçats. Les tristes soldats qui les escortent ont l'air d'être leurs condamnés.

Le Puits de Joseph est un large trou carré, de dix mètres de côté, entièrement creusé dans le roc et qui descend à une grande profondeur.

Tout autour on a pratiqué également dans le rocher, une descente en pente douce qui permet, par des ouvertures assez fréquentes, de regarder dans l'intérieur du vaste trou. On descend, on descend toujours, et quand on est au fond on s'aperçoit que ce puits reçoit son eau d'un autre placé au-dessous, et dont les dimensions sont les mêmes. Cette seconde excavation descend jusqu'au niveau du Nil et donne avec celle qui est au-dessus une profondeur de cent mètres.

ne me trompe, c'est déjà le deuxième lieu où la tradition fait passer cette scène intéressante. Je crois que je ferai bien de me méfier de la véracité des souvenirs bibliques.

De là nous allons au vieux Kaire, et, pour revenir, nous tombons dans des masses de fan-^ tasias. C'est aujourd'hui le jour des mariages, et, à chaque instant nous rencontrons des noces. En tète du cortège, il y a des espèces de danseurs, qui, avec des bâtons, simulent des combats ; c'est un souvenir de la pyrique des anciens. Après, viennent des porteurs de tambour, qui, avec une seule baguette, frappent au hasard et sans au-

cune mesure, et des joueurs de flageolet, qui font des tenues comme des locomotives. Puis les femmes de la noce vêtues de riches étoffes, et enfin la mariée voilée de rouge de la tête aux pieds, étouffant sous son voile qui lui couvre la figure et sous les parures massives dont elle est couverte; on la soutient sous les bras^ de grands éventails font de l'air autour d'elle, et un dais, couleur écarlate, la garantit du soleil. C'est ainsi qu'elle fait le tour de la ville aux sons discordants d'une musique de sourd.

Le soir, M. D... nous conduit à une brasserie allemande , où Ton trouve de la bière de Bavière

et un petit orchestre dans lequel deux jeunes filles jouent de la guitare, et deux autres , avec un flegme charmant, tiennent la partie de second violon. Cela me paraît tout drôle de voir des visages de femmes découverts et des peaux blanches. Et ce n'est pas sans un sensible plaisir que j'entends de la vraie musique.

vraies guipures en bois qui permettent aux recluses orientales de voir dans tous les sens sans être aperçues.

A chaque instant on passe à côté d'une riche mosquée ou d'une de ces superbes fontaines arabes, dons de riches particuliers , et surmontées ordinairement d'une école gratuite de garçons, les donataires ayant voulu que l'àme trouve à boire la pensée comme le corps boit l'eau fraîche.

Je me demande comment les chevaux peuvent aller au grand trot dans ces rues étroites et sombres^ au milieu d'une population compacte. Il faut dire que mon barbarin conduit admirablement, qu'il sait arrêter ses chevaux subitement et sans secousse quand il se produit un encombrement^ et qu'il sait les lancer avec vigueur pour profiter d'une éclaircie de la foule; il est adroit, prudent et énergique. Et puis le saïs est là, devant nous, qui fait rage, qui crie et frappe, interpelle et riposte ; tout en courant, il trouve le temps d'allumer une cigarette, de faire un bout de conversation avec les uns, de boire une tasse de café avec les autres, et quand il ne distribue pas des coups de bâton sur les passants, c'est qu'il a reconnu des amis auxquels il tend la main après avoir baisé ses doigts.

Tout d'un coup, ma porte s'ouvre, la lumière entre subitement, je me prépare à la défense et je me trouve en face de M. Bazin , qui arrive d'Alexandrie avec M. Th... Il est minuit; on cause un instant et Ton va se coucher.

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