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LES ALMÉES

souan, on nous à dit qu'il n'en venait jamais et que c'était à Luxor qu'il fallait les voir. Enfin^, au retour, nous n'en avons rencontré qu'à Keneh pour la fête du cheïk, et Ton sait avec quel empressement nous avons évité de leur voir exécuter leurs fandangos égyptiens.

Est-ce que les aimées et les crocodiles seraient passés à l'état de légendes ?

De retour au Kaire, je raconte mes déceptions et l'on m'apprend qu'il y a dans cette ville un quartier qui s'appelle le crocodile et où l'on trouve des danseuses en quantité. bonheur!

D'un seul coup peut-être je vais rencontrer 1q reptile désiré et l'aimée tant rêvée!...

Avec Georges D..., je me suis aujourd'hui enfoncé dans ce quartier interlope. Nous n'avons pas vu de crocodiles, mais nous avons découvert une foule de femmes qui pour la laideur les valaient bien. Ces femmes sont peintes de toutes sortes de couleurs, elles se teignent les mains en rouge avec du hené, les yeux en noir avec du bismuth, le nez en blanc avec de la céruse ; et sur le front, les joues et le menton, elles dessinent à l'indigo les figures les plus fantaisistes.

Elles vous reçoivent dans de grandes chambres fort sales, meublées avec des matelas éten-

dus par terre en guise de divans ; il règne dans ces appartements des odeurs impossibles.

On ne saurait dire du mal de ces malheureuses, elles sont vraiment très-complaisantes pour les étrangers et aussi pour les indigènes, mais leur science ne va pas jusqu'à exécuter la moindre danse. Aussi nous nous sauvons comme des voleurs ou plutôt comme des volés.

CHOUBRÀH. 255

31 décembre.

Je passe la matinée ayec mes compagnons de yoyage dans le lumt Nil.

Le soir , je me promène dans les allées de Choubrah à la recherche de Ahmed-Emine-Bey, qui y demeurée Les Arabes auxquels je m'adresse pour trouver sa maison, ne comprennent pas ce que je leur demande. Alors je m'impatiente, je crie très-fort comme s'ils étaient sourds ; cela leur fait peur et ils se sauvent pensant que je leur dis que je suis moi-même Ahmed-Emine-Bey et qu'ils n'ont qu'à bien se tenir.

Après avoir parcouru inutilement toute l'avenue, j'aperçois mon jeune bey monté sur un superbe âne blanc. Le voilà déjà loin et je n'ai pu l'aborder. Faut-il le héler? Ce ne serait pas poli.

Je le suis à grands pas, pensant le voir entrer chez lui et connaître ainsi sa demeure ; mais son àne trotte vite et il se perd bientôt dans la

ft6B CROQUIS Agtptiens.

foule des équipages et des cayaliers. Car Ghoubrah est le Longchamp du Eaire,et, aujourd'hui, je ne sais pourquoi, Tayenue a un air de fête ; il y a beaucoup de marchands ambulants, de piétons, de Turcs et de dames montés sur des ânes ; beaucoup de chameaux chargés d'oranges; de saïs aux jambes nerveuses, aux manches blanches et dont les cris font écarter la foule devant la voiture ou le cavalier qu'ils précèdent.

Cette nuit, le clair de lune est splendide. Je me promène assez tard dans les quartiers qui avoisinent l'Esbequieh, admirant les effets de la lumière se jouant dans les contours pittoresques de l'architecture arabe.

LE JOUR DE l'an. 257

1" janyier 1866.

Pour les Européens, c'est aujourd'hui le premier jour de Tan, mais les Orientaux commencent leur année après nous ; ceci explique trèsbien pourquoi ils sont toujours en retard et pourquoi nous les précédons dans la yoie du progrès.

Pourtant le Kaire a ce matin une physionomie qui ne lui est pas habituelle. Les employés des consulats, en grande tenue officielle, vont faire leurs visites à leurs supérieurs,et cela suffit pour jeter dans la ville un certain mouvement d'équi" pages et d'uniformes.

En Orient, les consulats européens sont trèsimportants et fort nombreux. Voilà longtemps que les puissances chrétiennes ont pris l'habitude de faire les affaires des Turcs, ou plutôt de faire leurs propres affaires en manipulant l'Empire ottoman,et cela nécessite un grand personnel diplomatique, qui, aujourd'hui, se remue beaucoup.

Dans rapfès-midi , nous allons avec Georges

nous promener du côté du vieux Eaire à travers les plantations d'Ibrahim. Ce que nous voyons, nous l'avons déjà vu cent fois et» pour le décrire, il faudrait plutôt la palette de mon compagnon que ma pauvre plume de fer. Aussi Georges s'arrête souvent pour faire des croquis. A chaque station, les passants s'attroupent autour de l'artiste et, voyant son crayon se promener sans but apparent sur du papier gris, ils trouvent cela très-drôle et pouffent de rire. Puis le dessin prend une forme, les ombres s'accusent ils reconnaissent un arbre, une maison ; alors ils encouragent le dessinateur : « Tayeb ketir ! «* disent-ils , « très-bien! «* Quelquefois ils se retrouvent eux-mêmes dans l'esquisse, alors leur joie est grande, mais, pour la peine, ils demandent un bakchich. Au fond , ils ne sont pas très-flattés de se voir reproduits : le prophète a dit : « Tu ne feras pas d'images » et cela les gêne ; et puis qui sait si le peintre en possession de leur portrait ne pourra pas faire sur lui quelque sortilège ou maléfice qui leur portera malheur*? Et cette idée les effraie ; aussi, quand ils se sentent copiés, ils s'en vont pour plus de sûreté, à moins, je le répète, que l'appât du bakchich ne les retienne.

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