LE CHAMEAU
28 décembre.
Nous nous arrêtons dans la matinée à Siout pour prendre du charbon. Pendant ce temps nous visitons un délicieux jardin sur les bords du fleuve, puis, passant près d un campement de militaires, nous nous promenons sur le port, où l'on charge de nombreux chameaux.
Comme aspect, le chameau est le type de l'homme satisfait et content de lui. Sa lèvre tombante a quelque chose de dédaigneux ; ses yeux allanguis rappellent ceux d'un bon gros papa qui se promène après avoir bien dîné ; sa tête relevée à Tair d'être maintenue dans la cravate d'un gandin des boulevards ; enfin sa démarche mesurée et tranquille dénote une certaine fierté et une conscience nette.
Comme caractère, c'est tout autre chose. Le chameau est toujours mécontent. On veut le faire aller à gauche, il grogne ; à droite, il proteste ; à chaque charge qu'on lui met sur le dos il gémit ;
quand on lui en ôte il se plaint encore ; il refuse constamment d'obéir et finit toujours par céder. Je ne sais, mais il me semble qu'il y a beaucoup de gens qui ont cet esprit rétif et faible.
Nous partons. Pour éviter une barque, le timonier nous jette perpendiculairement sur le rivage et l'avant du bateau va se ficher violemment dans la terre. Il faut dire qu'en voyant ce mouvement, le pilote avait crié à un homme du bord de dire à un autre homme qu'il prévienne le mécanicien pour que celui-ci donne l'ordre au chauffeur d'arrêter la machine. Mais, avant que la consigne ait passé par toutes ces bouches, le navire s'était heurté à la rive.
Heureusement nous n'avons pas eu affaire à des rochers et après quelques manœuvres nous pouvons nous dégager et reprendre notre route, en ayant soin, bien entendu, de crier beaucoup de malédictions aux bateliers de la barque gui nous avait barré le passage.
Le Nil est sillonné de nombreux bateaux à vapeur qui remorquent d'énormes chalands. Ceux