‹ Croquis égyptiensChapitre 51 sur 64 · LES CERTIFICATS · texte numérisé non relu

LES CERTIFICATS

m'entourent, je leur fais constater que grâce à sa coiffure ingénieuse le matelot en question est tout à fait sourd. Ils sourient dédaigneusement et ne paraissent point convaincus. Ils aiment mieux croire que la main de Dieu s'apesantit sur nous et que toute la journée nous avons été l'objet d'une divine rancune.

Une autre comédie est celle des certificats.

Chacun veut, avant notre arrivée au Kaire, obtenir de nous des certificats de bonne conduite et de capacité. J'aurais supposé que les gens que le vice-roi emploie avaient tous des mérites reconnus et incontestables ; il parait qu'il n'en est pas ainsi, et c'est nous qui devons constater que le pacha a eu raison de les prendre à son service.

Le drogman, qui ne nous a servi qu'à nous ennuyer et qui ne connaît pas seulement les pays qu'il devait nous montrer, est venu le premier réclamer son certificat. Nous l'avons envoyé pi:omener.

Mais le capitaine lui-même et le docteur ont réclamé de notre obligeance un satisfecit en forme. Pour ce qui est du capitaine, je trouve le

moment drôlement choisi pour solliciter nos compliments, car nous sommes échoués sur le rivage et Yoilà trois heures qu'on travaille inutilement à nous dégager. Quant au docteur, comme nous n'avons pas eu besoin de son ministère, je ne vois pas trop ce que nous pouvons certifier à son endroit. Aussi, pour plaisanter, je lui rédige la pièce suivante :

« Nous, soussignés, passagers du Ferus^ déclarons que pendant tout notre voyage dans la Haute-Egypte le docteur Osman Ibrahim s'est fort bien porté, que son appétit et sa gaîté se sont maintenus durant toute la traversée et que, grâce à ses soins constants, nous sommes revenus au Eaire fortement enrhumés du cerveau et dévorés par les moustiques. »

Le docteur accepte de grand cœur la plaisanterie, en rit comme un foa, mais demande quelque chose de plus sérieux.

Alors dans un nouveau certificat je déclare qu'il a été pour nous d'une grande complaisance, d'une parfaite aménité et qu'il nous a consciencieusement accompagnés dans toutes nos excursions. Mais il paraît que l'emphase arabe demande des termes encore plus élogieux, et il se retire presque choqué.

RETOUR AU EAIRE. 251

29 décembre.

Nous continuons à descendre le Nil. Nous retrouvons le paysage plat de la Basse-Egypte, les villages sans caractère et qui s'élèvent à peine audessus du sol, les palmiers dégarnis de leurs branches inférieures, ce qui leur donne l'aspect peu séduisant d'immenses balais, et enfin le ciel gris et le vent froid. Où senties rochers pittoresques, les pigeonniers majestueux, la verdure luxuriante et le ciel serein de l'Ethiopie ?

Nous arrivons à huit heures du soir au Eaire par une pluie battante.

* Je me demande quel temps il doit faire en France ; il neige, sans doute, c'est une consolation pour nous qui en sommes quittes pour une ondée.

n faut trouver des voitures, transborder les bagages. Le drogman se multiplie; il n'a pas pu obtenir son certificat ; il va tant faire que, malgré la manière dont il nous a volés tout le long du voyage, nous finirons par lui donner un bakchich. Vraiment ces gens déploient, pour vous exploiteri une intelligence qui mérite une récompense.

30 décembre.

Deux choses importantes nous ont fait défaut pendant notre voyage dans la Haute-Egypte : les crocodiles et les aimées.

Les crocodiles, effrayés par le bruit de notre bateau à vapeur, n'ont pas jugé à propos de se montrer sur notre passage.

Quant aux aimées, qui, au dire des voyageurs, sont si remarquables dans l'Egypte supérieure, la rapidité du voyage et de mauvais renseignements ne nous ont pas permis de constater si leur réputation est méritée.

A Girgeh, on nous a dit qu'il fallait les voir à Esneh. A Esneh, nous ne sommes restés que deux heures et nous avons espéré contempler leurs danses délirantes à Keneh. A Keneh, nous avons seulement eu le temps de prendre d«i charbon et quelques poteries ; mais comme nous devions séjourner trois jours à Luxor, nous avions toujours l'espoir d'admirer ces fameuses danseuses. A Luxor, nous avons appris qu'il n'y en avait pas, mais qu'à Ass )uan nous en trouverions. À As-

Page 1