EN MER
Peu à peu les mouvements du navire devieiHnent plus forts, plus violents. Les craquements augmentent.
Les passagers dorment ou font semblant de dormir.
Au dehors, les vagues frappent contre le vaisseau et lui donnent de fortes secousses. Le vent siffle; la mer gronde; le bâtiment se disloque de plus en plus.
Un mouvement trop accusé du navire à tribord renverse une cuvette dans une cabine.
Quelques femmes poussent des cris.
J'ai souvent entendu parler des harmonies de la mer en fureur, je juge le moment propice pour les étudier. Mais quelle est la partition qui pourra rendre le mat qui craque, les poutres qui grincent, la vaisselle qui se casse, Teau qui inonde, ) 'hélice qui vibre, les drosses qui ronflent, les chaudrons qui roulent dans les couloirs et les mille plaintes des malheureux qui ont le mal de mer ?
Le roulis devient encore plus énergique; tout se brise dans les cabines. Chacun appelle les garçons de service, qui ne peuvent pas être partout. Le tangage se fait sentir avec tant de force (fue les chiens hurlent, les enfants crient, les
femmes gémissent et les hommes se fâchent.
J'ai entendu quelqu'un s'écrier :
— Gardon 1 il n'y a pas de bon sens, empêchez donc le navire de bouger comme cela t
Et tout leraonJe de rire peudaiit que la mer mugit tout autour de nous.
Pour moi, je me sens roulé dans ma couchette comme un gâteau dans la farine.
11 novembre.
Le jour arrive enân. La tempête ne fait qu'augmenter.
Le vent devient tellement violent, que pour ne pas briser l'énorme vaisseau on est obligé de mettre à la cape. Malgré la direction du vent qui souffle du N.-O., nous nous retournons du côté de Marseille et nous attendons.
Presque tous les passagers sont couchés et malades. On aurait grand' peur si l'on ne souffrait pas tant.
Le vaisseau secoué et tordu en tous sens a des trépidations formidables. Si un boulon vient à se casser, c'en est fait du Mœris.
La journée se passe ainsi.
A la nuit, nous pouvons reprendre notre route, mais la mer est toujours très-grosse.
CBOQUIS ÉGYPTIENS.
Le dimanche matin s'annonce meillnur et, à mesure t[iie nous approchons des lies Lipari, le temps se calme. On se liasarde à monter sur le pont, où l'on apprend que la grande tempête a ea lieu entre la Corse et la Sardaigne, passage toujours dangereux.
Les iles Lipari, au milieu de la mer, ont des aspects charmants. L'une d'elles est coiffée d'un panache de'fumée blanche f.,rmée par un volcan, le Stromboli. Un passager m'assure que c'est l'Etna. Un autre m'explique, pour tout arranger, que l'Etna et le Stromboli, c'est la même cljose. Un troisième me certifie que ce n'est ni le Stromboli ni l'Etna. Je trouve qu'on s'instruit beaucoup en voyageant.
Enfin, après le coucher du soleil, on aperçoit le phare de Messine, puis les lumières de Scyila sur les cotes de l'Italie Déjà les becs de g;iz de la ville sicilienne apparaissent nombreux et serrés, et nous nous apprêtons à profiter de Vesoale pour descendre quelques heures à terre.