‹ Croquis égyptiensChapitre 47 sur 64 · L EQUIPAGE · texte numérisé non relu

L EQUIPAGE

manger^ Leur manière de se substanter est assez sale ; ils trempent leurs mains dans des sauces inimaginables et, les portant à leur bouche, ils s'en fourrent jusqu'au coude; à les voir se traîner à terre et manger de la sorte on ne croirait pas que ce soient les mêmes hommes qui debout ont tant de dignité dans la démarche et savent si bien agencer les plis de leurs vêtements. L'on peut bien dire des Orientaux qu'ils se drapent comme des rois, marchent comme des dieux, mangent comme des singes et dorment comme des chiens.

Nous arrivons le soir au joli village de Niheleh, dont nous visitons par un clair de lune superbe les maisons grandioses surmontées de pigeonniers osiriens et de palmiers élancés.

Une grande barque arrive dans la nuit, elle est pleine à déborder d'une masse d'individus qui viennent d'une foire des environs ; ils sont debout et serrés comme des asperges en botte. Le bateau trop chargé ne peut aborder jusqu'au rivage, et tout ce monde, soulevant ses vêtements, se jette juaqu'à mi-corps dans l'eau glacée par le vant. C'est un tableau incroyable, on dirait une

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meute qu'on déchaîne sur le bord d*un étang et qui le traverse i la hâte pour remonter sur le talus. Puis ces marchands, chargés de provisions, frémissant de froid, rentrent précipitamment chez eux.

Nous les suivons et nous nous égarons presque. Tous les chiens du village sont mis en émoi par le bruit retentissant que font nos bottes, dans le silence de la nuit, sur un sol qui n'est foulé que par des pieds nus ; ils se montrent en aboyant sur le bord des toits et sur le haut des murs^ formant des deux côtés de la rue des corniches de gueules terrifiantes.

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